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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

lecture au coin du feu

Si c'est un homme [Primo Levi] - 3/3

Publié le 5 Janvier 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

 

Survivre pour témoigner

 


 

si c-est un hommeSi je m'attache autant à penser que Primo Levi ne s'est pas donné la mort c'est que tout son livre Si c'est un homme , du premier mot jusqu'au dernier, exprime le besoin absolu de : dire aux autres, raconter, témoigner. C'est la seule chose qui le soutienne dans son combat quotidien pour survivre. Tant le presse, à chaque minute de sa vie en enfer (il n'a que vingt-quatre ans quand on le déporte à Auschwitz) le désir de rapporter son expérience au Lager, qu'il commence à écrire son livre dans sa tête. Il en rêve¹. Il prend des notes à ses risques et périls, au laboratoire où les Allemands l'ont pris comme chimiste². Lorsqu'il recouvre la liberté en octobre 45 et qu'il rentre dans sa famille, aussitôt il se met au travail et rédige son témoignage, sans aucune difficulté, puisque ce livre est écrit depuis un an dans sa tête. Il raconte : la faim, le froid, la peur, la souffrance, pour lesquels il faudrait inventer des noms plus âpres parce que la faim, le froid, la peur, la souffrance qu'on ressent dans l'univers concentrationnaire ne sont pas les mêmes que ceux de l'homme libre. Il raconte : l'automatisme et l'inertie. L'absurdité des règles auquelles sont soumis les déportés. L'horreur des sélections, qui envoient à la chambre à gaz les plus âgés, les plus faibles,  les malades, et même parfois n'importe qui, ceux qui n'ont pas de chance. Il raconte la chance qu'il a eue, lui : de n'être déporté qu'en 1944 ; d'être jeune, en bonne santé ; capable de comprendre assez vite l'allemand ; capable de ne pas poser de questions, de ne pas y répondre ; d'avoir été pris comme chimiste, et d'en retirer des privilèges non négligeables comme ceux d'avoir double ration, un chandail, de vraies chaussures en cuir, d'être rasé une fois par semaine. Il y a quelque chose en lui qui lui permet de tirer son épingle du jeu chaque fois que rôde la mort. Ce quelque chose, qu'on pourrait appeler l'instinct de survie, le désir de vivre, c'est en fait le projet de ce livre. Lui qui n'a jamais écrit, qui est plutôt versé dans les mathématiques, qui n'aurait jamais écrit sans son séjour à Auschwitz, il ne vit, ne survit que pour ça : Raconter. Témoigner. Si c'est un homme  est le premier d'une longue série d'autres livres. Auschwitz a fait de ce chimiste un littéraire.

Mais l'âge, la maladie, la faiblesse, le traumatisme, auront peut-être eu raison de ce formidable instinct de survie. Quand il ne reste plus de livres à écrire. Plus d'espoir. Plus de projet. Plus de rêve. Quand les amis tout autour de lui, dans l'incapacité de "survivre aux camps", des dizaines et des dizaines d'années plus tard, se donnent la mort. Quand le négationnisme (négation de la Shoah) fait mordre la poussière à son passé d'esclave et de victime. Quand il est trop tard pour tout. Peut-être, alors, Primo Levi cède-t-il à l'appel désespéré du vide.

Il n'en reste pas moins que Si c'est un homme est un message de vie, d'une force tranquille, d'un calme presque implacable (à part quelques mots de colère³ que j'ai relevés). Primo Levi ne se plaint de rien. Primo Levi dépose. Et c'est un témoignage irréfutable et glaçant.


