Les assistantes sociales

par Thaddée  -  13 Juillet 2013, 13:25  -  #Poésie 2013 Catharsis

 

Par Thaddée © 13 juillet 2013, Catharsis

 

Si j'arrive à cet âge

Et que je vois venir

Avant mon grand voyage

Ces filles de chacal

Je jure que je les vire

A coups de pied au cul

Vous me jugez vulgaire ?

- Mais rien n'est plus normal.

 

Vous venez pour m'aider

J'ai demandé qu'on m'aide ?

C'est-y pas qu'on emmerde

Les vieux de nos jours

En leur portant secours

Quand ils ont pas besoin

Pour les laisser tomber

Du jour au lendemain.

 

Faut mettre à la poubelle

Mes fidèles pantoufles

Contre des charentaises

Qui tiennent bien le pied ?

De bonnes charentaises

Au fessier de ces pouffes

Me voilà bien chaussée

Pour mieux fuir ce guêpier.

 

Vous viendrez me parler

De mes trous de mémoire

Et des quelque six mois

Qui me restent à vivre

Vous voudrez me coller

Dans ces accueils de jour

Où côtoyer des vieux

Ca s'appelle pas vivre.

 

Une inconnue stressée

Me donnera ma douche

En n'ayant à la bouche

Que des piques aiguës

Attends voir qu'on y touche

Aux trois poils de mon cul

Tâtez-y donc pour voir

Si la jument ne rue !

 

Vous ouvrirez les portes

Je n'en ouvrirai qu'une

Celle qui foutra dehors

Ces tristes importunes

Et si vous résistez

J'attendrai les 16 heures

Pour préparer le thé

Avec les petits beurres.

 

Et vous voudrez en plus

Rouler mes beaux tapis

Mais attendez un peu

Qui croyait prendre est pris !

J'ai vu beaucoup de films

Policiers instructifs

Où l'on roule des morts

Dedans les beaux tapis.

 

Qu'est-ce que vous croyez donc

Que l'on peut débarquer

Dans mon petit chez-moi

Pour chambouler ma vie ?

Le respect des ancêtres

Ca vous dit quelque chose

Ou ça ne vaut pas mieux

Que de l'engrais pour roses.

 

Vous avez la trentaine

Et vous pétez le feu

J'ai quatre fois votre âge

Excusez-moi du peu

Tout ce que j'ai vécu

Mérite qu'on y pense

Avant de me jeter

Comme de l'huile rance.

 

La maison de retraite

Alors là tout est dit

C'est vous qui payerez

Les crédits de mon lit ?

Qui marquerez mon linge

Et ferez ma lessive

Et qui prendrez la peine

De me rendre visite ?

 

Allons donc bonnes dames

J'ai pu vivre sans vous

J'ai le droit de vieiliir

Sans que ça vous inquiète

Dans mes vieilles pantoufles

Et sur mes vieux tapis

Toute seule sous la douche

A mes risques et périls.

 

Vous me foutez la honte

Ainsi qu'à ma famille

La vieillesse est-elle donc

Une faute même un crime

Qu'il me faille payer

Au prix fort des excuses

Et des fausses promesses

Contraintes et forcées.

 

J'étais là bien tranquille

A rêver de ma vie

J'en ai fait des voyages

Qui vous feraient envie

Parce que moi à votre âge

J'allais pas chez les gens

Pour savoir qui c'est qui

Veille sur leur argent.

 

C'est pas là un métier

Que j'aurais voulu faire

De déranger les vieux

Et fouiller leurs affaires

Décider de leur sort

Et leur faire voir la mort

Les traiter d'incapables

Et de bien pire encore.

 

Pour moi quand j'étais jeune

J'étais libre avant tout

Je claquais mon argent

Pour aller de partout

Syracuse Agrigente

Ô jeunesse dorée

J'en aurai vu des vignes

Et de vieux oliviers !

 

J'ai même aimé des gars

Qui valaient pas la peine

Et quelques jeunes filles

Parce qu'on aime comme on aime

Et j'ai pas eu d'enfant

Mais c'est pas là mon choix

Si j'ai pas eu d'enfant

C'est que je pouvais pas.

 

J'ai écrit tant de livres

Qu'il vous suffirait pas

De votre seule vie

Pour pouvoir tous les lire

J'ai écrit sur les mines

Un récit bien senti

Qui me laisse à penser

Que j'y fus condamné.

 

J'étais un jeune esclave

Et je brûlais mes jours

Au feu d'un soleil rouge

Et du métal fondu

Je me souviens du soufre

A l'odeur d'oeuf pourri

Je peux dire que j'en souffre

Même encore aujourd'hui.

