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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

Messe de Noël, la grande illusion

Publié le 25 Décembre 2017 par Thaddée in Une vie comme les autres

Prieuré Saint-Irénée, Lyon - Fin décembre 2016
Prieuré Saint-Irénée, Lyon - Fin décembre 2016

Prieuré Saint-Irénée, Lyon - Fin décembre 2016

Dimanche 24 décembre, 11:35 - Depuis la messe basse qui s'est donnée au mois de janvier 2017 au Prieuré Saint-Irénée, en hommage à ma petite maman décédée le 27 décembre 2016, je n'ai pas pu assister à d'autres messes. Tout juste ai-je, une ou deux fois cette année, mis les pieds dans ma petite église du Bourg, me recueillir et tenter de me sentir plus près de maman. Mais la messe de Noël reste une exception. Symbole pour moi, pour tous les Chrétiens, d'espoir et de joie, elle véhicule une liesse que je n'ai trouvée nulle part ailleurs. Les gens sont heureux, ils chantent, ils se serrent les mains, ils applaudissent, il s'unissent avec effusion dans cette douce magie que représente la naissance du petit Jésus et la venue, le sempiternel retour sur Terre du Sauveur.

 

Maman, très croyante, était aussi devenue très pratiquante après le décès de papa au mois de février 2004. Je pense qu'elle trouvait dans la foi la force de surmonter son deuil. Dieu comblait le vide de l'absence. Même si je suis à des lieues de la ferveur et de la dévotion dont elle témoignait à chaque jour de sa vie, je trouve moi aussi, par moments, du réconfort à fréquenter l'église et ce soir, 24 décembre 2017, je me rends à la messe de Noël non seulement pour moi, mais aussi pour elle chez qui la prière était devenue essentielle et nécessaire, autant que l'air, la nourriture et l'eau. J'y vais, parce qu'elle aurait été heureuse de savoir que j'y vais. C'est comme un cadeau que je lui fais, tandis que va s'abolir un moment, entre elle et moi, l'effroyable distance entre la vie et la mort.

Prier et chanter pour elle ; prier et chanter avec elle.

Messe de Noël, la grande illusion

C'était hier soir, au tout début de la nuit de Noël - A l'approche de l'église, les cloches se mettent à carillonner pour rassembler les fidèles, comme elles ont carillonné  le 31 décembre 2016 à midi, au cimetière, lors des funérailles de maman. J'arrive à l'église un quart d'heure en avance ... et j'ai bien vu : l'église est bondée, pas de place pour tout le monde. Nous sommes obligés de nous serrer les uns contre les autres pour accueillir une personne de plus en bout de rangée. Trois écrans géants, disposés en arc de cercle dans la nef, font défiler des images peintes de la Nativité et les textes de prières. La célébration de Noël commence, et je me rends compte immédiatement que je ne trouverai pas ce soir le soulagement tant attendu. Les gens se vautrent sur les bancs, parlent fort et rigolent. Ils se font le triste écho de la femme qui m'a insultée le matin même, après avoir failli m'écraser sur un trottoir sous prétexte que tout est permis à  Noël Je pense à Sète, à mon échappatoire miraculeux, je pense aux gens de Sète. Et le prêtre a beau parler de famille humaine, de communauté humaine, je ne me sens plus à ma place parmi ces gens-là, qui se pointent à l'église en mini-robe avec des volants. Un peu de respect, bon Dieu, n'a jamais tué personne.

Pourtant je mettrai tout mon cœur à chanter, il y a des mots qui me parlent, Kirie eleison, Seigneur prends pitié, ces mots latins résonnent en moi lors que je me concentre de tout mon être sur la dernière image de ma belle endormie : ma maman. Le prêtre parle de résurrection et de vie éternelle et je veux bien, ce soir, y croire, j'ai besoin d'y croire un moment, pour imaginer que maman nous attend dans une sorte de douce lumière où elle n'a pas froid car ma plus grande crainte, c'est que mes parents aient froid dans leur tombe, et je m'en veux terriblement de les laisser là tout seuls dans le froid si tant est que j'arrive à réaliser mon projet de m'installer à Sète, tandis que mes sœurs monteront s'installer en Bretagne, pas loin de mon frère qui vit en Normandie depuis plusieurs années.

Presque à la fin de la messe, juste avant l'instant tant attendu de la communion qui scelle mes retrouvailles avec Dieu, nous nous retrouvons une amie et moi et sans rien nous dire, comme si cela coulait de source, nous nous embrassons et nous nous serrons très fort la main. Toutes les deux nous sommes en deuil de nos mamans. Ca rapproche.

Sur les dernières notes du Divin Enfant explose une salve d'applaudissements qui me réconcilie quelques secondes durant avec l'espèce humaine, si déconcertante par certains côtés. Cet élan unanime rachète un peu le fait que mes voisins de banc ont rechigné à me prendre la main alors que le prêtre en faisait la demande ; et que ma voisine de banc n'a pas voulu m'embrasser. Cela pourtant m'aurait fait tellement de bien, ressentir leur chaleur humaine, en finir, une fraction de seconde, avec l'intolérable sentiment de solitude et d'isolement. Mais rien à faire : les gens, ce soir, évitent le contact. Il faudra me passer de ces effusions qui réchauffent le coeur.

Je rentre chez moi, grignoter quelques bonnes petites choses devant Downton Abbey, so british, qui me séduit par son raffinement exquis. Les gens avaient de bonnes manières à cette époque-là, même s'ils étaient un peu coincés je l'avoue. 

Je serai malade cette nuit et ce matin, j'ai beaucoup de peine à marcher : ma lombalgie s'est transformée en lumbago. Cette année je n'ai pas reçu de carte de Noël à part celle de Nell. Pas de message sur mon portable ni sur ma boîte mail ce matin. Kiki n'a pas aimé la sucrine que je lai ai proposée hier matin. Félix s'est davantage intéressé à la boîte à chaussures contenant son culbuto qu'au culbuto lui-même, dont il n'a que faire. Dans quelques instants je ferai écouter quelques chants de Noël à mes petits zanimo. Je rends grâce à Dieu que Kiki soit encore avec nous pour fêter Noël. Et pour le reste ... Noël est un jour comme les autres. Encore plus triste , cette année, que les autres.

PS - Je ne veux pas vous plomber le moral un jour de Noël et je comprendrai très bien que vous n'ayez pas envie de me lire aujourd'hui. De même, j'estime que cet article est un peu trop personnel pour s'exposer aux réactions de mes lectrices et lecteurs, même si je connais votre bon cœur, c'est pourquoi je préfère le fermer aux commentaires. Je vous souhaite à tous une merveilleuse journée de Noël et je vous embrasse affectueusement. A bientôt.