Tous ces rêves avortés

Publié le par Thaddée

Lettre à une amie triste

Tous ces rêves avortés

L'écriture continue, chaotique, secouée d'incohérents soubresauts, comme si je n'étais qu'à moitié là, pas tout à fait à mon travail, plutôt en état de léthargie. Le tragique de l'histoire c'est que je veux et ne peux pas. Mais il me semble que quelques jours de repos intellectuel feront l'affaire et me remettront en selle. Ce matin j'ai rédigé la valeur de six pages dont je ne sais pas ce qu'elles valent. Je n'ai plus assez de recul pour en juger. J'ai corrigé certains passages antérieurs. J'essaie de voir ce que ça va donner.

Pour ainsi dire je m'essouffle et je n'ai plus assez de lucidité pour poursuivre ce que j'ai si bien commencé. Mais peut-être que je me trouve simplement devant un épisode fort cruel de mon roman pour lequel je ne peux me permettre la moindre faiblesse. Alors j'attends.

Ce n'est pas un mauvais jeu de mots que de dire que dans sa pente descendante, entendons l'approche de la fin, le terrain est glissant. Il n'y a pas toujours moyen de se raccrocher aux herbes. Un faux pas, un faux mouvement, et vous êtes bon pour le cimetière des œuvres inachevées.

Il va me falloir, j'en ai peur, quelques jours avant de me remettre mon livre. Je connais bien cette sensation d'impuissance et je ne m'affole pas outre-mesure. Ce temps mort peut me permettre d'écrire quelques poèmes, voire, pourquoi pas, une nouvelle.

Je me souviens d'un roman que j'avais mis de côté des années durant pour le terminer d'une traite après tout ce temps. A l'époque, une amie voulait le publier dans sa petite maison d'édition mais impossible de caler le moindre rendez-vous professionnel, ce n'était pas sérieux, j'ai laissé tomber. Ce n'est là qu'une des nombreuses déconvenues qui jalonnent mon parcours d'écrivain raté.

Tous ces rêves avortés

Je voulais faire boum à vingt ans comme Rimbaud. J'ai même rencontré à Paris un spécialiste de Rimbaud, Alain Borer, qui m'a donné son ancienne adresse à Charleville où j'ai séjourné, pas loin de l'ombre froide et noire des forêts, entre Meuse et moulins.

Alain Borer (source inconnue) →

J'arrive à mon âge sans qu'un éditeur ait jamais voulu se pencher avec bienveillance sur ma littérature. Je me suis fait rattraper par Internet, par la réalité d'aujourd'hui qui dépasse l'imagination d'hier, par la masse innombrable des gens qui se targuent d'écrire et qui ne sauraient pas épeler correctement le mot orthographe.

Je n'en veux à personne, je n'en veux plus même à moi-même. Ai-je l'impression d'avoir loupé quelque chose ? - Oui. Mais il n'est pas trop tard.

Tous ces rêves avortés

Hier soir, le ciel était d'un bleu tout simplement improbable tellement qu'il était pur et piquée dedans, pour seule parure, une unique étoile un peu dingue, avec toutes ses aiguilles qui tiraient dans tous les sens. On se serait cru dans le désert.

J'ai trouvé le sommeil avec cette image-là fichée dans la tête. Ce matin au réveil je l'avais oubliée. Elle a resurgi sous mes doigts lors que j'écrivais. Nous avons plein de souvenirs comme ça qui s’anéantissent dans des trous noirs de notre crâne et qui revoient le jour au moment où nous nous y attendons le moins. Certains, dans un flux de souffrance. Et d'autres, nous rendre confiance en demain. (← Cabinet anthropomorphique, Dali, 1936 )

Publié dans Journal d'un écrivain

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Phiphi 01/06/2014 08:12

Ecrire, peindre ........ métiers très difficiles pour percer, à moins d'avoir un bon carnet d'adresse ........
Ceux qui furent mes professeurs d'huile, d'aquarelle , sont de vrais , de grands artistes , qui donnent des cours pour assurer leur minimum vital. Auteurs d' œuvres remarquables , qui les connait en dehors de la localité, je n'ose même pas dire de la région, pourtant ils exposent dans le monde .
Le métier d'artiste , quel que soit l'art pratiqué est un métier ingrat.
Pleins de caresses à Félix , bon dimanche à toi,

Thaddée 01/06/2014 10:57

Ton commentaire me fait un bien fou, Phiphi, je crois qu'hier je me suis laissé emporter par un découragement tel que je ne croyais plus en rien. Merci pour ta pensée, pour tes mots, pour ton soutien. Je te souhaite un beau dimanche et mille et une caresses au beau Phiphi dont j'adore la petite figure.

Martine 31/05/2014 22:53

Bonsoir Thaddée,

pas évident, je m'en doute. Il vaut mieux , parfois, laisser poser , décanter... L'inspiration est capricieuse, versatile, généreuse lorsque l'on ne s'y attend pas.
Bon courage pour la suite. ;)
Martine

Thaddée 01/06/2014 10:55

Bonjour Martine, je suis d'accord avec toi, c'est l'inspiration notre maître et pas le contraire, il faut se soumettre à son tempérament versatile ... même si c'est moi qui suis Verseau ;-) Beau dimanche à toi, merci pour ta lecture.

flipperine 31/05/2014 16:30

parfois mieux vaut laisser son ouvrage tel qu'il soit en panne plutôt que de continuer et faire des erreurs, l'inspiration, le courage n'est pas tjs au rendez-vous

Thaddée 01/06/2014 10:53

Tu as mille fois raison Flipperine, c'est la sagesse qui parle et je t'en remercie.