Blogs pro-ana ah non !

Publié le par Thaddée

Ça fait un petit bout de temps que j'y pense, à faire un article sur le sujet. Je ne trouve jamais le temps. Ou bien j'ai la flemme. Ou bien j'essaie de me convaincre que je vais encore me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais aujourd'hui c'est parti : avec l'arrivée sur Kiwi de deux nouveaux blogs sur le sujet je ne peux plus me taire.

Il ne s'agit pas ici de blâmer, de juger, encore moins de me moquer. J'en ai croisé de ces femmes squelettiques. Leurs jambes sont des allumettes dont on pourrait craindre qu'elles vont casser net d'une seconde à l'autre. Quand j'en vois, de ces femmes que la nourriture dégoûte, et qui se privent de manger jusqu'à se rendre malades et mourir, je ne peux m'empêcher de me représenter les photos de déportés. J'ai presque envie de secouer ces filles, souvent très jeunes, en leur montrant ces victimes de la seconde guerre, en leur criant : "Ces gens-là ils auraient bien voulu avoir à manger ! Ces gens-là, qu'on a privés de tout, ils n'ont jamais demandé à n'avoir que la peau sur les os ! Ces gens-là, ils n'ont rêvé que de vivre, et ils sont morts dans d'atroces souffrances. La faim était l'une de leurs pires ennemies. Et toi, toi tu te laisses crever de faim, exprès. Tu te fais crever à petit feu, en toute connaissance de cause. Tu ne penses qu'à toi, qu'à ton poids, et qu'à l'espacement entre le haut de tes cuisses. C'est à mourir de rire, si ce n'était bête à pleurer. Quand on pense à toutes les atrocités qui se passent tous les jours sur la Terre, à ces petits enfants qui n'ont pas de lait pour bien grandir, à tous ces démunis qui mendient un morceau de pain, je n'ai plus envie de rire tu vois. J'ai vraiment envie de t'engueuler et de te foncer dans le lard".

Déportée sur l'un des lits du Revier, une sorte d'infirmerie du camp, plutôt un endroit pour mourir, quand toutes les forces du déporté sont anéanties.  Photo prise au camp de Sachsenhausen, après la libération du camp. On ne sait pas si cette déportée très affaiblie a survécu.

Déportée sur l'un des lits du Revier, une sorte d'infirmerie du camp, plutôt un endroit pour mourir, quand toutes les forces du déporté sont anéanties. Photo prise au camp de Sachsenhausen, après la libération du camp. On ne sait pas si cette déportée très affaiblie a survécu.

Je comprends que dans ton profond désarroi, ta solitude encore plus immense, tu éprouves le besoin de te confier, de préférence à des inconnues, et dans l'espoir de connaître des filles comme toi. Tu as 13 ans, 18 ans, 25 ans : toute la vie est devant toi comme on dit. Dans ton cas, ce n'est pas vrai. La vie, elle est déjà derrière toi, stigmatisée, monstrueusement insupportable. L'avenir, ce n'est pas pour toi. En plus d'être anorexique, tu es bien sûr dépressive. Et puisque tu es dépressive, tu es suicidaire. L'anorexie, c'est un suicide passif n'est-ce pas ?

Ce que je n'accepte pas, c'est que tu entraînes d'autres jeunes filles dans une maladie dont tu sais qu'elle est douloureuse, dont tu sais qu'elle peut être fatale. Ainsi, quand tu donnes des conseils de régime à la con sur ton blog pro-ana, ou que tu exhibes des photos de filles qui se découpent le ventre, moi je dis non. Ce n'est pas tolérable. Il n'est pas tolérable qu'une fille anorexique se vante des progrès qu'elle fait sur le chemin de la mort, et qu'elle serve de très mauvais exemple à des filles jeunes, faibles, influençables, qui se sentent peut-être, ponctuellement, un peu perdues. Non, l'anorexie n'est pas un mode de vie. C'est une maladie. C'est le pain blanc de la Mort. Il n'y a pas de quoi être fière d'être anorexique et de s'en vanter.

