Le puits

par Thaddée  -  30 Janvier 2015, 11:40  -  #Poésie 2015 Khantik

L'inspiration

Peut se tarir

Comme une source

Comme la mer

Et son puits sec

Ouvre la bouche

Aux pluies fantômes

Du grand désert

 

Jusqu'au jour où

Ce coup de foudre

Inattendu

Rougit le ciel

Mon puits de sel

Qui tend la bouche

Y voit le signe

D'ères nouvelles

 

Le feu crépite

D'Est en Ouest

Le sol s'imbibe

De sangs brûlants

Le vieux puits boit

Je veux dire : moi

C'est moi qui bois

Leur sang, leurs larmes

 

Passent les jours

Dans le désert

Criblant de balles

Toute la Terre

Un peuple clame

Les droits de l'homme

Comme ils sont calmes

Et forts, ces hommes

 

Je bois la mort

Je bois la tasse

Je bois d'emblée

Tout ce qui passe

Le puits déborde

J'ai trop à dire

Les mots bouillonnent

Je peux écrire !

 

Ecrire quoi

Ecrire à qui

Ecrire un livre

Une épitaphe

Un chant de guerre

Ou des prières

Ecrire encore

Quoi qu'il se passe

 

Les terroristes

Le nom d'Allah

Souillé de sang

Par l'extrémisme

Les djihadistes

Et leurs victimes

Charlie Ahmed

Et Clarissa.

 

(c) TS, dimanche 25 janvier 2015

~ Khantik ~

Le puits

Contexte - La nouvelle des attentats au journal Charlie Hebdo a pétrifié sur place un grand nombre d'entre nous, les laissant sans voix du jour au lendemain. C'est ce qui m'est arrivé à moi aussi. La stupeur me privait de mots, et même de pensées. Il s'est passé presque trois semaines avant que je reprenne mes esprits et même encore maintenant, j'éprouve de la douleur à la pensée qu'ils sont morts assassinés.

Ce matin j'écoutais parler la femme de Wolinski, qui se rappelle les deniers mots que lui a adressés son époux : "Chérie, je pars à Charlie Hebdo", qui trouve difficile de se remettre d'un tel choc, qui imagine la fusillade, et qui se demande ce que va devenir le journal après l'assassinat de ses fondateurs Wolinski et Cabu. Elle a partagé la vie de Wolinski pendant 44 ans, et le décrit comme un homme qui défendait les valeurs de bienveillance et de fraternité.

Le puits

flipperine 01/02/2015 19:02

c'est bien vrai ce que tu dis on reste un moment sans pouvoir dire qq chose et ensuite on arrive à s'extérioser

Thaddée 02/02/2015 08:55

C'est le choc, je crois que ça a été pareil pour tout le monde. Bonne journée Flipperine.

An'Maï 30/01/2015 21:27

Je suis très émue ! Comme j'aime retrouver ta façon si unique de "poétiser" Comme l'a bien vu Chatdesîles. Ton poème à la forme d'un puits. Un puits profond de sensibilité, de réflexion, de révolte toujours vive contre les sanglants événements qui ont endeuillé la France, mais surtout, les familles des victimes. je n'ai pas vu la femme de Wolinski mais je garde en mémoire la douleur tellement prégnante de la maman de Clarissa, cette pauvre mère effondrée qui suppliait qu'on n'emmène pas sa fille

Thaddée 31/01/2015 12:45

Je me rappelle le désespoir de la maman de Clarissa, c'était à briser le cœur.
Un grand merci pour ton commentaire tellement enthousiaste mon An'Maï, merci d'avoir re-twitté mon poème, merci à ceux qui l'ont partagé sur les réseaux sociaux. Plus que jamais je me rends compte que mes mots ne sont que l'écho d'une pensée collective, que d'autres auraient pu ou pourraient écrire, et l'important ce n'est plus qui l'a écrit, mais pourquoi ça a été écrit, c'est le texte qui compte. Je t'embrasse très fort et je te souhaite un bon week-end !

Chatdesîles 30/01/2015 15:12

Ces mots sont beaux.
Le texte est en forme de puits. J'aime.

Je n'ai pas entendu la femme de Wolinski ... quelle tristesse ... comment se remettre d'un tel drame ? Pensées pour les familles ...

Thaddée 30/01/2015 15:21

Tiens c'est vrai, le poème est en forme de puits. Je n'avais pas remarqué !
Je l'ai vue ce matin sur BFM TV : très digne, mais ce qu'elle disait montrait bien qu'elle était blessée au plus profond d'elle. Comment se remettre de l'assassinat d'un être avec qui l'on a vécu pendant 44 ans ... Je ne sais pas.

orféee45 30/01/2015 13:06

C' est très beau Thaddée. Merci. Puis-je partager? Cela va-t-il mieux?

Thaddée 30/01/2015 13:11

Merci Orfée, je vais mieux, grâce à mon Félix qui n'a pas fait de bruit cette nuit.
Bien sûr tu peux partager, je t'en remercie d'avance, mes mots appartiennent à tout le monde. Bonne journée à toi, à bientôt.