Rétrospective - Au-delà du seuil de saturation

Publié le par Thaddée

Réécriture des cinq dernières pages. Hier soir mon état de fatigue était tel après 12 heures d’écriture que je n’avais plus la tête assez claire et plus assez de recul pour respecter, non pas le plan du livre car il n’y en a pas comme toujours, mais le bon déroulement des faits tels qu’ils se présentent au fur et à mesure de la rédaction.

  • ► Tutoiement prématuré, voire injustifiable, entre le protagoniste et son docteur
  • ► Dérive hasardeuse du côté de confidences et de confessions bavardes tout à fait déplacées
  • ► Perdu, le rythme et le ton que j’adoptais tout naturellement depuis les premières pages

Ce dernier passage s’intégrait fort mal à l’ensemble et ne pouvait pas déboucher sur quelque chose de cohérent.

Pour élargir le problème, je dirais que la fatigue, le stress, le manque d’inspiration, peuvent nous engager dans le développement non souhaitable d’une mauvaise idée. Si l’on s’en aperçoit à temps, eh bien tant mieux. parce qu’il est possible de revenir en arrière sans dommage collatéral. Si l’on s’en aperçoit plus tard il est beaucoup plus difficile de redresser la barre et rectifier le tir, parce que l’histoire est sur la mauvaise pente, on ne sait pas précisément à partir de quand elle a pris cette mauvaise pente, il est tout à fait décourageant d’effacer le travail de plusieurs jours, quelquefois de plusieurs semaines.

Dans ces moments-là nos personnages nous échappent. C’est comme si leur personnalité se mettait à fondre. Il disent et font n’importe quoi, qui n’a pas grand chose à voir avec ce qu’on prévoyait pour eux. C’est une véritable nuisance pour la bonne tenue du texte.

C’est ce qui m’est arrivé hier soir, à force de vouloir encore écrire alors que j’avais mal à la tête et de plus en plus de peine à suivre le fil de mes idées.

Je m’en suis rendu compte très vite, à peine avais-je éteint l’ordinateur. Ce matin je n’avais plus aucun doute là-dessus : il me fallait impérativement refaire ce dernier passage de cinq pages. En m’attelant à la tâche en début d’après-midi (je me suis accordé une pause nécessaire toute la matinée) je n’ai même pas pris la peine de me relire : je savais que c’était mauvais. Et je savais qu’en poursuivant sur ce terrain-là, je vouais à sa perte le livre entier, de sa première à sa dernière phrase.

J’ai donc réécrit le passage à l’appui de ce que j’avais écrit hier. C’est à dire en plaçant le personnage dans une nouvelle situation, plus en rapport avec son caractère et ce qui est censé se passer. Quelques éléments-phares du passage d’hier, entièrement réécrits, m’ont permis de “faire la sauce” et d’installer le protagoniste dans un réseau d’événements plus ou moins récents qui sont autant d’actes et de faits portant à conséquence.

Demain je reprends le travail. Il va falloir compter avec de la fatigue en plus et du temps en moins. Ce livre commencé avant-hier 4 avril (2014) en est grosso modo à cinquante pages dactylographiées. Je ne crois pas être en mesure de reprendre l’écriture en cours de journée (besoin de repos). Le rythme de mon travail littéraire est appelé à ralentir.

Et même si j’éprouve furieusement le besoin d’écrire pendant que je travaille à l’extérieur, même s’il m’est matériellement impossible d’aligner quelques lignes alors que mes occupations professionnelles m’appellent ailleurs, je continue d’écrire dans ma tête et de dresser des plans sur la comète. Un livre se construit aussi bien dans sa tête qu’à l’écran de son ordinateur. Parce qu’il nous habite et nous possède au-delà même du seuil de saturation, dans tous nos faits et gestes, de nuit comme de jour, et ceci tant qu’il n’est pas terminé.

Publié dans Journal d'un écrivain

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