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Le blog de Thaddée

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Le huis clos : c'est mon truc

Publié le 5 Juin 2014 par Thaddée in Journal d'un écrivain, Filmographie

Buried : Le synopsis qui tenait sur un timbre poste

Jeudi 5 juin 2014, le matin - Comme je suis malade et que je n'avais pas à me lever de bonne heure ce matin, si ce n'est qu'il me fallait quand même aller faire une prise de sang à jeun, je me suis autorisé à regarder le film que diffusait hier soir France 4 après 22:30. Au passage, je salue cette chaîne qui ne nous assassine pas de quinze minutes de publicité tous les demi-heures.

J'ai donc regardé Buried après avoir passé une heure trente devant 127 HEURES qui m'avait déjà vu me cacher les yeux plus souvent qu'à mon tour pour échapper aux scènes particulièrement insoutenables, et je n'en dirai rien car le film entier repose sur la scène la pire qui soit. Mais je n'avais encore rien vu.

Buried. Un anonyme en dit sur la toile que c'est : un synopsis qui tient sur un timbre poste. Et je suis bien d'accord : un seul personnage pendant une heure trente ; un seul endroit : la caisse dans laquelle il est enterré vivant, quelque part sous le sable du désert irakien. La seule chose qui peut lui sauver la vie, c'est le téléphone portable qu'ont laissé dans la tombe ses ravisseurs. Dès les premières images, sans image d'ailleurs, on n'entend que son souffle, se précipiter quand il découvre l'horreur de sa situation, je me suis dit qu'être enterré vivant c'était encore pire que d'être retenu prisonnier par un rocher au fond d'une crevasse. Au moins, dans le dernier cas, on meurt à l'air libre. Que le camionneur basé en Irak, dans Buried, il agonise dans les affres de l'angoisse et de l'épouvante, livré à lui-même dans un espace exigu sans ouverture, enseveli vivant sous la terre.

6 pieds sous terre. 90 minutes d'oxygène. Un portable. Aucune issue.

On suffoque très vite à partager ses accès de colère, ses crises de panique et ses effondrements. Parce qu'on est avec lui, on vit avec effroi ce qu'il vit, enfermé dans une boîte tellement étroite qu'il ne faut pas songer s'y retourner ou s'y redresser. Il y a de la lumière, ouf - son briquet, une lampe électrique, un tube phosphorescent. Mais qui lui servent à prendre la mesure d'une tragédie personnelle sans issue.

Bien sûr, le film n'a pas été sans me faire penser au drame de mon Sans-Nom, condamné à creuser toute sa vie dans les galeries de la mine. Il n'a pas été non plus sans m'obliger à jeter un regard critique sur le roman que j'essaie de ficeler depuis maintenant deux mois.

Roman dont j'ai dû interrompre l'écriture à cause du surmenage. Il n'en reste pas moins que j'ai déjà rédigé trois cent cinquante pages et peut-être davantage et que, de ce fait, je me trouve plus près de la fin que du début. N'empêche que : à cent pages du dénouement, la machine se bloque et n'arrive plus à redémarrer. Il y a plusieurs raisons à ça : l'épuisement physique et intellectuel ; le besoin de faire une pause et de prendre du recul ; mais aussi, et ce n'est pas moindre, la conscience, quoique encore confuse, d'avoir escamoté le fond de l'histoire, à savoir : l'atmosphère irrespirable et le sentiment d'oppression qui devraient sévir à chaque ligne et même entre les lignes.

En voulant m'attacher à la personnalité débordante de mon personnage, en m'attachant à ses émotions, à ses relations avec les autres, ainsi qu'à ses déboires personnels qui, pour n'être pas anodins, n'auraient pas dû pour autant devenir prioritaires, j'ai laissé dans l'ombre tout ce qui se passe autour de lui en termes d'enfermement, d'isolement, de désespoir et de folie.

Ainsi, ressortent du tableau le caractère et le destin personnel d'un seul homme alors même qu'il lui faut maintenant entrer dans un mouvement plus universel dont il a été peu question tout au long de l'histoire, tout au plus sous forme d'anecdotes si furtives, si furtives, que je me maudis d'avoir pris autant de distance avec des faits majeurs qui seuls, expliqueraient l'attitude et la décision de mon personnage central à cent pages de la fin.

David G. HoDavid G. HoDavid G. Ho

David G. Ho

Il m’apparaît encore que nous ne sommes pas tous aussi doués que Faulkner ou Stephen King pour mettre en scène un nombre incalculable de personnages auxquels on se doit, par honnêteté vis-à-vis du lecteur, de donner une vraie dimension dramatique, fût-il un passant ordinaire. Ce que j'admire le plus chez Stephen King, c'est que dans aucune de ses œuvres il n'y a de personnage secondaire ou falot : ils jouissent tous d'un physique scrupuleusement détaillé ; ils ont la richesse psychologique de tout être vivant. Il sait les amener tour à tour sur le devant de la scène en pleine lumière. Il s'en va les rechercher quand nous, lecteurs, nous les avons presque oubliés.

Je ne peux pas en dire autant de moi, qui me suis fait submerger une fois de plus par le surnombre sans visage et sans énergie. Mes armées de fantômes n'arriveront pas au bout du combat que j'ai prévu pour eux.

