Valence, Valence, Valence

par Thaddée  -  19 Octobre 2018, 10:16  -  #Une vie comme les autres

Bonjour à toutes et tous. Vous vous demandez où je me cache ; pourquoi je ne réponds pas à vos commentaires ; pourquoi je ne vous rends pas visite sur vos blogs. Eh bien ... je n'ai pas la tête à ça. Je nourris une obsession, l'obsession du passé, je passe le plus clair de mon temps à effectuer des recherches sur le Web. Ces recherches ont porté leurs fruits, et me permettent aujourd'hui de vous livrer le fond de ma pensée.

Valence, Valence, Valence

Nous sommes en octobre. Bientôt deux ans sans maman qui nous a quittés le 27 décembre 2016. L'automne, dit-on, c'est la saison du pourrissement. De la résurgence, aussi, des souvenirs et du passé. L'on rêve de son enfance et de sa jeunesse, et de sa famille, et de ses morts. Pour l'heure je ne pense qu'à Valence, la ville où j'ai grandi, et que j'ai habitée jusqu'à l'âge de 20 ans avant de venir à Lyon suivre mes études, et m'y installer définitivement. Valence où il faisait bon vivre, où j'ai mes plus chers souvenirs, les précieux souvenirs d'une vie heureuse et protégée. Valence où je rêve de retourner pour y prendre mes propres photos.

 

La dernière fois que j'y suis allée c'était en compagnie de mon ami,  en 2005, décédé en 2010. Nous ne faisions qu'y passer ... C'était le soir, c'est à peine si j'ai vu, au loin, le mémorable kiosque à musique du Champ de Mars depuis la terrasse de bistrot où nous étions attablés. Quand je descends à Sète, le TGV s'y arrête quelques minutes. Juste le temps d'entrevoir la gare. Avant de descendre plus bas sur Nîmes et Montpellier.

Les jouets Caffarel aujourd'hui disparus

 

Je voudrais tant partir. Maintenant. Pour la journée. Revoir les lieux de mon enfance dont les enseignes ont disparu, Caffarel le magasin de jouets, les élégantes Dames de France. Et je ne peux pas du fait que je me suis bloqué les reins encore une fois. 
Il a fallu me rabattre sur Internet qui permet aux invalides de voyager, et j'ai revu ce que je voulais voir. La douce et belle ambiance de cette ville si chère à mon cœur, depuis tant d'années.

Valence, Valence, ValenceValence, Valence, Valence

Mais surtout, j'ai retrouvé les endroits où j'habitais. Et ça, ça n'a pas de prix. En premier lieu, la place Dunkerque, devant la gendarmerie nationale, dont je faisais le tour inlassablement sur le Solex de mon père. Je la traversais pour aller à l'école et faire des signes de la main à maman qui me disait au-revoir par la fenêtre ; plus loin, c'était la piscine où m'accompagnait mon père.

Place Dunkerque devant la gendarmerie, Valence (26)

Mais depuis des semaines et des semaines ce que je cherchais en vain, et que j'ai enfin réussi à trouver ! - Des vues de la vieille caserne de gendarmerie qui m'a vu grandir, où j'ai connu le plus grand des bonheurs, d'abord seule avec mes parents, puis avec la petite sœur, puis avec le petit frère. Mon grand-père est mort pendant que nous habitions là-bas. J'avais douze ans.

 

La vieille caserne c'est l'immeuble au centre de la photo. Dans la cour il y avait un vieux platane. Maman et moi nous avons pleuré de colère et de chagrin le jour où on est venu nous le couper.

 

Et voilà ce qui semblerait être l'unique photo de la vieille caserne de gendarmerie, depuis des dizaines d'années disparue. Nous habitions au denier étage. Elle est on ne peut plus nette dans mes souvenirs. La descente d'escalier dans laquelle maman faisait rouler son panier. Le palier sur lequel je jouais avec des cartons en compagnie de mon petit voisin (et amoureux) Georges. La disposition des pièces dans l'appartement ; le gros poêle à charbon au fond du couloir, juste devant la grande chambre des enfants ; le tuyau gris qui circulait le long du mur sous le plafond de la cuisine. Le cabinet, avec sa chaîne et son vasistas ouvert sur le froid ; la salle de bains avec baignoire, ce qui était un privilège à l'époque. Le temps où je croyais au Père Noël. Le temps où nous étions tous ensemble à écouter les valses de Vienne, au Jour de l'An, mes parents, mes grands-parents, moi, ma sœur et mon frère.

Oh j'aurais tant de choses à raconter ... mais il me faut d'abord y retourner.

Je vous souhaite à toutes et tous un agréable dimanche. Soyez sûrs et certains que je pense beaucoup à vous, même si je n'en donne pas l'impression. Les titis, Félix et moi on vous embrasse. A bientôt.

