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Papier de Verre, le blog de Kiki, Félix et Thaddée ↫

Fenêtre sur

15 Février 2016, 17:58pm

Publié par Thaddée

Pixabay, Images gratuites - Vieille botte dans la fenêtre, France

Pixabay, Images gratuites - Vieille botte dans la fenêtre, France

Rêve que j'ai fait dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 février 2016

Quelle excitation. C'est aujourd'hui que je visite mon nouvel appartement, superbement situé dans le centre actif et culturel de la ville, et qui bénéficie d'une vue imprenable sur le marécage. Le propriétaire, qui a tout du maquereau, n'a fait aucune difficulté pour me le réserver même si je n'ai pas encore signé le bail.

Nous sommes trois. C'est le garçon qui a déclaré avoir le plus de ressources. Le mac lui montre son logement, de très moyenne surface, insalubre, mais avec deux jolies fenêtres qui donnent sur le pont au pied duquel s'enlise le Rhône.

C'est ensuite au tour de la fille de faire connaissance avec son nouveau domicile : une pièce à vivre ridiculement exiguë, qu'un panneau pivotant transforme en chambre à coucher ; au sol un matelas gonflable géant fait office de moquette. Heureusement, ce n'est pas moi qui vais habiter là : les griffes du chat auraient eu raison du pneumatique.

Au vu des deux premiers appartements je commence à me demander avec inquiétude à quoi va ressembler le mien. Sans doute me reste-t-il encore un peu d'espoir, car j'en ai entrevu, plus en amont dans le couloir, de plus grands et de plus clairs. Je découvre enfin celui qui m'est attribué.

C'est une poubelle.

Une odeur suffocante émane du tas de détritus et des meubles surchargés de vaisselle sale. Impossible d'y voir autre chose que des ordures. La fenêtre est à deux larges panneaux coulissants : pas idéal pour le chat qui se faufilera par l'entrebâillement.

En regardant de plus près je repère des seringues et des garrots. Ce sont donc des camés qui vivaient là.

Les tuyaux d'évacuation sont affreusement rouillés. Les chambranles de porte et fenêtre, écaillés au dernier degré. L'endroit n'est pas habitable. Mais je m'en fiche, c'est ce que je confie à ma voisine de la chambre pneumatique : j'ai gardé mon grand appartement ; je n'ai pas encore signé de bail pour celui-ci, je peux donc me rétracter. Après tout je ne lui dois rien à ce proprio malhonnête. Il ne me fera pas d'histoires pour un pareil taudis.

Pourtant quel regret s'empare de moi lorsque, m'attardant à regarder par la fenêtre sale, je revois le marécage si cher à mon cœur. C'est là que meurt le fleuve, là qu'il s'ensable, et le spectacle vaut à lui seul un duplex climatisé.

Il va me falloir faire un choix.

Alors je commence à briquer. Je débarrasse d'abord les sacs poubelle de sorte à y voir plus clair. Centimètre par centimètre je dégage le lino crasseux. J'aère, pour faire sortir l'odeur nauséabonde.

La voisine, en retrait sur le seuil, m'observe en silence. Elle n'a pas d'autre appartement qui l'attende, elle. Elle est obligée de rester là.

Pour moi, je ne sais toujours pas quelle décision prendre et quand je quitte l'immeuble, je croise le propriétaire, en bas, qui discute avec ses drogués. Il ne m'accorde pas un regard et je repars le cœur léger, sans savoir où, sans savoir où je choisirai d'habiter.

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