Papier de verre
un livre où l'on dépose des petits bouts de vie
Collapsus by Thaddée Sylvant est mis à disposition selon les termes de
la licence Creative Commons Paternité-Pas
d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Forge au bord de la mer Egée. Vaste fourneau qui brûle nuit et jour, où tout part en fumée. Ne perdurent en tout et pour tout que les tours de roue, les échelles qui descendent et le gravier qui roule sous le pied. Moi, je n’aurai pas vécu sans apprendre à mes dépens que tout se paie, et ce que vaut la monnaie d’argent que vous faites sauter au creux de votre main. Obole, drachme, mine, talent. Vous ne saurez jamais combien il nous a fallu faire fondre de plomb, combien de soufre il nous a fallu respirer, combien d’années il nous a fallu vivre dans ce désert brûlé pour que vous ayez votre compte d’argent.
Spasme du rire qui refoule un sanglot. Qu’il est vain d’exister. Goinfrez-vous de figues
fraîches, tant qu’il est temps. Regardez bien, tandis que vous mâchez, la libellule aux yeux bleus qui bouge encore un peu ses ailes transparentes. On
dirait qu’elle est en argent, faite pour durer, mais sa vie ne prendra qu’une journée. Le vent l’emportera. Le bonheur est ainsi. Votre existence aussi. Magnifiquement ouvragé, cela vous
émerveille. Un battement de cils, et tout disparaît. La figue est mangée, l’insecte est poussière, et l’homme est passé……………
P. 265, 266
Les photos sont prises avec un Polaroid PDC 3030
3.2 Mega Pixel Digital Camera




![]()
Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez déjà demandé à d'autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous alarmez quand
certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m'avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est
cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait
écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mouriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la
plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire ? " Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une
aussi grave question par un fort et simple : "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité.
Paris, le 17 février 1903.
Lettres à un jeune poète
Rainer-Maria Rilke
Les Cahiers Rouges, Grasset, 1937
![]()
Derniers Commentaires