 

Rêve¹ - Voici ma soeur, quelques amis que je ne distingue pas très bien et beaucoup d'autres personnes. Ils sont tous là à écouter le récit que je leur fais : le sifflement sur trois notes, le lit dur, mon voisin que j'aimerais bien pousser mais que j'ai peur de réveiller parce qu'il est plus fort que moi. J'évoque en détail notre faim, le contrôle des poux, le Kapo qui m'a frappé sur le nez et m'a ensuite envoyé me laver parce que je saignais. C'est une jouissance intense, physique, inexprimable que d'être chez moi, entouré de personnes amies, et d'avoir tant de choses à raconter : mais c'est peine perdue, je m'aperçois que mes auditeurs ne me suivent pas. Ils sont même complètement indifférents ; ils parlent confusément d'autre chose entre eux, comme si je n'étais pas là. Ma soeur me regarde, se lève et s'en va sans un mot.

 

 

 

 

Laboratoire² - On a écrit par le passé que les livres, comme les êtres humains, ont eux aussi leur destin, imprévisible et différent de celui que l'on attendait et souhaitait pour eux. Ce livre a connu un étrange destin. Sa naissance remonte à l'époque lointaine, évoquée à la p. 151 de cette édition, où l'on peut lire que "j'écris ce que je ne pourrais dire à personne".  Le besoin de raconter était en nous si pressant que ce livre, j'avais commencé à l'écrire là-bas, dans ce laboratoire allemand, au milieu du gel, de la guerre et des regards indiscrets, et tout en sachant bien que je ne pourrais pas conserver ces notes griffonnées à la dérobée, qu'il me faudrait les jeter aussitôt car elles m'auraient coûté la vie si on les avait trouvées sur moi.

 

   

 

 

Colère³ - Si j'étais Dieu, la prière de Kuhn, je la cracherais par terre.

 

 

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Mort de Primo Levi : volontaire ou accidentelle ? - 2/3

Publié le 4 Janvier 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Né à Turin en 1919, Primo Levi s’est donné la mort le 11 avril 1987 dans sa ville natale, dans sa maison paternelle. On lui doit plus particulièrement un ouvrage, traduit dans de nombreuses langues, intitulé Si c’est un homme, dans lequel il analyse la nature complexe du malheur vécu personnellement dans les camps de concentration. Pendant des années, il se déclare fervent opposant au suicide avant de s’y soumettre quand même dans un moment de grande détresse physique et morale.

 

Encyclopédie sur la mort

la mort et la mort volontaire à travers les pays et les âges

 

 

 

Pourquoi un écrivain fondamentalement optimiste mettrait-il fin à ses jours ? C'est aux réponses à cette interrogation que l'écrivain Myriam Anissimov, née en Suisse dans un camp de réfugiés, a consacré plusieurs années de recherches. Le résultat : une monumentale biographie - la première - de l'intellectuel italien Primo Levi dont l'oeuvre est souvent présentée comme un pont entre deux mondes : l'avant et l'après-Auschwitz.

 

Primo Levi s'est donné la mort le 11 avril 1987 à l'âge de soixante-huit ans, en se jetant dans la cage d'escalier de l'immeuble où il a toujours vécu.

 

Pages personnelles de Michel Fingerhut

 

 

 

Puisque c'est un hommePrimo Levi. - Je suis arrivé à Turin le 19 octobre 1945, après trente-cinq jours de voyage: la maison était toujours debout, toute ma famille, vivante, personne ne m'attendait. J'étais enflé, barbu, mes vêtements déchirés, et j'eus du mal à me faire reconnaître. Je retrouvais la vitalité de mes amis, la chaleur d'un repas assuré, la solidité du travail quotidien, la joie libératrice de raconter. Je retrouvais un lit large et propre, que le soir, avec un instant de terreur, j'ai senti céder mollement sous mon poids. Mais j'ai mis des mois à perdre l'habitude de marcher le regard au sol comme pour chercher quelque chose à manger ou à vite empocher pour l'échanger contre du pain, et j'ai toujours la visite, à des intervalles plus ou moins rapprochés, d'un rêve qui m'épouvante.




