Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

lecture au coin du feu

Les poètes ne meurent jamais

Publié le 28 Août 2013 par Thaddée dans Lecture Au coin du feu

plaques-funeraires2.jpg

paulvalery↑ Cimetière marin, Sète, 25 août 2013

← Paul Valéry

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,

Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

Extrait du cimetière marin, Paul Valéry

commentaires

Savoir vieillir, François Fabié (recueil Ronces et lierres)

Publié le 19 Juin 2013 par Thaddée dans Lecture Au coin du feu

françois fabiéJe n'ai pas trop l'habitude, sur ce blog, de publier la poésie "des autres". La littérature étrangère et française regorge de tant d'auteurs et de tant d'oeuvres poétiques ... Pour avoir lu ce poème chez quelqu'un, aujourd'hui, je fais exception à la règle. Il s'agit du poème "Savoir vieillir" écrit par François Fabié, extrait de son recueil "Ronces et lierres". François Fabié, poète régionaliste* français, est né le 3 novembre 1846 au Moulin de Roupeyrac à Durenque dans l'Aveyron ; il est mort le 18 juillet 1928 à La Valette-du-Var dans le Var.

* En littérature, le régionalisme désigne le regard particulier porté par un auteur sur les paysages, les moeurs, les habitudes d'une région.
Exemples d'écrivains régionalistes : George Sand (1804-1876), Frédéric Mistral (1830-1914), Henri Pourrat (1887-1959).

 

.............................

 

Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire,
Tout haut, non pas pour voir protester les amis,
Mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
Ce que la veille encore on se croyait permis.

Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour.
À chaque cheveu blanc se séparer d'un rêve
Et lui dire tout bas un adieu sans retour.

Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeûnes,
Et nourrir son esprit d'un solide savoir ;
Devenir bon, devenir doux, aimer les jeunes
Comme on aima les fleurs, comme on aima l'espoir.

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
Tandis qu'ils vogueront sur les flots hasardeux,
Craindre d'être importun, sans devenir sauvage,
Se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
Prier et faire un peu de bien autour de soi,
Sans négliger son corps, parer surtout son âme,
Chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique foi,

Puis un jour s'en aller, sans trop causer d'alarmes,
Discrètement mourir, un peu comme on s'endort,
Pour que les tout petits ne versent pas de larmes
Et qu'ils ne sachent pas ce que c'est que la mort.

 

Il existe une autre variante pour la fin de ce poème :

 

Sans négliger son corps, parer surtout son âme,
Chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique foi,

Puis un beau soir, discrètement souffler la flamme
De sa lampe, et mourir parce que c’est la loi.

commentaires

Ma joie de vivre, Denise Legrix (Partie2)

Publié le 16 Juin 2013 par Thaddée dans Lecture Au coin du feu

 

La preuve vivante de la suprématie de l'esprit sur la matière

 

denise-legrix-3.pngDans la seconde partie de son livre "Ma joie de vivre", Denise Legrix s'éloigne de sa vie personnelle pour se rapprocher des autres et de Dieu. En 1960, le jury du Prix Albert Schweitzer est présidé par Jean Rostand, et les délibérations ont lieu à Paris au Palais d'Orsay. Le Prix Albert Schweitzer lui est décerné pour son premier livre "Née comme ça". S'ensuit une tournée de conférences qui la conduiront aux États-Unis pour y recevoir le Prix Lane Bryant du dévouement. Jour après jour, s'appuyant sur son expérience personnelle, elle réfléchit aux moyens, pour tous, de dépasser et de surmonter un handicap de quelque nature et de quelque origine qu'il soit, de naissance comme c'est son cas, ou causé par une maladie, un accident, ou la guerre. C'est la première personne à dire qu'il ne faut pas appeler "handicapé" une personne ayant un handicap : car "être handicapé" désigne un état définitif ; alors que "avoir un handicap" sous-entend que la situation peut évoluer non seulement à force d'efforts et de volonté, mais aussi grâce à de l'aide extérieure, et surtout grâce à l'amour.

"Je suis certaine que la pire erreur consiste à laisser la personne avec un handicap dans son état, et la rendre en quelque sorte "différente" par notre "indifférence". Il faut que, dans la société, elle se considère et soit considérée comme tout individu responsable de lui-même et devant les autres. Il ne faut pas qu'on le place sur une voie de garage, en disant : "Il n'y a rien à faire ..." Il y a toujours quelque chose à tenter ! Ne serait-ce que de donner le plus grand des biens qui est la dignité."

