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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

Le pas

Publié le 1 Octobre 2016 par Thaddée dans Récits Petits mystères au quotidien

Rêve que j'ai fait dans la nuit du vendredi 30 septembre au samedi 1er octobre 2016

Maman

Depuis trop longtemps l'attitude de maman à mon égard m'inquiète et m'irrite. Elle évite de se trouver en ma présence ; évite de m'adresser la parole, et quand elle me parle c'est sèchement, voire avec une agressivité déconcertante. Quand elle a fini son travail à la cuisine elle s'assied sur une chaise et lit un magazine, toujours la même page me semble-t-il. Pour le reste je ne sais pas trop. J'ai l'impression qu'elle sort et qu'elle s'absente longtemps, pas nécessairement pour faire les courses.

Depuis trop longtemps j'habite sous son toit, dans une chambre agréable que j'ai équipée comme un petit studio. Une situation qui ne me plaît pas des masses, il est difficile de dépendre de ses parents, passé un certain âge ; mais tout aussi difficile de se louer un appartement. Je n'en ai pas les moyens.

Un jour mon père rentre de mission dans son uniforme beige. Il est beau mon papa. C'est un homme discret qui a toute ma confiance et mon affection. J'observe que maman se montre froide et distante, avec lui aussi. Aurait-elle un amant ? Son comportement me cause bien du souci : à bien des égards on dirait une folle.

Après le départ de papa qui retourne au travail je passe à l'attaque. Elle a le visage fermé des mauvais jours. Rien de vraiment engageant. Il faut pourtant que j'arrive à crever l'abcès, à comprendre ce qui ne va pas chez elle et entre nous, et qui empire de jour en jour.

A-t-elle parlé de ses problèmes à papa ?

Elle me décoche un de ces regards meurtriers qui me font froid dans le dos. J'ai peur d'elle maintenant. J'ai peur qu'elle perde le contrôle et me fasse du mal.

Surmontant l'angoisse qui m'envahit insidieusement je la presse de m'expliquer pourquoi elle me témoigne autant d'animosité. La réponse tombe, pour le moins inattendue :

- Ton frigo est d'une saleté repoussante, me dit-elle. C'est la femme de ménage qui me l'a dit.

Je tombe des nues. J'ignorais que nous avions une femme de ménage. J'essaie de me défendre comme je peux, objectant que je manque de temps pour entretenir ma chambre, même si je sens au fond de moi que ce n'est pas une bonne raison, et que c'est donc ma faute si maman et moi nous en sommes arrivées là. Le cafouillis de mes pensées tourne lentement dans mon crâne : je lui paie quand même mon loyer à maman, je lui paie ma nourriture.

- Les autres le font en rentrant du travail me retourne-t-elle avec hauteur et hostilité.

- Mais maman, tu connais ma fatigabilité avec toutes les maladies que j'ai.

J'énumère, et son regard est assassin. Cette fois c'en est trop. Pour une histoire de frigo !

- Si ça continue comme ça je pars.

- Et tu abandonnes la maison ?

Quelle maison ? - J'ai du mal à suivre, et de plus en plus l'impression qu'elle perd les pédales pour de bon. Ça va devenir l'enfer de continuer à vivre chez elle. Mais je n'ai pas de solution. Comment faire, juste ciel, comment faire ? - La question me ronge sans que se présente la moindre issue de secours.

L'appartement

Quelques jours plus tard je la croise devant les boîtes aux lettres en compagnie d'un voisin qui m'est fort antipathique. Tous les hommes me sont antipathiques depuis que je soupçonne maman d'entretenir une liaison adultère dans le dos de papa. Elle est justement en train de lui raconter que je veux partir. Et le type, tout de go, de me dire en m'indiquant la direction :

- Juste au coins là, au numéro 9, il y a des appartements pas chers à louer.

Je n'ose y croire. A deux pas de chez moi il y a des appartements à louer !? Le type me conduit au n°9, ce qui m'embête un peu parce que je suis en tenue légère, pour ne pas dire indécente, mais il ne faut pas louper le coche alors j'y vais. Je connais cette porte, j'ai déjà eu l'occasion d'entrer dans cet appartement, le gars qui l'habite est charmant, je le sais pour l'avoir rencontré plusieurs fois.

Le voisin me plante là. Je sonne et le gars charmant vient aussitôt m'ouvrir, en tenue décontractée. Derrière lui, dans la salle commune, sont regroupés plusieurs locataires qui discutent et plaisantent. Il va falloir faire avec.

J'expose mon problème : voilà, je recherche un appartement pas trop cher ... Il me fait entrer. A partir de là, fusent les chiffres.

A droite, un appartement à 375 euros par mois. Un autre à 250. Je commence à voir la vie en rose. Il m'entraîne à gauche à travers une pièce divisée en trois couloirs parallèles d'égale largeur et m'emmène dans celui du fond, très sombre et meublé. Ça ne me dit rien qui vaille. Il n'y a pas de fenêtre à part deux petits carreaux, à hauteur de mes bras levés, qui ne s'ouvrent pas. Il y a bien une fenêtre de toit mais une branche l'obstrue complètement.

- C'est 250 ? je demande sans conviction.

- 72 répond-il.

72 euros par mois !? Mais avec un loyer aussi modeste je vais pouvoir entreprendre des travaux. Et pour commencer, monter une cloison* entre ma voisine, présente sur les lieux, et moi-même. Elle est enthousiasmée par mon idée. Cela créera un peu d'intimité, même si mon hôte déplore qu'on ferme l'espace pour s'éloigner les uns des autres. Il me montre le compteur d'électricité.

- Attention à ta consommation me prévient-il, si tu passes les 27 par mois il y a Jean qui te tombera dessus.

Autant de petits couacs qui gâchent mon espoir d'avoir peut-être trouvé un endroit rien qu'à moi : la salle commune, la douche et sanitaires communs, les studios mitoyens grand ouverts les uns sur les autres, le manque de fenêtre, l'électricité, Jean ... Or, pendant que je liste les inconvénients d'une location pourtant salutaire, mon hôte monté sur une échelle scie la branche qui obstrue la fenêtre de toit et la lumière descend dans mon studio, révélant un évier en inox, de petits rangements avec des tiroirs garnis de couverts et d'ustensiles de cuisine. Puis il ouvre au fond de la pièce une porte que je n'avais pas vue.

Mon cœur a bondi de joie ! Je me précipite sur ses pas pour sortir et constater que la porte donne sur la rue et, plus loin, un commerce. Une entrée indépendante ! C'est tout ce qu'il me fallait pour me convaincre de sauter sur l'occasion et signer le bail !

Mon hôte n'est pas trop favorable aux entrées indépendantes. Mais je n'ai cure de son avis. Je suis enfin chez moi !

© Thaddée, le samedi 1er octobre 2016

* Cloison : dans mon rêve il ne s'agit pas vraiment d'une cloison, bien plutôt d'une sorte de palissade montée sur pieds comme un II romain sans la barre du dessus. Ce n'était pas folichon-folichon d'intégrer la description dans le corps du récit, c'est pourquoi je lui ai préféré la cloison qu'on visualise plus facilement.

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