C'est un rêve à l'intérieur d'un autre rêve, et si ses détails varient, son fond est toujours le même. Je suis à table avec ma famille, ou au travail avec des amis, ou dans une campagne verte ; dans un climat paisible et détendu, apparemment dépourvu de tension et peine ; et pourtant, j'éprouve une angoisse ténue et profonde, la sensation, précise d'une menace qui pèse sur moi. De fait, au fur et à mesure que se déroule le rêve, peu à peu ou brutalement, et à chaque fois d'une façon différente, tout s'écroule, tout se défait autour de moi, décor et gens, et mon angoisse se fait plus intense et plus précise. Puis c'est le chaos ; je suis au centre d'un néant grisâtre et trouble, et soudain je sais ce que tout cela signifie, et je sais aussi que je l'ai toujours su : je suis à nouveau dans le Camp et rien n'était vrai que le Camp. Le reste, la famille, la nature en fleur, le foyer, n'était qu'une brève vacance, une illusion des sens, un rêve. Le rêve intérieur, le rêve de paix, est fini, et dans le rêve extérieur, qui me poursuit et ma glace, j'entends résonner une voix que je connais bien.
Elle ne prononce qu'un mot, un seul, sans rien d'autoritaire, un mot bref et bas ; l'ordre qui
accompagnait l'aube à Auschwitz, un mot étranger, attendu et redouté: debout, "Wstawac".

 

EXTRAITS DE 'PRIMO LEVI ET FERDINANDO CAMON : CONVERSATIONS'

 

 

 

"Pessimiste dans les idées, optimiste dans les actions" dit D. Amsallem


Le 11 avril 1989, la thèse du suicide est mise en avant, après une dépression, une opération de la prostate.
Est-ce un suicide éthique d'un homme accablé par le négationnisme, accablé par le suicide de Paul Celan, de Jean Amery ?
Il a pu s'agir d'un accident.
Lui, chimiste, aurait pu trouver d'autres moyens. Réservé, il aurait pu rechercher une façon plus réservée. A t-il eu une chute de tension, un vertige ? La concierge venait d'apporter le courrier, elle a entendu la chute.
A t-il rappelé la concierge dans la cage d'escalier, à la rampe très basse ? Est-ce un acte incontrôlé ? un accident ne peut pas être exclu.

La fin tragique de Primo Levi ne vient pas contredire son œuvre. Son message reste très actuel 15 ans après sa mort.

 

Amicale des déportés d'Auschwitz  

 


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Si c'est un homme [Primo Levi] - 1/3

Publié le 4 Janvier 2012 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Primo Levi, Si c'est un homme

Titre original : Se questo è un uomo

Traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Giulio Einaudi éditeur s.p.a., Turin, 1958 et 1976

Julliard, pour la traduction française,1987

 

Si c'est un homme : historique d'un récit "écrit dans la tête" ; le parti-pris de la raison ; Primo Levi : le mystère de sa mort

 

Je me demande en ce début d'année s'il est bien opportun de me lancer dans la rédaction compliquée d'articles de fond vu qu'à peine ai-je tourné le dos le nombre de visites chute de 19 à 6, preuve en soi que "la réciprocité des saluts sur la toile" a bien plus d'importance et compte beaucoup plus que le contenu à proprement parler du blog. Il me semble que si je me bornais à mettre une petite image piquée sur le Net, mais qu'en contrepartie je prenne la peine de courir dire bonjour de droite et de gauche, je pourrais garantir à mon blog un rang digne de ce nom. Sauf que je n'ai pas du tout envie de piquer une petite image sur le Net. Je sors à peine d'un livre qui me bouleverse jusqu'aux moelles et vous risquez d'en baver : j'ai prévu d'écrire une série d'articles sur le livre et son auteur.

Que dis-je, un livre.