Elle n'aura de cesse jusqu'à sa mort en 2010 de faire entendre son vibrant plaidoyer pour le respect de la vie. Ainsi se trouve-t-elle en 1962 directement impliquée dans les débats qui font fureur dans le cadre du procès de Liège : une maman a tué sa petite fille qui est née sans bras. A cette époque-là, un somnifère passant pour être inoffensif, la thalidomide, et prescrit aux femmes enceintes est responsable de malformations des membres supérieurs chez les nouveaux-nés. Denise Legrix sera invitée par son éditeur à prendre part à une conférence de presse évoquant l'affaire.

"Qu'ai-je dit ? Que j'étais née, moi, dans une famille où l'on m'avait acceptée au même titre que mes deux aînés, enfants normaux ... Que je n'avais jamais eu l'impression d'être un fardeau pour mes parents, au contraire ... Qu'en m'aimant, on m'avait appris à aimer. Qu'un être qui se sent aimé tente de se rendre utile à ceux qui l'aiment et, du même coup, développe au maximum toutes ses capacités ... "

"Je proclame, j'affirme que je suis heureuse de vivre ! "

Vivre, joie de vivre, aimer la vie : c'est son leit-motiv. Elle n'en démordra pas jusqu'à son dernier souffle.

"J'aime la vie.

Or, on ne vit bien que dans l'effort. Perdre le goût de l'effort, c'est perdre la joie de vivre. Il y a des gens qui réussissent dans la vie.

Mais la seule réussite n'est pas celle de l'argent, ni de la domination.

La seule réussite est celle de la vie intérieure.

Certaines vies réussies sont des vies obscures. Des vies de pauvreté. Des vies ignorées.

A chacun la réussite qu'il mérite.

Et dans ce formidable élan de vie qui fait d'elle ce qu'elle est Denise multiplie les rencontres avec non seulement des personnes ayant un handicap, mais aussi des délinquants, des détenus, des petits enfants de la rue, des drogués ... même une minette qu'elle fera sienne jusqu'au jour où : "Mais un matin, j'ouvris les volets, croyant l'avoir entendue, hélas nous ne l'avons jamais revue. Nous avons cherché sur la route, les allées, partout.

"Adieu Minette".

Et tous les gens qu'elle croise reçoivent un peu de sa force. Des enfants sans mains apprennent à manger tout seuls avec sa fourchette spéciale. Des partisans de l'euthanasie se reconvertissent en faveur du droit de vivre pour tous. La voilà en Israël, à ressentir dans sa chair éprouvée la souffrance de Jésus crucifié. Partout où elle passe, elle donne de sa force et de sa joie. Les années passant, elle se fait de plus en plus simple et humble.

"Née privée de bras et de jambes, je ne suis peut-être qu'une partie de l'humain. Mais qu'importe si cette partie, précisément, est porteuse d'âme ? Qu'importe, si ce petit corps peut faire plus, grâce à ce manque, qu'il n'aurait fait dans sa plénitude matérielle ? "

"Le grand secret de l'homme, sur la terre des hommes où nous vivons, n'est-ce pas de découvrir, envers et contre tout, en nous-mêmes, les pépites d'or de l'humain afin de pouvoir partager ce trésor souterrain avec les autres."

... Et en 1970, elle donne naissance à son enfant : L'ANEEAD ; Association Nationale d'Entraide aux Enfants et Adultes Dysmaliques.

Une oeuvre, une vie. Destin exceptionnel d'une femme exceptionnelle. Exceptionnelle non parce qu'elle était privée de bras et de jambes. Mais parce qu'elle en a fait plus, avec son lourd handicap, que le commun des mortels.

commentaires

Ma joie de vivre, Denise Legrix (Partie1 )

Publié le 15 Juin 2013 par Thaddée dans Lecture Au coin du feu

Denise-Legrix.jpgDon de la nature, un tableau de Denise Legrix, peintre de la bouche

 

Née comme ça

 

Née en 1910 à Cahagnes dans le Calvados, Denise Legrix décède centenaire en 2010 à Lisieux dans le Calvados.

... Tout commence avant-hier : Tandis que je mange, mes yeux se promènent évasivement sur le titre des livres qui surchargent ma bibliothèque. Un titre qui ne me dit rien, soudain retient mon attention : "Ma joie de vivre". Tiens, me dis-je, c'est quoi ce livre, je crois bien ne l'avoir jamais lu. Pour en avoir le coeur net je prends l'ouvrage en main. Là, je me fige : sur la couverture en photo, une femme très belle avec des moignons à la place des bras.