 

Et vous vous arrivez

Pour inspecter mes chiottes

Fourrager les tiroirs

Pousser toutes les portes

Inscrire dans un cahier

Tout ce qui ne va pas

Mettre ma vie en fiches

Que vous pointez du doigt.

 

Y'a des gens sur la terre

Qu'auraient besoin de vous

Des vieux dans la détresse

Qui vivent sans le sou

De pauvres femmes seules

Qui tiennent plus debout

Des hommes grabataires

Avec des regards fous.

 

Mais moi j'ai pas besoin

Qu'on décide à ma place

Ni d'où j'irai demain

Ni de quoi que je fasse

J'ai plein de souvenirs

Dont se nourrit ma vie

J'ai même un avenir

Aussi petit soit-il.

 

Et si j'oublie des trucs

Qu'est-ce que ça peut bien faire

Y'en a tant qui oublient

De se montrer corrects

Y'a qu'à vous écouter

Pour se dire qu'au fond

Même les diplômés

N'ont pas d'éducation.

 

Je ne vous souhaite pas

D'arriver à mon âge

Et d'avoir à subir

D'aussi piteux outrages

N'était-ce pas assez

De lutter pour survivre

Faut qu'en plus maintenant

Vous écriviez mon livre ?

 

Ces filles de chacal

Toutes propres sur elles

Ne feront pas main basse

Sur le peu qui me reste

Assistantes sociales

De l'hôpital du coin

Rentrez vite chez vous

Je n'ai besoin de rien.

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Sirius 18/07/2013 08:18


J'espère qu'on m'aura "piqué" avant que je n'en arrive là...

Thaddée 21/07/2013 13:10



Oui mais bon elles ne sont pas toutes comme ça, il faut l'espérer. Il y en a qui n'enlèvent pas les tapis .



mirotine 16/07/2013 21:54


eh ben! voilà qui est dit! ce qui serait chouette c'est que  les assistantes sociales en question lisent ces quelques lignes!

Thaddée 21/07/2013 13:08



Hi . Elles demanderaient à ce que le texte soit retiré immédiatement.



Fanfan-pirate 16/07/2013 09:20


Ma Thaddée, c'est super bien écrit, et oui, parfois c'est abusé. Certain (es) on tendance à oublier qu'il y a toute une vie derrière un visage. MAIS MAIS il ne faut pas croire que toutes les
assistantes sociales sont comme ça, non, il y en a des super gentilles (bon ok, je n'en connais qu'une)  mais celle que je connais c'est mon poussin, et si elle a choisi ce métier c'est pour
aider, rendre service, faire tout pour que des personnes qui n'ont rien puissent toucher les aides auxquelles elles ont droit. Bon là ou j'ai hum hum c'est qu'elle travaille dans un hôpital et en
neuro donc... j'avais l'impression d'entendre parler d'elle mon pov tit poussin snif. Le pire, c'est que ma sauterelle (la soeur de poussin) est aide soignante, mais elle est très gentille elle
aussi avec les personnes agées.


Bon j'ai juste dit tout ça parce que j'ai un peu la même vision des choses que toi, mais bon... il y a des exceptions. Un sourire pour une personne agée ça peut être du soleil pour toute une
journée.


Gros bizoux ma Thaddée, et puis ne vieillissons pas... Caresses à Félix

Thaddée 21/07/2013 13:01



J'espère bien qu'il y a de bonnes assistantes sociales et je n'en doute pas. Celles-ci étaient des caricatures d'assistantes sociales, venues bouleverser la journée des gens qu'elles étaient
censées aider. Ma Fanfan tu es entourée... de très gentils animaux . Tu sais tous les jours les personnes âgées me
répètent : "ne vieillissez pas ! " Et je leurs réponds : "Comment je fais, moi ? " On ne choisit pas ...


Gros bisous avec plein de z comme Zorro ma Fanfan.



PASSION SCULPTURE 14/07/2013 22:50


Mais où as-tu vu cela ?

Thaddée 21/07/2013 12:45



Disons que je les ai vues à l'oeuvre, et que je les ai trouvées particulièrement indélicates et brutales.



PASSION SCULPTURE 14/07/2013 08:54

ces écrits le bouleversent

Thaddée 14/07/2013 14:21



Merci ad-mary, c'est un poème qui me vient droit du coeur après avoir vu ce que j'ai vu ... quelle honte, de traiter les seniors comme de vieux débris tout juste bons pour l'asile et la tombe.
Quel sentiment de révolte j'ai éprouvé ...


Un beau 14 juillet :) A bientôt.