Bien plutôt un morceau de vie, de viande crue que j'ai du mal à digérer. Je ne sais même pas par où commencer tant j'ai de choses à dire. Dès les premières lignes du récit voilà que je me demande en me raidissant : "Ceux qui ont lu mon récit Fragments d'une vie brisée , ont-ils aussi lu Si c'est un homme ? " Et s'ils les ont lus tous les deux, n'ont-ils pas été tentés comme moi de faire un rapprochement ? Pourquoi la personne qui m'a prêté ce livre de Levi, et qui a lu Fragments d'une vie brisée , ne m'a-t-elle pas dit qu'ils se ressemblaient un peu ? N'y a-t-il que moi pour voir ce que ces deux récits ont en commun ? Au point qu'on pourrait croire que mes Fragments, je les ai écrits après avoir lu Si c'est un homme . Ce qui n'est pas le cas. Avant d'avoir ce livre entre les mains, je confesse pour ma plus grande honte n'avoir jamais même entendu parler de Primo Levi.


Mais tandis que j'avance dans la lecture, m'apparaît un certain nombre de différences entre les deux récits (le sien et le mien). J'en trouve confirmation dans l'appendice écrit en 1976 pour l'édition scolaire de Si c'est un homme.


[...] "lorsque j'ai écrit ce livre, j'ai délibérément recouru au langage sobre et posé du témoin plutôt qu'au pathétique de la victime ou à la véhémence du vengeur : je pensais que mes paroles seraient d'autant plus crédibles qu'elles apparaîtraient plus objectives et dépassionnées ; c'est dans ces conditions seulement qu'un témoin appelé à déposer en justice remplit sa mission, qui est de préparer le terrain aux juges. Et les juges, c'est vous." [Primo Levi]

 

Une de mes lectrices me reprocha le ton pathétique de mon récit. Je peux lui répondre aujourd'hui : "C'était le cri d'une victime, plus que la déposition d'un témoin". Elle accusa l'esclave des mines d'être passif et résigné. Ce à quoi je peux lui répondre aujourd'hui : "Mais pour se révolter, il faut être fort, et mon esclave ne l'était pas. Le travail à la mine, la faim, les dures conditions de vie, l'affaiblissaient, l'anéantissaient, le déshumanisaient. Il n'avait pas les moyens, non plus que les occasions, de se révolter".

 

Au dos du livre, j'ai relevé cette phrase qui remet en question toute ma conception de la littérature, et plus précisément la conception de ma propre écriture. On doit ces mots à Angelo Rinaldi qui éprouve un goût certain pour la poésie, les romans noirs américains, la pureté de la langue française, qui se montre volontiers féroce envers les auteurs « à la mode » (Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Philippe Sollers, Julia Kristeva, Philippe Djian, Michel Houellebecq, Christine Angot) et qui témoigne de son admiration pour certains écrivains « rares » qu'il a fait redécouvrir à un public plus large (François Augieras, Marguerite Audoux, Olivier Larronde, Fritz Zorn, Elizabeth Taylor, Jean Rhys, Italo Svevo...).


[...] "Si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité." [Angelo Rinaldi]

 

C'est remettre en question tous mes romans futuristes, lesquels dénoncent une humanité régressée dans un monde fini.


L'édition que j'ai entre les mains affirme sans l'ombre d'une ambiguïté que Primo Levi s'est donné la mort en 1987. Je n'ai pu m'empêcher de bondir. En effet je ne comprends pas, je me refuse à comprendre  qu'un homme ayant eu la force morale de survivre aux camps décide de se suicider quarante ans plus tard. Une autre version de son décès, laisse à penser qu'il serait tombé dans l'escalier de son immeuble. Et que sa mort était donc accidentelle.

Les livres ont leur destin, écrivait-il. Et l'homme a ses mystères. L'auteur et son livre en moi déclenchent de fortes turbulences, de même qu'en déclenchèrent la lecture de Smara écrit par Michel Vieuchange, et la rédaction plus que douloureuse de mes Fragments.