Denise Legrix est née comme ça : sans bras ni jambes. Elle est atteinte de dysmélie : c'est un handicap physique caractérisé par la malformation, ou l'absence, des os longs des bras ou/et des jambes.

Dès son plus jeune âge, Denise n'entend pas rester le pantin qu'on fait chanter sur la table : elle travaille de toutes ses forces au gain de son autonomie. Mettant le moindre tabouret à contribution pour se déplacer toute seule sans l'aide de personne. Il en va de même avec ses repas, sa boisson, qu'elle prend par elle-même ; elle apprend à écrire ("Le papier accepte tout. Quel incomparable confident ! ") ; elle se met à la couture ... mais surtout se découvre très jeune une vocation pour la peinture. Rien ne peut venir à bout de sa volonté, de son courage et de sa ténacité. Denise Legrix se fera connaître comme étant une peintre de la bouche. Elle est aussi l'auteur d'un premier livre "Née comme ça" qui sera traduit en sept langues et qui lui vaudra en 1960 le Prix Albert Schweitzer.

Et du courage il lui en faudra pour surmonter son handicap, les terribles ragots des voisins, l'impensable cruauté des forains qui séquestrent, exhibent, exploitent "la femme-tronc".

C'est là qu'on se dit : faut-il vraiment laisser vivre un enfant dont on sait qu'il souffrira toute sa vie d'une horrible infirmité, le livrant au regard et au jugement impitoyables des autres. Denise elle-même, sitôt qu'elle est en âge de raisonner, se pose la question : "Pourquoi le bon Dieu l'avait-il fait ? (Finaud le canard boiteux) Et moi ? Étions-nous des sacrifiés ? J'entendais bien monsieur le Curé, quand il passait à la maison, répéter que j'étais bénie, que les enfants disgraciés étaient ceux que le bon Dieu aimait le plus. Drôle de façon d'aimer, avouons ! Non ! Une simple distraction du ciel".

D'un autre côté ... cette enfant est en si bonne santé, elle se bat tellement pour s'en sortir : de quel droit l'aurait-on empêchée de vivre ?

"Et je couds, je fais de la tapisserie - une descente de lit pour Francette (sa poupée préférée) - tout en continuant à épier les battements de mes tempes et du temps."

"Ma joie de vivre" est un livre dur, surtout dans ses premières pages où l'auteur décrit les apprentissages tous plus ardus les uns que les autres de sa petite enfance en marge, sans jambes et sans mains. Je dirais qu'il faut s'accrocher pour surmonter un premier réflexe ... de rejet. Une fois qu'on a franchi le cap des tout premiers apprentissages, on se prend d'envie d'avancer à toute vitesse dans le récit de ses épreuves et de ses exploits. Des épreuves qui, bien souvent, nous feront revoir à la baisse nos petits soucis de santé, nos petits tracas quotidiens. C'est vrai : qu'est-ce que nous ferions sans nos mains ?

commentaires

"Elle... lui... du virtuel au réel... une passion avortée" [Fr. Massin]

Publié le 16 Mars 2013 par Thaddée's dans Lecture Au coin du feu

Elle-.-lui-.-Francoise-Massin.jpgMon Dieu que ce livre est beau... C'est un bouleversement. J'ai maintenant la blessure de cette femme au fond du coeur.

 

L'auteur de ce récit, Françoise Massin, ne souhaite pas qu'on découpe son texte pour en livrer des extraits donc je m'abstiendrai d'en copier des passages ici. Il va falloir me croire sur parole : c'est un des plus beaux livres que j'ai lus.

 

Résumé de l'ouvrage - Une passion naît entre une femme et un homme le 21 juin 2007, jour de la Fête de la Musique. Ils échangeront 800 mails (600 émaneront d'elle et 200 seront rédigés par lui) elle écrit surtout la nuit, jusqu'au 27 juillet 2007. Une folle passion naîtra. Leur rencontre durera trois jours. Mais lui était en fait un borderline. La chute sera terrible. Le récit reprend stricto sensu une partie des échanges d'écriture de chacun. Mais c'est une autre personne qui raconte l'histoire de cette femme et de cet homme à un ami. Tout ce qui est entre guillemets est la réalité de ce qui a été écrit et échangé.

