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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

Ephata

Publié le 15 Juillet 2011 par Thaddée Sylvant in Récits Petits mystères au quotidien

Ce que je vais raconter s'est produit quelques jours avant Pâques de cette année.

Un soir que je me promène je tombe en arrêt devant les carreaux orange d'une petite maison, qu'éclairent les dernières clartés du jour. C'est si beau que je le vois déjà en photo. Seul problème : moi qui ne me déplace jamais sans mon APN, ce soir je ne l'ai pas. Alors je fonce chez moi parce que le compte à rebours a commencé : le jour décline, et dans moins de dix minutes il fera trop sombre pour que je puisse réaliser la photo de mes rêves. Chez moi j'attrape mon cher Polaroïd vieux de six ans, je ferme la porte... et je me fais aborder par des voisins qui se sont mis en tête de me raconter leur vie. Que faire ? - Nous engageons la conversation. Le temps passe et je me répète avec regret : "C'est fichu pour la photo". Aussitôt que mes voisins me libèrent, je cours vers ma fenêtre orange... mais la lumière a baissé, on n'y voit plus rien. Je remets l'appareil dans la sacoche en me promettant de revenir le lendemain.

Je m'en retourne chez moi sans me presser. Au bord de la place, une voiture grise entreprend de manoeuvrer. Lorsque je prends conscience qu'il y a quelque chose sur le toit de la voiture il est déjà trop tard. Elle a démarré. "Bon c'est une boîte de kleenex" me dis-je tranquillement. Les gens oublient souvent ce genre de choses sur le toit de leur voiture. Et je la regarde s'éloigner en attendant que tombe par terre la boîte de kleenex. Ce qui ne manque pas de se produire. Mais avec un bruit sourd que n'auraient pas fait des mouchoirs. Le coeur battant je comprends alors qu'il s'agit d'un livre. Je le ramasse. Effectivement : c'est un gros volume dans sa boîte en carton. Je l'en sors pour voir le titre et l'auteur.

 

Ephata

 

Le Missel De La Vie Chrétienne

 

Tout de suite je fais de grands signes à l'automobiliste. Mais il est définitivement trop loin.

"Il va se rendre compte qu'il l'a perdu. Il va revenir" me dis-je en me souvenant que c'était une voiture grise. Et je me mets à tourner sur la place en espérant son retour. Je tourne peut-être un quart d'heure. Mais il ne revient pas. Je rentre sans avoir pris ma photo et avec un livre qui ne m'appartient pas.

De retour chez moi je cherche dans le missel un nom, une adresse, une dédicace, qui me permettrait d'entrer en contact avec son propriétaire pour le lui rendre. Je n'y trouve qu'un marque-page qui ne me renseigne pas.

C'est un gros livre à tranche dorée. J'apprends que le missel Ephata se divise en trois volumes. Je détiens le Volume 2 : Carême, Temps pascal, Temps ordinaire 6 à 12. Il manque donc à son propriétaire un tiers de la collection. Cela représente une perte considérable.

Les jours suivants je raconte autour de moi l'histoire du Livre. Et tout le monde s'accorde à me répondre : "C'est un signe du ciel". Le dimanche, je suis en famille, et dans un état de grâce indescriptible. Et le lundi de Pâques, dans l'après-midi, je me rends à l'église remettre le Livre au prêtre.

L'église est ouverte. Elle est déserte. C'est la deuxième fois que j'y pénètre. La première fois, c'était quelques jours après la mort de mon ami. Je m'attarde à contempler les vitraux. Je prends quelques photos.

 

DSCI0001-5

 

Je m'assieds sur un banc. J'attends. Personne ne vient. J'ai le Livre dans la main et je me demande, vu les circonstances, si je ne dois pas le garder. Puisque il m'est tombé du ciel. Pendant vingt minutes, je déambule très lentement dans les travées, je lis sur une colonne un message de remerciement à ceux qui sont entrés quelle qu'en soit la raison. Un chant religieux accompagne en sourdine mes pas. Mais personne ne vient.

J'ai tellement attendu qu'il m'apparaît inutile d'attendre plus longtemps la venue du prêtre et je prends le chemin de la sortie. Là, sont placardées les annonces de manifestations chrétiennes. C'est là, que je découvre l'existence du peintre Patrick Marques.

 

  Toiles d'âme

 

 PS - J'ai toujours le Livre et je n'ai jamais pu prendre la photo que j'espérais. Plus jamais les vitres n'ont été orange.

 

Ubi caritas et amor, Ubi caritas Deus ibi est
(Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent.)
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