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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

La voix qu'il avait

Publié le 3 Décembre 2010 par Thaddée in Mémoires Vivre après Lui

Vendredi 3 décembre au matin

Quand un être cher est gravement malade, on ne peut faire autrement que passer sous silence ses propres soucis de santé, ses tracas quotidiens, sa fatigue, son mal être. On ne les identifie même plus. On est à l'écoute. L'aidant se tait. L'aidant se nie.

Je n'étais pas vraiment aidant. J'écoutais à distance. Je renforçais l'espoir quand il y en avait un peu. Je faisais un peu d'humour quand je pouvais. J'essayais de ne pas montrer mon inquiétude et mon désarroi. Je ne parlais plus de moi. J'avais appris, au fil des semaines, à ne plus parler de moi.

J'écoutais.

Sa maladie, la douleur, les examens, les diagnostics (contradictoires), les traitements, les appareillages, les plans d'aide, l'espoir.

On lui avait donné de l'espoir. Quelques jours avant la fin de sa vie.

Je suis en deuil d'un ami, d'un amour, d'un avenir avec lui. Je n'ai plus rien à écouter, plus rien à espérer : il est mort. Le sentiment de culpabilité, le sentiment de solitude, les sentiments contradictoires, la peur de sombrer, ont pris toute la place.

La mémoire me trahit. Déjà. J'ai du mal à me rappeler à quelle heure de la journée nous nous sommes parlé pour la dernière fois. C'était le mercredi 24 novembre. Il me semble que c'était le soir. J'avais réussi à le faire rire. Mais depuis quelques jours je ne reconnaissais plus sa voix. Parfois, je n'arrivais plus à comprendre ce qu'il me disait. La morphine. Les rayons. Peut-être tout simplement la fin de vie.

Ça lui changeait complètement sa voix.

J'avais un message de lui sur mon répondeur. Jusqu'au samedi 27 novembre, jour de sa mort, sa voix était enregistrée sur mon répondeur. Sa belle voix d'avant sa fin de vie.

Un nouveau message, de quelqu'un d'autre, a effacé le sien. J'ai perdu sa voix.

Le silence. La neige. Le cimetière glacé, là-bas. Mon ami dans la terre. Son corps maigre, raide et froid.

Il disait en riant : "Bon j'ai un cancer, et alors ? je ne vais pas en faire une maladie ! ".

Commenter cet article
J
<br /> <br /> chère Thaddée... le deuil est une épreuve... la perte... le manque... notre vie durant nous apprend... tu écris... tu sublimes et celui que tu as perdu restera en toi à jamais... il<br /> faut du temps... du dépassement... je ne veux pas te consoler, juste témoigner de mes propres deuils... lointains et proches avec lesquels je vis...  amitiés<br /> <br /> <br /> Josiane<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> nous sommes bien démunis face à l' accompagnement...<br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Le pire dans un départ définitif, ce n'est pas celui qui part mais ceux qui restent.<br /> <br /> <br /> Tant que nous sommes dans l'aide et l'accompagnement, nous tenons le coup en oubliant nos propres soucis, nos propres douleurs ...c'est après que c'est dur, quand le vide s'installe.<br /> <br /> <br /> Le fait que tu puisses nous en parler, t'aidera peut-être à surmonter cette douloureuse épreuve.<br /> <br /> <br /> Je l'espère de tout coeur. Et je suis sûre que le son de sa voix d'avant te reviendra. Tu sais, je parle souvent à mon père, bien que cela fasse 51 ans qu'il est parti et parfois, je réentends<br /> ses intonations, son rire gouailleur. Et soudain, il est de nouveau là et moi, j'ai 8 ans !<br /> <br /> <br /> Enormes bisous mon amie Thaddée<br /> <br /> <br /> DGAR<br /> <br /> <br /> <br />
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