 

"Je suis conscient des défauts de structure de ce livre, et j'en demande pardon au lecteur. En fait, celui-ci était déjà écrit, sinon en acte, du moins en intention et en pensée dès l'époque du Lager. Le besoin de raconter aux "autres", avait acquis chez nous, avant comme après notre libération, la violence d'une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires ; c'est pour répondre à un tel besoin que j'ai écrit mon livre ; c'est avant tout en vue d'une libération intérieure. De là son caractère fragmentaire : les chapitres en ont été rédigés non pas selon un déroulement logique, mais par ordre d'urgence. Le travail de liaison, de fusion, selon un plan déterminé, n'est intervenu qu'après." Si c'est un homme  |Primo Levi]

 

 

"Je puis cependant affimer une chose, c'est que si je n'avais pas vécu l'épisode d'Auschwitz, je n'aurais probablement jamais écrit. Je n'aurais pas eu de motivation, de stimulation à écrire [...] Ce fut l'expérience du Lager qui m'obligea à écrire : je n'ai pas eu à combattre la paresse, les problèmes de style me semblaient ridicules, j'ai trouvé miraculeusement le temps d'écrire sans avoir à empiéter ne fût-ce que d'une heure sur mon travail quotidien : ce livre - c'était l'impression que j'avais - était déjà tout prêt dans ma tête et ne demandait qu'à sortir et à prendre place sur le papier." Appendice 1976  |Primo Levi]

 

 

Traduction de l'article en anglais par Flavius

1/2 heure de manip' et d'attente pour obtenir une traduction... en français

 


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Parlez-moi d'Amour attentif [Helen Exley]

Publié le 28 Novembre 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Parlez-moi d'amour attentifRetrouvé dans mon tiroir à souvenirs ce tout petit livre doré dont j'avais oublié l'existence. Je le tiens de ma famille, il n'en a que plus de valeur. Je l'ai feuilleté bien sûr. Je vous livre ici les textes qui m'ont le plus parlé.

 

Un jour, quand

nous aurons maîtrisé

les vents, les vagues, les

marées et la pesanteur,

nous exploiterons

l'énergie de l'amour.

Alors, pour la seconde

fois dans l'histoire

du monde, l'homme aura

découvert le feu.

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN (1881-1955)

 

L'homme en quête de sens

priait quand l'infirme, le

clochard et le vaincu passèrent

près de lui. En les voyant, le

saint homme plongea dans une

profonde prière et dit : "Mon

Dieu, comment un créateur

aimant peut-il voir ces choses

sans rien faire ? " Et après un

long silence, Dieu répondit,

"J'ai fait quelque chose,

je t'ai fait, toi".

ENSEIGNEMENT SOUFI

 

Sois indulgent ; chaque être

que tu rencontres livre

une dure bataille.

JOHN WATSON

 

Il y a tant de gens qui disent

qu'ils veulent sauver le monde.

Essaie simplement de sauver

ton quartier, d'accord ?

REV. CECIL WILLIAMS

 

giftbookFinis les grandes actions et les

 grands projets, les puissantes

institutions et la réussite

éclatante. Je suis pour ces forces

humaines minuscules, invisibles

et aimantes qui passent d'individu

à individu, qui s'infiltrent par

les fissures du monde comme

d'innombrables petites racines ou

comme l'eau qui suinte et qui, si

on leur en laisse le temps,

produiront les plus solides

monuments de fierté.

WILLIAM JAMES (1842-1910)

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Premier Dimanche de l'Avent

Publié le 27 Novembre 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Avent, avent... Avant quoi ?

Petite exploration de cet Avent qui nous prépare aux Fêtes de Fin d'Année

 

 

Dimanche 27 novembre -  "Mets-toi en chemin, même à tout petits pas" (Calendrier de l'Avent)

 

 

bougieAvent - Temps liturgique précédant la fête de Noël. Quatre dimanches de l'Avent. Ce temps de préparation à la célébration de la naissance de Jésus est marqué par la symbolique de l'attente et du désir. Une tradition de l'Avent utilise la symbolique des bougies au long des quatre dimanches. Premier dimanche la bougie symbolise le pardon à Adam et Eve, Deuxième dimanche la bougie symbolise la foi des Patriarches, en la Terre Promise. Troisième dimanche la bougie symbolise la joie de David, célébrant l'Alliance avec Dieu. Quatrième dimanche la bougie symbolise l'enseignement des Prophètes, annonçant un règne de paix et de justice. Avent : début de l'année liturgique.