J''ai coutume de dire que je suis l'auteur d'un seul livre : entendez par là mon récit Fragments d'une vie brisée, qui conte le destin tragique d'un jeune esclave vendu par son maître, pour refus d'obéissance, aux mines de plomb argentifère du Laurion. Personnellement ça m'embêterait un peu de n'être l'auteur que d'un seul livre, d'autant plus que j'en ai écrit beaucoup, même si la plupart sont restés et resteront dans l'ombre. Il serait mieux venu d'affirmer que je suis l'auteur d'un seul personnage. A défaut de talent pour entrer dans l'action, faire de l'épopée, déménager tout un peuple et le conduire à la liberté, j'aime à penser que ma littérature est finalement et définitivement très French : j'aime à sonder l'âme de mes protagonistes, lesquels sont égoïstes et contemplatifs comme moi. Dieu me pardonne.

Huis clos (figuré) : Confrontation entre des personnes qui sont isolées du monde extérieur.

Wiktionnaire

Ainsi, je n'ai pas dit mon dernier mot. Sitôt que j'en aurai fini avec la douleur qui me chauffe le crâne, lamine mes forces, et me tourne l'humeur comme c'est pas Dieu possible, je me mettrai sur un nouveau roman qui saura faire appel à ce que je sais faire : du psychologique, du relationnel, du dramatique et de l'asphyxiant. Ainsi soit-il, puisque il ne peut en être autrement. Je n'ai aucun regret de devoir laisser de côté un roman de plus qui restera par la force des choses inachevé. Peut-être ai-je eu le tort, en le rédigeant ces deux derniers mois, de lire Stephen King et Philippe Djian, mes maîtres littéraires en quelque sorte, même si j'en ai bien d'autres, même si certains me font pâlir de jalousie, même si je mesure ma pauvreté à l'aune de leur puissance narrative. Je crois qu'un auteur, un créatif quel qu'il soit, tout au long de son existence est à la recherche de l'oeuvre dont il pourra dire : Là, vraiment, c'est moi. Là, vraiment, c'est bon. Je peux mourir tranquille. J'ai fait ce que j'ai dû. Mais comme dit ce proverbe dont l'auteur m'échappe : "N'attends pas d'être parfait pour commencer à faire quelque chose ".

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P
Bonsoir Thaddée, <br /> Ma maîtresse pourrait pas regarder ce genre de film parce qu'elle est claustrophobe ! Par contre elle aime beaucoup la photo de Félix que tu as mise en haut de ton blog. Elle aimerait bien faire de même avec une photo de moi et de Piou-Piou mais elle ne sait pas comment s'y prendre si tu pouvais nous éclairer... Oui, je sais, elle est nulle de pas savoir faire ça...<br /> Câlins à Félix
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T
Oh c'est tout simple Poupette, tu diras à ta maman qu'une simple photo de Piou-Piou et de Poupette fera l'affaire, Kiwi s'occupe du &quot;découpage&quot; de la bannière tout seul, enfin c'est vrai sur le Thème que j'ai choisi, qui s'appelle Kiwi ; je ne sais pas si les autres Thèmes mettent les photos au format d'une bannière. Le Thème Twenty Eleven le fait aussi. Je ne sais pas pour le Thème Delicate que tu as choisi. <br /> Bien sûr tu peux changer de Thème sans que cela affecte tes données, et choisir un Thème où il te sera plus facile d'installer une simple photo en bannière.<br /> Je reste à ta disposition pour d'autres questions :-)<br /> PS : moi aussi je suis horriblement claustrophobe et je peux dire que j'ai souffert devant ce film. Je manquais d'oxygène ;-) !!!
N
Tu n'as pas des soirées très cool . Avec Grand Chat nous refusons, de nous meurtrir en regardant de l'insoutenable . Il est bien loin le temps où , adolescente , je pleurais come une madeleine en lisant Paul Claudel . Mes parents me disaient alors , mais arréte de le lire si cela te met dans des états pareils et je répondais à travers mes larmes, c'est si triste mais c'est tellement beau .......<br /> <br /> Ecrire un roman, ce n'est pas une petite affaire .<br /> <br /> Pleins de Câlinous de la part de Phiphi à son copain, le beau Félix , bises
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T
Eh oui mon Phiphi, on ne peut pas toujours éviter de lire ou de regarder des œuvres douloureuses sous prétexte qu'elles nous font souffrir, en contrepartie elles nous apportent tellement d'émotions, d'idées, de désirs. Une seule chose que je ne peux plus regarder, ce sont les émissions où l'on voit souffrir des animaux : ça je ne peux plus, c'est au-dessus de mes forces. D'ailleurs je fuis comme la peste les blogs qui mettent en ligne des images de tortures perpétrées sur les animaux, ça me rend malade. Parce que les animaux sont inoffensifs, ils sont tout amour, et ça me soulève le cœur de penser que des gens sont assez cons et cruels pour leur infliger des souffrances.<br /> Comme tu dis, écrire un livre ce n'est pas une mince affaire, il faudrait être disponible, et avec mon travail je manque de temps, d'énergie, et je mets ma santé en jeu et en danger comme chaque fois.<br /> Félix et moi on te couvre de caresses mon beau Phiphi ♥♥♥ et on embrasse ta Nounou.<br /> D'ailleurs c'est Nounou qui m'écrit, et c'est à Phiphi que je réponds, mais où ai-je la tête :-(
N
comme ......... ( au mieu de come )
F
il faut beaucoup de courage pour écrire un roman et on se met tant dans la peau du personnage qu'on en arrive parfs à se faire mal à ne plus savoir qui est qui alors soignes toi bien et regardes des films plus distrayants que celui que tu nous dis
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T
Ce que tu dis est tellement vrai : c'est une aliénation complète. Par contre ... je continuerai à regarder ce genre de film, je trouve qu'on n'en voit pas assez dans ce genre, ils nourrissent mon inspiration. Bel après-midi Flipperine, il fait très beau chez moi.
E
Beau partage bonne journée bisous Evy
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