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M
Tu racontes très bien tes souvenirs, on s'y croirait presque ! Valence, ce n'est pas si loin de Lyon, quand tu iras mieux, tu pourras t'y rendre et retourner sur les lieux de ton enfance. Je te souhaite un bon rétablissement pour ton "tour de rein." Moi-même je me suis fait mal au dos cet après-midi et je ne sais pas comment j'ai fait !
Caresses à Félix et ronrons de Poupette
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T
Pareil que toi, j'ignore comme c'est arrivé, mais je crois quand même que c'est en portant mon gros sac de courses. Tu prends des anti-inflammatoires ? Et contre la douleur, il n'u a que l'Ixprim qui me calme, mais tout le monde ne le supporte pas. Valence n'est qu'à trois-quarts d'heure de Lyon, tout de suite après la mort de maman la seule idée d'y retourner me faisait mal mais maintenant j'en ai besoin. Merci pour ce que tu dis, comme quoi on s'y croirait presque, je suis heureuse de vous faire vivre ces pages extraordinaires de mon enfance, dans cette vieille caserne dont je n'ai pas fini de parler ... Je t'embrasse bien fort et bien sûr Félix fait son câlin à sa jolie Poupette.
Z
J'aime beaucoup ton article et tes photos. J'aime aussi ces moments où nous faisons revivre notre passé pour cette sensation d'être encore avec ceux qui sont partis.
Par contre je ne sais pas pourquoi, autant cela peut-être doux quand il s'agit de mes parents , autant c'est douloureux pour moi de regarder des photos de ma fille , pourtant cela fait plus de 5 ans . Parfois, j'évite même tant je sais que cela fera mal.
Bises Thaddée et caresses à Félix.
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N
Oui, Zoé . Certains départs sont trop douloureux ......
il y a 30 ans exactement que ma seconde belle-fille était tuée en voiture .Il nous est impossible de revoir les photos . La seule de nos disparus dont aucune photo n'est visible . sa seule présence est un tableau que j'ai fait d'elle. Pour moi c'était insupportable qu'elle ne soit pas présente ..... Discrétement présente ....
T
Ca me touche ce que tu écris là, et je comprends ... La perte de ses parents, de ses grands-parents, est dans l'ordre naturel des choses. Pas la perte d'un enfant, qui devrait partir longtemps après ses parents. Je suis vraiment navrée que tu aies connu ce grand malheur, qui ne devrait pas exister. Je t'embrasse bien doucement ma chère Zoé, belle journée avec tes petites chipies.
N
Bon, du coup je me sens moins seule .....
Lié aussi au départ de Maman , j'ai besoin de ce retour au départ .... j'ai même fait plus je suis allée aux pays de mes grands parents et j'ai même poussé jusqu'à aller au tombeau de les Arrieres grands parents .

Comme si le départ du dernier qui nous relie aux "anciens" est une corde qui se coupe et cette corde il nous faut la renouer .....

Lu donc ton article avec beaucoup de plaisir , de compréhension (puisque je réagis comme toi) . Et h'adore les vieilles photos, images de ce que nous avons connu , dans notre jeunesse .
Il m'arrive aussi , de voyager via internet pour revoir les lieux si chers à mon coeur .
Caresses à Félix, meilleure santé pour toi , douce fin de dimanche
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T
Coucou Nounou de Phiphi, oui je sais que nous réagissons pareil toutes les deux, je connais ton attachement à tes racines, tes enquêtes scrupuleuses pour faire fructifier au mieux ton arbre généalogique, l'importante place des souvenirs dans ton existence. Comme toi je voyage beaucoup sur Internet pour revoir les lieux de mon enfance et de mon adolescence, même si mes seuls souvenirs pourraient illustrer des livres et des livres de notre histoire familiale. En les évoquant, j'ai un peu le sentiment de faire revivre mon père, maman, mes grands-parents ... Pour un instant nous sommes tous ensemble comme autrefois. J'ai besoin, aussi, de laisser une trace de ces moments passés en famille, et des lieux où nous avons vécu. A Phiphi et toute sa petite famille je souhaite une belle soirée d'automne bien au chaud. Ronron du Félix.
J
Comme j'aime l'évocation de ce souvenirs, ils font remonter en chacun de nous une part de notre enfance, d'une époque à jamais révolue et pourtant immortelle, étrange paradoxe.
J'ai beaucoup aimé cet article que j'ai lu avec avidité.
Nous avons tous ce besoin de retrouver ce qui nous a fabriqués .
Les images du passé fleurissent plus nettes que toutes les photos, nous sommes nous un jour posé la question du pourquoi. Elles sont les photos de l'âme, aucune technique ne saure les retranscrire.
C'est un bel article, merci,
Passe une belle journée en compagnie de ta famille0
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T
Coucou Jean-Marc, ce que tu dis est vrai, et j'en parle un peu dans mon article suivant (mon avion jaune) les photos sont une chose, les souvenirs en sont une autre, et la mémoire est un des biens les plus précieux qu'on ait. En ce moment je suis complètement immergée dans le passé, toujours en automne, j'ai besoin de me replonger dans mes souvenirs d'enfance, si chers à mon cœur. Valence ne m'a pas vu naître, mais c'est la ville de ma jeunesse, et je l'aime du fond du cœur. Je te souhaite un très beau dimanche avec tes petits. A bientôt !