 

Source : Église catholique

 

 

  gif-anime-bougie-noel-9

 

 

Mais Avent, c'est aussi quelques dictions savoureux, qui sentent bon le terroir, et qui ont le bon goût de se contredire quelquefois... surtout à propos de la météo.

 

 

  • Au temps de l'Avent, - Les coqs chantent par tous les temps.
  • Avents fleuris, - Abondance de fruits.
  • Chaque  chose en son temps, - Les navets et les choux pour le mois de l'Avent.
  • Dans l'Avent le temps chaud - Remplit caves et tonneaux.
  • De la Toussaint à la fin de l'Avent, - Jamais trop de pluie ou de vent.
  • Entre la Toussaint et l'Avent, - Attends-toi à pluie et vent.
  • Il fait bon semer dans les Avents, - Mais il ne faut pas le dire aux enfants.
  • Il faut des Avents frais et secs - Si l'on veut boire sec.
  • La neige de l'Avent, - Gèle très facilement.
  • La neige des Avents, - A de longues dents.
  • Le mois de l'Avent est de pluie et de vent, - Tire ton bonnet jusqu'aux dents.
  • Quand secs sont les Avents, - Abondant sera l'an.
  • Qui plante sa vigne pendant l'Avent - De vin en aura deux fois autant.
  • Tel Avent, - Tel printemps.
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Hypothermie [Arnaldur Indridason] traduit par Eric Boury

Publié le 22 Novembre 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

 

Je dédie cet article à Mistic qui vient de perdre sa chère maman

 

"Cette idée de vie éternelle lui procurait un grand réconfort. C'était pour elle une consolation de se dire que cette vie terrestre n'était pas la fin de toute chose. Elle préférait s'imaginer que c'était le début d'une autre. Elle lisait des livres, passait des heures sur Internet. Elle s'était beaucoup documentée."

Hypothermie

 

 

Hypothermie

Une enquête du commissaire Erlendur Sveinsson [Arnaldur Indridason]

Traduit de l'islandais par Éric Boury

 

Ce roman fait partie de la sélection 2011 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points.

Sous la présidence de l'écrivain Antonin Varenne (lauréat 2010 avec son roman Fakirs ), un jury composé de professionnels (libraires, journalistes, bibliothécaires...) et de lecteurs passionnés récompensera en décembre 2011 le roman policier, le roman noir ou le thriller de leur choix.

 

                 hypothermie dos2hypothermie face

 

Résumé au dos du livre

 

Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide ? Erlendur n'y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d'ombres : médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand elle était enfant, son père s'est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs...

 

Né en Islande en 1961, journaliste et critique de cinéma, Arnaldur Indridason est l'auteur de plusieurs romans policiers, véritables best-sellers internationaux, La Cité des Jarres, La Femme en vert  et La Voix  sont disponibles en Points.

 

'Indridason signe là un polar rigoureux,

poignant et dépouillé."

         Le Magazine littéraire

 

Les points forts - Un style fluide et facile à lire. Une enquête serrée conduite par un policier solitaire qui a vécu un drame personnel. Le recoupement de plusieurs affaires mystérieuses qui accélère le rythme et donne envie de tourner les pages à toute vitesse pour connaître le dénouement. Une atmosphère oppressante peuplée de morts, de fantômes, de revenants. La question du deuil, de la foi, la question de la vie après la mort. Des moments de la vie de Maria, judicieusement intercalés dans le flux dévorant de l'enquête.