Moi, le blogs pro-ana ça me fait froid dans le dos. Il s'en pond tous les deux jours, sur toutes les plates-formes de blogs, classés dans la catégorie Lifestyle, ce qui est un comble. Certains sont ignobles, d'une vulgarité à vomir, d'une agressivité confondante (comme si nous étions responsables du malheur de leur auteur) et en plus, ils sont tenus par des filles qui ne savent pas écrire français. Voilà des blogs bourrés de fautes d'orthographe qui font passer des messages irrecevables. Où sont les parents ? Ce blog d'une petite mutilée de 13 ans, écorchée vive, je conçois aisément qu'il relaie un appel à l'aide désespéré. Pour autant, je ne peux pas valider son existence, parce qu'il ouvre la porte à des pratiques contestables, que de très jeunes filles s'empresseront de s'approprier.

D'autres blogs émanent de personnalités plus complexes, plus subtilement torturées, qui font passer la beauté avant tout. La beauté c'est leur seul but. La beauté, c'est ce qui transpire aussi dans leur message. Une certaine élégance. Toutefois menacée.

Il est question d'interdire les blogs et les sites pro-ana et comme chaque fois qu'on veut interdire quelque chose, se pose la question du pour et du contre. Personnellement, je viens d'expliquer en long et en large que ces blogs relaient des messages inquiétants susceptibles de corrompre de jeunes esprits influençables. Nous sommes responsables de notre image, nous sommes responsables de nos propos, les pro-ana le sont-elles ? - Non.

D'un autre côté, on peut facilement imaginer qu'interdire ces sites pro-ana ne servira pas à grand-chose. Les personnes malades d'anorexie contourneront l'interdiction en trouvant d'autres supports et d'autres moyens de communication.

En outre : faut-il bâillonner des jeunes filles, des jeunes femmes qui, par ailleurs, souffrent tellement dans leur chair ? Est-ce qu'une loi visant à interdire les sites pro-ana ne marginaliserait pas encore davantage ces jeunes personnes fragiles qui se sentent incomprises et rejetées ? Est-ce que ce n'est pas les condamner à plus de solitude encore que leur interdire de s'exprimer ?

Pour être tout à fait honnête, il me semble que les jeunes filles et femmes souffrant d'anorexie trouveraient meilleur compte à s'ouvrir de leurs souffrances à quelqu'un de proche en qui elles auraient confiance et qui leur apporterait une aide précieuse en les guidant vers un spécialiste susceptible de les écouter, de les soigner et de les guérir. Ce n'est pas sur les blogs qu'elles trouveront de bons conseils, au contraire. Ecrire sur les blogs ne fera que les conforter dans leur mal. Elles auront des échanges avec d'autres anorexiques, ce qui finira par boucler le cercle vicieux.

Je ne suis pas médecin, je ne suis rien de tout cela. Je n'ai pas de conseils à donner. Mais je sais faire la différence entre les jeunes femmes désemparées qui se servent de leur blog comme d'un exutoire, et les autres qui font clairement l'apologie des méthodes pour maigrir le plus possible (y compris l'automutilation). Et je pense qu'il faut mettre un terme définitif à cette apologie de l'anorexie, dans le but de préserver les plus jeunes et les plus influençables.

PS : mon blog plante régulièrement, ce qui complique et ralentit beaucoup la rédaction de mes articles. Une fausse manipulation m'a fait supprimer un paragraphe entier en voulant ajouter une section-lien. Il faisait suite au paragraphe évoquant les victimes des camps de concentration. J'ai été incapable de le réécrire, et je le regrette. Merci de votre compréhension.

Blogs pro-ana ah non !

Avant de quitter cette page, prenez le temps de cliquer sur le lien qu je vous indique _▲_ pour lire l'excellent article du déblogueur. L'occasion de revenir sur la mort en 2010 d'Isabelle Caro qui souffrait d'anorexie mentale depuis l'âge de 12 ans, auteur du livre : La petite fille qui ne voulait pas grossir.

Commenter cet article