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2 articles avec feuilleton rose et lilou

Rose et Lilou, monstres ordinaires (2)

Publié le par Thaddée

Rose et Lilou vivent en couple dans un studio de vingt-cinq mètres carrés. On est à la mi-novembre. Elle est enceinte de trois semaines tout au plus. Les textes sont sujets à modification.

Thaddée

Au pied de l'arbre

- Ma Rose, c'est l'heure.

"J'arrive ! " lui cria-t-elle à cinq mètres de là. Elle passa un dernier coup d'éponge humide sur les bords de l'évier car elle aimait par dessus tout que sa cuisine soit nickel. Après quoi elle sortit de leurs boîtes respectives une glace vanille-chocolat pour lui et une chocolat-pistache pour elle. On était à la mi-novembre et leur crainte à tous les deux était que leur grande surface de prédilection ne se fournisse plus en cornets de glace. A l'épicerie du coin les boîtes traînaient depuis si longtemps que la gaufrette avait la consistance du carton mâché.

Il était vingt heures vingt-neuf, elle se laissa tomber dans son fauteuil de jardin garni d'oreillers déplumés et lui mit sa glace dans la main. Le générique de leur feuilleton préféré succédait au résumé de l'épisode de la veille. Les premières images qui défilaient à l'écran le captivaient si fort qu'il en oublia de la remercier. Il buvait littéralement ... la suite des événements.

- On en a rien à foutre de cette histoire de bonnes femmes qui se crêpent le chignon dit-il sans cacher son mécontentement.

- Lilou ta glace est en train de fondre.

Il déchira l'emballage et commença de sucer la crème fondante. Ceci compensait cela, et lui permit d'attendre sagement le retour de son personnage fétiche : le fantôme.

La vérité sur la mort de Cyril Rochat

La vérité sur la mort de Cyril Rochat

- C'est vraiment le top cette histoire de fantôme approuva-t-il en malaxant le chocolat entre sa langue et son palais.

Le jeune homme aux longs cheveux blonds faisait un tabac dans leur studio, tous les soirs à partir de 20:30. Il ne prononçait pas un mot, mais son regard grave et profond parlait pour lui. Pour plaire à son Lilou Rose avait même effectué quelques recherches rapides sur le Net. On disait de lui qu'il était mutique, fin et élancé, avec un visage d'ange. Rien qu'ils ne sachent déjà.

Les flash back dénonçaient un caractère impétueux pas forcément facile. Il était encore très séduisant quand il braillait.

***

- Tu crois que c'est vrai ? demanda-t-il soudain en arrêtant de pourlécher sa glace.

Que les fantômes existent, développa-t-elle en son for intérieur. Ce à quoi elle répondit que oui, peut-être, ils existaient, après tout on n'avait pas de preuve irréfutable qu'ils n'existaient pas, et de son point de vue à elle l'air invisible qui les entourait était bien trop vide pour être honnête, il devait s'y planquer des centaines et des milliers d'esprits plus ou moins sympa.

- Non, dit-il. Qu'ils peuvent témoigner du mal qu'on leur a fait de leur vivant.

- Qu'est-ce que ça peut faire franchement.

- Je sais pas. J'aurais voulu savoir.

Il avait l'air préoccupé tout à coup. L'air suspect du remords vivant qui plonge dans les tréfonds de sa mémoire.

- Quoi, fit-elle abruptement.

- Non, rien.

Rien. Ma Rose, elle en fulminait. Avec la gueule de fossoyeur du dimanche qu'il venait de prendre, rien, vraiment ?

- Je te le dirai quand les deux bonnes femmes recommenceront à se bouffer le nez dit-il pour l'apaiser.

***

Elle rongea son frein en se crêpant le chignon. Lorsque l'infirmière et son interne de fille reprirent leur piètre numéro de prise de bec, il avoua qu'il se pouvait peut-être bien, mais c'était pas sûr, qu'il ait enterré quelqu'un au pied d'un arbre du temps de sa folle jeunesse.