 

Les points faibles - C'est un livre écrit par un auteur islandais, donc pas facile d'éplucher les prénoms, les noms de famille, les noms de lacs et de routes, etc. On s'y perd un peu. Jugez plutôt :

 

"Ils étaient allés voir le Leirvogsvatn, juste à côté  de l'embranchement  de Thingvellir, puis le Stiflidalsvatn et le Mjoavatn. Le jour était bien avancé lorsqu'ils étaient enfin descendus vers Thingvellir, ils avaient tourné en direction du nord, suivi le lac de Sandkuluftavatn qui longeait la route sur la face nord du plateau de Hofmannaflöt en remontant vers la dorsale d'Uxahryggir pour déboucher dans la vallée de Lundarreykdalur. Ils s'étaient arrêtés sur les rives du Litla-Brunnavatn, juste à côté de la route de Biskupsbrekka."

 

Voir  → Editions Métailié

Voir → Portrait d'Arnaldur Indridason par Sabrina Champenois,  LIBERATION - juillet 2010

Voir → Le blog d'Eric Boury (traducteur littéraire)

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Le tilleul du soir [Jean Anglade]

Publié le 11 Novembre 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

Le tilleul du soirUn matin, la vieille Mathilde se retrouve le derrière par terre en se levant de son lit. A la suite de quoi le docteur Lenoir qui est blanc comme un poireau n'aura de cesse de l'encourager à quitter sa maison, son village abandonné, pour aller vivre une retraite paisible dans une résidence pour personnes âgées. Pendant qu'il lui cherche une place dans les communes voisines, elle se sépare de son cheptel, poules, lapins, chèvres, et de son oie neurasthénique ; elle va se promener une dernière fois sur les terres qu'elle aimait ; range sa maison, prépare son petit baluchon. Le temps est venu pour elle de devenir rentière Au Doux Repos, et de se faire servir comme une princesse, elle qui a travaillé toute sa vie.

Une autre vie commence, dans cette chambre-dortoir dont la fenêtre ne s'ouvre plus, dans ce réfectoire où tous les rentiers s'insultent et se chipent les meilleurs morceaux, dans la salle de télévision "l'armoire aux barbus", dans la chapelle où le curé se plaît à parler de la pluie et du beau temps, dans le jardin rouge et vert aux bancs en plastique. Entre sa voisine de chambre aveugle qui ne veut pas qu'on éteigne la lumière et qui attend que vienne la chercher son fils, comme il le lui a promis ; Berthomieux qui perd l'appétit de retour d'une visite-expresse chez ses enfants ; Lulu, qui s'arrange pour toucher de l'argent de poche au décès des pensionnaires du Doux Repos ; la folle Mauricette, qui fait baptiser par le curé complaisant un bien curieux bébé. Tout ce petit monde emporté par le flux des évènements qui décoiffent, la guerre des corbeaux (des corbaques), l'anniversaire-surprise de la centenaire, et vive la mariée ! au bruit des marches militaires. Et la vie passe ainsi, ponctuée par les visites intéressées d'un certain qui convoite la maison de la Mathilde, par ses visites à elle chez cette fille de mauvaise vie et son petit keiser, et par les souvenirs de son mari et de son frère tués tous les deux pendant la guerre, avant l'âge de trente ans, par les Boches qui pissaient entre les maisons. Et puis, fatalement, le soir arrive... et c'est l'heure du tilleul du soir.

Un livre fourmillant de vie, qui réjouit par ses mots déformés (les ganguesters, le coqueci, le vétérinel), détournés (ses beaux estomacs : ses beaux seins) et son argot/patois plus qu'alerte (Nom de gueux ! une vieille en train de se recotillonner, le peilleraud, blagande, la sourdignole...). Tendre, triste, un livre sur la fin de vie en institution dans les années 70/80, au temps des deux-chevaux et de Tricots d'aujourd'hui.

 

"Avec le temps, tout se transforme, tout s'use : les corps, les ressorts, les querelles, les semelles, les lames, les âmes."

