Papier de verre
un livre où l'on dépose des petits bouts de vie
Collapsus by Thaddée Sylvant est mis à disposition selon les termes de
la licence Creative Commons Paternité-Pas
d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Hier c'était la date anniversaire de la mort de mon gros chat. Un moment difficile. Il est mort le 4
novembre 2007, c'était un dimanche, d'une maladie foudroyante des reins. Je n'ai pas de photo numérique de lui, donc je ne peux pas vous le montrer sur mon blog mais je peux vous dire qu'il était
magnifique.
Il est des animaux pour qui l'on nourrit un amour particulier. Mon gros chat était de ceux-là. Je ne saurais décrire le lien puissant qui m'unissait à lui. Il me rassurait. Et pourtant, quel
vagabond c'était ! Il passait tout son temps dans le jardin, caché derrière une fleur, et rentrait à ses heures. Alors j'ouvrais la porte avec un soupir de soulagement et je l'accueillais comme
s'il avait été le roi.
C'est la pleine lune et le froid qui me l'ont tué. Depuis il ne se passe pas un seul jour sans qu'il me manque.
J'ai d'autres animaux, un chat, un chien, des oiseaux, et je les aime tous. Mais aucun ne peut le remplacer. Je n'ai pas pu rouvrir l'album photo depuis qu'il nous a quittés. Je ne peux pas en
parler sans ressentir un grand vide au fond de moi.
Il avait huit ans. On aurait pu faire encore un sacré bout de chemin ensemble. Mais il a fallu se séparer ce dimanche-là. Il est mort dans mes bras.
Au lendemain de sa mort j'ai écrit un poème que je vous donne à lire ou relire aujourd'hui...
♥♥♥
Mialuna Disait le chat Transi d’amour Je meurs de froid C’est aujourd’hui Mon dernier jour
Mialuna Qui me veut Tout à toi Tu m’as donné La nuit Mais je ne t’en veux pas
Toi Si tu vois un chat Dans la lune Eh bien sache Que c’est moi Qui fait Comme une tache brune A la surface de l’astre froid
Ce chat qui miaulait A la lune On l’entend murmurer Mialuna C’est du vent qui souffle et qui fume Où je rêve de toi
D’un chat Fou d’amour pour la lune Qui s’appelait Grichka.
L'ultime nuit de pleine lune, Crypties 2007, P. 104
Laisse quelque chose
De toi sur la terre
Broderies et dentelles
Edredon rouge sang
Souvenir et parfum
D’une vie toute entière
Dans des coffres à bijoux
De fiers meubles flamands
Des armoires normandes
Une boîte à chaussures
Escarpins de tes noces
Oripeaux de l’usure
Armoiries surannées
Des fleurets mutilés
Par de noires années
Quelques fleurs de papier
Du vieux papier à lettres
Avec écrit dessus
Ce que tu rêvais d’être
Et que tu fus peut-être
Avant de n’être plus
Je veux laisser de moi
Quelque chose que j’aime
De ces ombres à paupières
Comme traînée de terre
Sur les draps rêches et blancs
D’un lit à baldaquin
Que passe un souffle d’air
Par la fenêtre ouverte
Et sur le secrétaire
De l'encre et des bouquins
Ne voulant pas se taire
Reprendront ce refrain…
TS 2008, Crypties P.199, 200
J’ai tant à dire
J’ai tant à faire
Mais la fatigue
A fermé les frontières.
Crypties 2008, P. 209
L’amitié, las, est comme ces vases
antiques.
Quand ils se cassent, nous tremblons.
Leur perte est ineffable
et leur place reste vide.
L'absence est un puits si profond.
Crypties 2007, P. 101
Je suis, tu es, nous sommes
comme au premier matin du monde.
On aime, on chante, on marche, on tombe,
tous les chemins ne mènent pas à Rome.
Crypties 2007, P. 86
Antiques.
J’aime ce mot.
Antiques,
D’avant les cantiques
Et les Credo.
Antiques.
… Et vint l’année zéro.
Le cercle, 2007 - A propos de mon récit Fragments d’une vie
brisée
- Que voudrais-tu être, à l’avenir, si tu pouvais choisir ?
- Je choisirais de n’être pas. Ce que je fus dans le passé m’empêche aujourd’hui d’être moi-même. Je ne veux pas réitérer l’exploit.
- Tu pourrais alors être quelque chose qui n’ait ni conscience ni mémoire.
- Mais j’aurais toujours assez de cœur pour souffrir quand même, crois-moi.
- Un insecte, une plante, une pierre ?
- Non. Rien du pays d’où je viens.
- La lumière, la musique, la liberté ?
- Non ! Rien de ce qu’on m’a pris.
- Donc il ne reste rien que tu veuilles ou que tu puisses être, absolument rien ?
- Peut-être, resterait-il encore quelque chose…
- Dis-moi, quoi ?
- Moi, comme je le fus par le passé. Mais qu’on me donne une heure de plus, pour me venger.
A propos de mon récit Fragments d’une vie brisée
Un silex en place et lieu
des yeux
qui t’a rayé le cœur
en y mettant le feu
le silence en place et lieu
du cri
qui t’a comme assourdi
Livre-miroir
où tu vois ton visage
où tu relis ta vie
tu sais que lui c’est toi
ça paraît improbable
et pourtant c’est
ainsi.
Crypties, P. 92
Je cherchais vainement une illustration pour ce poème quand Mistic m'a glissé dans un com., sans le savoir, l'image qui me manquait ! Merci Mistic. L'image est dans l'article
au-dessus.
Les photos sont prises avec un Polaroid PDC 3030
3.2 Mega Pixel Digital Camera




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Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez déjà demandé à d'autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous alarmez quand
certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m'avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est
cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait
écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mouriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la
plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire ? " Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une
aussi grave question par un fort et simple : "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité.
Paris, le 17 février 1903.
Lettres à un jeune poète
Rainer-Maria Rilke
Les Cahiers Rouges, Grasset, 1937
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