Pour le coup elle faillit s'étouffer avec un morceau de gaufrette. Qui, où, quel arbre, pourquoi, comment l'avait-il trucidé ?

Il ne s'en souvenait pas. C'était si flou. Ca devait être plutôt un rêve. La réminiscence d'une vie antérieure.

- Tu as tué quelqu'un dans une vie antérieure ?

- Je sais pas trop répéta Lilou, la mine penaude.

En même temps qu'elle s'émerveillait. Pour la première fois depuis les sept ans qu'ils vivaient à la colle elle éprouva dans sa chair une vague d'admiration pour son mystérieux compagnon. Pour la peine elle retourna leur sortir deux autres glaces du congélateur. En revenant elle lui annonça tout de go qu'elle avait la ferme intention de garder l'enfant qu'elle portait. C'était le moins qu'elle puisse faire après de telles révélations.

- Tu fais ce que tu veux ma choute. C'est ton ventre, c'est toi qui décides.

Dommage, toutefois, songea-t-elle, que l'enfant ne fût pas le rejeton naturel de cet homme éblouissant.

© Thaddée, vendredi 18 novembre 2016

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Rose et Lilou, monstres ordinaires

Publié le par Thaddée

Rose et Lilou forment un couple bien propre sur lui, pas très net en dedans. Voilà qui pourrait être le pilote d'une série de nouvelles... ou le premier épisode d'un nouveau feuilleton. Comme un méchant petit air que j'avais dans la tête ce mardi matin, 15 novembre. Les textes sont sujets à modifications.

Thaddée

Le bébé dans la maison

- Lilou je n'ai plus mes règles.

- Tu es malade ma chérie ?

- Je suis enceinte.

- C'est formidable.

"Ma douce, ta tartiflette est un délice" dit-il en se goinfrant de pleines bouchées de reblochon fondu. Cependant qu'elle mesurait leurs pauvres vingt-cinq mètres carrés de studio mansardé sous un éminent froncement de sourcils.

- Ca va pas être évident ici avec un bébé en déduit-elle.

Il avait l'esprit tellement pragmatique. "Y'a qu'à le faire sauter" suggéra-t-il en se resservant une part toute chaude.

- Lilou, tu recommences à être jaloux.

- Mon adorée, tout ce qui vient de toi est un cadeau du ciel.

Il se lécha les babines. Après quoi Ils mangèrent encore un peu sans plus se parler ni se regarder. En fait pendant qu'il bâfrait elle réfléchissait.

- Pour le côté pratique j'ai peut-être un plan, finit-elle par annoncer.

"Y'a la vieille Greluche qui sait pas quoi faire de son rez-de-chaussée. Je pourrais la convaincre de nous le louer contre deux heures de ménage en  plus par semaine. Qu'est-ce que tu en penses ? "

- Tu es si brillante. 

- Parallèlement ça me ferait bien chier de quitter notre petit nid d'amour.

- Et moi donc, marmonna-t-il entre deux fournées.

Image du Blog zezete2.centerblog.net
Source : zezete2.centerblog.net sur centerblog.

Une fois le repas terminé, comme il leur restait quelque trois-quarts d'heure à tuer avant de reprendre l'un et l'autre le travail ils discutèrent du projet d'emménager chez la Greluche. Elle disposait quand même d'un rez-de-chaussée très bien aménagé. Il y avait une cuisine toute équipée et deux chambres avec tout le confort. Des sanitaires et une douche assez proprets. La chaudière, installée à ce niveau, chauffait généreusement l'appartement vide. Pas de jardin, mais le gosse pourrait jouer dans la cour fermée sans risquer d'aller bêtement se faire écraser dans l'impasse. Franchement c'était le rêve.

- Ouais. Mais on va faire quoi de nos meubles, dit-elle en se bouclant une mèche autour de l'index. Ca m'emmerderait de m'en séparer.