 

Biographie de Françoise Massin - Ancienne avocat de vocation tardive ayant exercé auparavant d'autres métiers avant de reprendre des études. Mère de deux enfants. Vivant seule. Passionnée de musique, de chant et d'art en général.

commentaires

Les voix du poème, à écouter à Lyon jusqu'au 16 mars 2013

Publié le 13 Mars 2013 par Thaddée's dans Lecture Au coin du feu

printempsdepoetesbor-c62rLa 15e édition du Printemps des Poètes se tient à Lyon et l'agglomération lyonnaise du 9 au 16 mars 2013, sur le thème « Les voix du poème » 

 

Séparateur livres


« Ainsi, j’ouvre des livres comme une certaine fureur ouvrait la bouche de l’oracle − et tes mots disent ce que je cherchais, eux qui ne l’avaient jamais dit avant que je le cherche. »


Bernard Noël, La Chute des temps

commentaires

Les branches mortes

Publié le 7 Avril 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Pour ne pas rester sur un article susceptible de choquer et blesser les croyants (mon article  Rendre son visage " dur comme pierre " publié dans la communauté d'Orfée), je souhaiterais partager avec vous une prière du père Michel Quoist (1921-1997), prière qui vaut le plus beau des poèmes d'amour.


Arbre serpent 13

© Thaddée, avril 2012

 

 

Les branches mortes

 

La branche morte,

celle qui jamais plus ne portera de feuilles nouvelles,

ni de fleurs ou de fruits,

celle que la vie a désertée pour toujours....

Il lui reste une possibilité merveilleuse :

accepter d'être jetée dans le feu,

et celle qui ne servait à rien devient lumière et chaleur

pour ceux qui sont dans la maison.

Je t'offre ce soir Seigneur

les branches mortes de ma journée.

Je sais qu'au feu de ton Amour

elles seront transformées !

 

[père Michel Quoist, 1921-1997]

commentaires

"A toi, qui est mort dans la rue"

Publié le 10 Mars 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Les exclus de la littérature sont poètes, et les poètes souvent exclus... A vos plumes, amis des Muses, notre journal vous ouvre ses pages...

Ces lignes, je les ai lues à la page Poésie du journal mensuel Sans Abri. Je l'ai payé 2€. Un peu plus tard je me suis dit : "T'es bête, tu aurais pu donner au moins 5€ à cet homme, 2 pour son journal, 3 pour lui". Bien que 3€, ça ne pèse pas bien lourd de nos jours, surtout quand on n'a pas de toit.

Sur un banc au soleil j'ai commencé à lire le journal et page 3 : Poésie. Pas moins de six poèmes, pour certains signés d'un simple prénom, pour d'autres du nom entier. J'ai retenu celui d'un anonyme. Saturé de désespoir et de colère, il porte au coeur. Je vous laisse en juger.

plume artipik- A  toi, qui est mort dans la rue -

Bruits du matin, poubelles, klaxons, réveil.
Mal à la tête, trop bu hier. Yeux hagards.
Courbatures. Dur le sol du hangar.
Froid, pluie, pas de soleil.
Teint et ciel blêmes. Envie de gerber. Quel jour de merde !
Heureusement la bouteille de vin n'est pas vide.
Rasade, chaleur, partir avant d'être chassé.

Quel monde, quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Plus de but, sinon manger et se coucher.
Commencer à mendier.
Rasade, aller encore une pour affronter les regards :
Méprisants, indifférents, fuyants, gênés.
Très peu de regards normaux pour voir la réalité.
L'être humain et non le clochard.
Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Un jour en foyer, des fois deux. Puis la rue, un ou plusieurs jours.
Puis de nouveau foyer.
Et ça continue sans fin.
Mais pas souvent sans faim.
Ce matin pas moyen de se laver.
Ni de se raser.
Plus d'importance.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Jamais de proposition de travail avec un salaire.
Pas de travail, pas de logement. Et pas de logement, pas de travail. Comment faire ?
Services sociaux inutiles, sauf pour ceux qui travaillent dedans.
Police, justice, factices, au service du pouvoir et de l'argent.
Et pourtant de partout il est écrit liberté, égalité, fraternité. Quelle connerie !
Même les églises sont souvent fermées.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Les riches et les puissants de tous les pays, volent, pillent, exploitent les pauvres.
Et avec ce qu'ils gagnent grâce à cela, ils font des dons.
Afin de s'acheter une conscience ou peut-être un salut.
Qu'est-ce que les riches et les puissants sont bons.
C'est grâce à eux que je ne meurs pas. Que cette vie de chien continue.
Quels salauds !

