Une autre façon d'écrire

Publié le 22 Janvier 2016

Si vous êtes passés sur mon blog il y a trois ou quatre jours, il est possible que vous ayez entrevu deux ou trois poèmes. Je les ai retirés depuis pour mieux réfléchir à ce qui méritait ou pas d'être mis en ligne. J'en ai écrit six en quelques heures ! - ce qui ne m'était pas arrivé depuis très longtemps. Sur le coup j'en ai conçu un sentiment de triomphe et de plénitude. Maintenant j'ai peur que ce n'ait été qu'un feu de paille. Mais même un feu de paille laisse de son passage un peu de terre noircie.

Depuis que j'ai lu la prose des Boloss _▲_, ça me démange de m'essayer à une autre façon d'écrire. Vous allez me dire : ce n'est pas nouveau. Mon blog porte trace de quelques essais littéraires pour le moins farfelus. Rappelez-vous _▼_.

Jusque là, c'était de la prose. Cette fois j'ai voulu rimailler. Ou plutôt c'est la forme poétique qui s'est imposée sous mes doigts. Six poèmes ont vu le jour en quelques heures seulement. Ils sont inégaux. Mais tous reflètent une volonté de dire autrement ce que j'ai sur le cœur. Tellement autrement qu'on n'y comprend que dalle, ce qui me ravit (depuis le temps, vous connaissez mon goût pour l'écriture cryptée).

Je me donf tout d'un bloc
Dans l'Hystrie collective

Hystrie, al West, TS

Et pour la première fois depuis très longtemps j'ai ressenti de l'émotion en écrivant mes poèmes. Je me suis même dit, et je continue de me dire, que ce pourrait être la naissance d'un nouveau style, brut de brut, et bien rugueux.  

Et même qu'on est quat'
Et la ouf l'en profite
Mais ça fait coupbeau trop
Pour abouler la suite
Il faut passer mon rout
Et sur les minches froids
Qu'on croit être des routes
Je me vepri de toi.

Top Leusse, TS

Je me propose de mettre prochainement en ligne trois des poèmes que j'ai écrits les 19 et 20 janvier. Je me doute bien que la plupart d'entre vous seront désarçonnés par cette forme d'expression complètement opaque qui a un peu l'air de se foutre du lecteur. Perso, je trouve intéressant d'aller chercher d'autres sonorités plus rudes, et l'idée de réinventer la langue française ne séduit infiniment. Le renouvellement de la langue, son évolution, sa vie ! - passent nécessairement par la bouche des collégiens, des étrangers, des slameurs de tout poil. Une langue qui ne s'adapte pas, qui ne s'enrichit pas de quelques extravagances, est une langue morte. J'ai le plus grand respect pour les auteurs classiques. Et que l'orthographe se perde, ça me catastrophe. Quant à la féminisation de certains mots, comme l'inénarrable" écrivaine", je trouve ça du dernier ridicule (qu'est-ce que le sexe a à voir avec le fait d'écrire ? ). Mais je ne me souviens pas sans émotion de "Un jour" _▼_ poème sensible de notre bon vieux Boris Vian qui, par ailleurs, ne mâchait pas ses mots.

Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l'on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l'arcanson
Que l'on s'enchâssera dans l'oeil d'un geste élégant
Il y aura l'auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L'ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d'analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour.

Un jour, Boris Vian

Tous ces mots qui n'existent pas, si parlants cependant ! - Moi ça me fait rêver, ça me donne envie d'écrire. Alors ... vous êtes prêts maintenant à lire deux ou trois de mes petits poèmes incongrus ?

Rédigé par Thaddée

Publié dans #Journal d'un écrivain

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