Ils méditèrent de concert en se tortillant les cheveux. Son épaisse tignasse brune à lui ne demandait qu'une petit mise en plis vite fait bien fait. Quand il eut bien gambergé, s'alluma dans son crâne l'ampoule du trait de génie. Ne lui avait-elle pas dit et répété que la Greluche l'adorait ? Et puis elle était si malheureuse de ne pas avoir de petit-enfant. Sa feignante de fille tenait bien trop à sa ligne pour accepter l'idée monstrueuse de grossir. 

- Et alors quoi ? le coupa-t-elle, lassée du préambule interminable.

- Réfléchis un peu, prunelle de mes yeux, la supplia-t-il en lui pressant langoureusement la main. Pas de famille qui s'occupe d'elle et miracle, on débarque avec un mirliton d'amour. Tu ne crois pas qu'elle va craquer la vieille ? Son vieux rêve de vivre en famille qui se réalise sans qu'elle ait rien demandé. Qu'est-ce que tu crois qu'elle va faire ?

- Nous coucher sur son testament.

- Précisément ma chérie et nous disposerons alors de toute la maison pour installer nos meubles et nos bibelots.

- Si c'est pas merveilleux la vie, soupira-t-elle rêveusement.

- C'est toi qui es merveilleuse ma Rose, je te le dis tous les jours et je le pense vraiment.

Image libre de droits, Pixabay

Image libre de droits, Pixabay

Sonna l'heure de se préparer pour partir au boulot. Il faisait très froid à l'extérieur, autour de zéro degré, ça prenait un temps fou pour s'habiller. Damart thermolactyl, collants de laine, chaussures après ski, pulls à coll roulé, trois tours d'écharpe, bonnet à pompon de Noël, gants fourrés, doudoune redondante. A la fin tous les deux se voyaient transformés en bibendum. C'était à la fois ridicule et touchant pour l'un et l'autre de s'embrasser dans cet accoutrement, le gros ventre en avant, les joues déjà rouges à la seule pensée du froid de canard qui viendrait les clouer au sol sitôt qu'ils auraient mis un pied dehors. Sauf qu'en ce jour de novembre ils étaient trois et ça réchauffait pas mal le coeur à défaut de réchauffer le reste.

Avant de sortir toutefois une pensée le frappa le plein fouet. Autant dire qu'il pila net une main sur la poignée de la porte.

- Au fait elle a quel âge la vieille ? 

- Dans les quatre-vingt-dix mais je te vois venir. Depuis sa chute dans l'escalier du garage elle n'est plus si vaillante si c'est à ça que tu penses.

- Alors y'a bon espoir qu'on récupère la maison dans pas trop longtemps.

- Seulement il va pas falloir trop traîner pour l'emberlificoter.

- J'adore comme tu parles.

Ils se déposèrent un petit bécot d'amitié sur les lèvres avant de descendre lourdement le colimaçon, emmitouflés comme ils étaient. Dans la rue ils firent une pause. "C'est fou comme j'ai envie d'y aller" grogna-t-il en serrant les poings au fond de ses poches. "Moi pareil, dit-elle, mais pense au bébé et à la maison". Ils se tinrent comme ça un moment face à face à fixer dans le vide une image assez jolie de l'avenir qui leur était promis. Malgré ça, Lilou fit la grimace.

- Tu m'as pas dit qu'il y avait pas un seul commerce dans le coin ? Comment on va faire quand on aura besoin de clopes ou de médocs ?

- T'as raison, c'est galère.

Il n'osait pas le dire. Ce n'était pas son rôle.

- Alors peut-être qu'on ferait mieux de le faire sauter, conclut-elle.

Et c'est le coeur léger qu'ils partirent bosser, chacun de son côté, lui chez Madame Butin qui lui faisait de l'oeil, elle chez la vieille Greluche qui l'avait échappé belle. Elle en riait encore lorsqu'elle sonna à sa porte.

© Thaddée, mardi 15 novembre 2016

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