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Pourquoi suis-je né ?
Vivement la fin, sans regrets.
Qui sait, s'il n'y a pas de vraie vie pour moi avant la mort,
Peut-être y aura-t-il une vraie vie après la mort?
Au pire ce sera le néant.
De toute façon, ce sera mieux que maintenant.
Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
A ma mort pas de messes dans une cathédrale ou une église
Je suis quelqu'un sans importance.
Le Dieu des pauvres n'a guère suscité d'églises
Totalement Au service des vrais pauvres.
Pendant ma vie, je n'ai dérangé presque personne.
Ma mort, elle ne dérangera personne.
Elle ne vous empêchera pas de dormir.
Faites de beaux rêves. Faites la fête pour oublier les autres.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir...
Sauf en mourant.

Anonyme
Sans Abri, Journal pour lutter contre la précarité, N°157
Supplément mensuel à l'Itinérant
France, Belgique, Suisse

commentaires

Il rit jaune

Publié le 29 Février 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

chat-et-souris.png

 

Peu importe que le chat soit noir ou blanc, 

l'important c'est qu'il attrape les souris.

[Proverbe chinois]

commentaires

La petite fille qui aimait la lumière [Cyril Massarotto]

Publié le 10 Février 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

La petite fille qui aimait la lumièreÉtant donné qu'une forme très virulente de grippe intestinale me cloue chez moi au chaud, quelle chance, j'en ai profité hier pour bouquiner. Je ne vous cache pas avoir des a-priori sur ce genre de titre et de couverture annonciateurs selon moi d'un pathos par trop sirupeux mais ce fut une réelle bonne surprise au point que je dévorai le livre en quelques heures. Pour avoir moi-même écrit des ouvrages de 300 pages, je me sens toujours un peu coupable de dévorer tout cru des romans dont je sais que les auteurs ont mis plusieurs mois à les ficeler. Mais si je "laisse traîner" un livre je sais que je ne le termine jamais.

Voici un livre tendre écrit par un homme, qui conte la relation reconstructrice ente un vieil homme homme endeuillé et sa protégée, une petite fille muette qu'il a sauvée d'une mort horrible. Ces deux-là se rapprochent, se nourrissent l'un et l'autre de leurs ressources respectives, se soutiennent, s'entraident et s'aiment autant que peuvent s'aimer un grand-père et sa petite-fille. Un vrai bonheur bardé de fils barbelés, dans une maison aux volets fermés, dans une ville ruinée par d'énigmatiques et terrifiants autres dont on en saura un peu plus au fil des pages. Plus j'approchais de la fin plus je tremblais pour eux ! A la dernière ligne : j'ai pleuré.

Un style fluide, servi par un vocabulaire simple qui sied aux rapports affectueux du vieil homme et de la petite fille-chat. De beaux passages. En voici trois que j'ai sélectionnés pour vous.

 

"L'ordre des choses veut qu'en étant vieux, tout prenne le double de temps, on va deux fois moins vite. [...] C'est injuste, si l'on y pense : quand on a la vie devant soi, on fait les choses à toute vitesse, et quand le temps nous est compté, on perd celui qui nous reste à se mouvoir au ralenti."

 

"Le tonnerre a grondé, et la première goutte de pluie, prenant lourdement son élan depuis les cieux, est venue telle une épée supplicier un peu plus les chairs à vif. Un son a émané de l'un de ces écorchés ; ce n'était pas un cri, il n'en avait plus la force : seulement le souffle d'un cauchemar qui s'échappait de sa bouche."

 

"Seul le compositeur peut créer sans son instrument, car la musique se voit.

"Le peintre ne peut que peindre ou dessiner : il lui est impossible d'écrire des mots pour, plus tard, reproduire l'exacte image qu'il avait en tête ; l'écrivain ne peut qu'écrire : il ne peut dessiner ses mots, ni les sculpter ni les peindre ; alors qu'en musique tout est différent."

 

Né en 1975 Cyril Massarotto est directeur d'une école maternelle à Perpignan et mène en parallèle une vie d'artiste. Musicien, membre d'un groupe nommé Saint-Louis, il écrit des chansons depuis l'âge de 17 ans mais il ne se lance dans l'écriture romanesque qu'une quinzaine d'années plus tard. Sa rencontre avec la littérature est plutôt tardive, à l'exception de "L'Étranger" de Camus qui marque profondément son adolescence. C'est à 24 ans qu'il se découvre une passion pour les belles-lettres, qu'elles soient classiques ou contemporaines. En 2008 il écrit son premier roman : "Dieu est un pote à moi", une fable à l'humour décapant. Cyril Massarotto est également l'auteur de : "Cent pages blanches" et "Je suis l'homme le plus beau du monde".

commentaires
<< < 1 2 3 4 5 6 7 > >>