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Chefs-d'oeuvre de l'impressionnisme français [Diane Kelder]

Publié le 11 Août 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

ImpressionnismeHier matin j'allai au marché pour y chercher légumes et fruits de saison. Mais adieu légumes et fruits de saison : je tombai net sur un bouquiniste. Un libraire ambulant. J'y dénichai d'abord les Contes italiens  d'Italo Calvino dont je parle dans mon article ci-dessous. Puis cette petite merveille, Chefs-d'oeuvre de l'Impressionnisme français par Diane Kelder. Ce n'est pas tant que je m'intéresse à l'impressionnisme. Mais je craque sur les tout petits livres. Une première fois publié sous forme d'album, le livre sort ensuite en format de poche : 10x12, non paginé, relié, bourré d'oeuvres de Manet, Monet, Renoir, Degas, Toulouse-Lautrec, Cézanne... comment résister ?

A ma décharge : je peux encore lire les caractères minuscules de ce genre d'édition, alors c'était maintenant ou jamais.

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Fiabe italiane / Contes italiens [Italo Calvino]

Publié le 11 Août 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

"Le Masque Micillin / l'emporte toujours au plus fin, /
et son oeil est si tordu /  qu'on en meurt, n'en faut pas plus."

Masque peint du XVIII ° siècle employé par les sorcières pour le dédoublement de la personnalité. Musée ethnographique, Palerme.

 

Italo Calvino, Fiabe italianneItalo Calvino, Contes italiens

                                   COLLECTION FOLIO BILINGUE
                                 Traduit de l'italien par Nino Frank

 

*****

 

Je n'ai aucun talent de critique littéraire ; j'ai beaucoup de mal à raconter les livres que j'ai lus. Mais celui-ci je l'ai dévoré d'une traite (en deux jours pour tout dire ; injuste pour Calvino qui a dû mettre des mois à l'écrire...) et je voulais quand même en parler un peu.

Pour constituer ce recueil de contes issus du folklore national, Calvino a plongé dans la mémoire des régions italiennes : Ligurie (L'homme tout vert d'algues) ; Montferrat (Les trois châteaux) ; Trentin (La bague magique) ; Istrie (Beau-Front) ; Ligurie (Corps-et-pas-d'âme) ; Piémont (Le nez d'argent) ; Turin (Le Prince canari) ; Piémont (La barbe du Comte) ; Sicile (Un navire chargé de...) ; Sicile (Colas Poisson) ; Sicile (Les noces d'une Reine et d'un brigand).

Moi, ce qui a frappé mon attention tout de suite, c'est la grande liberté que prend Calvino avec les "accords de temps". Il passe allègrement du présent à l'imparfait au sein d'une même phrase. Un "vice" de traduction ? - Je ne pense pas, pour avoir jeté un coup d'oeil sur la version originale (italienne) placée vis-à-vis de la traduction de Nino Frank. Je ne pratique pas l'italien mais il n'est pas sorcier d'y déceler les mêmes "infractions" grammaticales. Heureuses infractions, qui donnent au récit ce ton "parler" très nonchalant et déluré.

"Un certain garçon s'était mis dans la tête d'aller faire fortune. Il prend congé de sa mère, puis s'en va à la ville en quête de travail. Dans cette ville, il y avait un roi, il possédait cent brebis et personne ne voulait s'employer chez lui en qualité de berger. Notre garçon y va. Le Roi lui dit : "Écoute bien, voici les cent brebis". (Les trois châteaux)

Cette naïveté joviale se retrouve dans tous les contes, truffés de rois, de princesses enlevées et captives, de châteaux qui se déplacent par magie, de lions, de chiens, de chats, de fourmis, de Masques (sorcières). Tout est relaté sur un ton si pépère qu'on se prend à sourire :

"Au château, le Magicien ne comprend rien aux vertiges qui lui viennent... Au château, le Magicien se trouve dans la nécessité de s'aliter... Au château, le Magicien a une fièvre de cheval, il se ratatine sous ses couvertures." (Corps-et-pas-d'âme)

Nunuche un tantinet, pour notre plus grand plaisir. Et puis, de vrais beaux passages, presque des tableaux rouges et noirs :

"Dès qu'il était venu au monde, sa mère, le voyant si menu, pour le garder en vie et lui donner un peu de robustesse, l'avait baigné dans le vin chaud. Pour que le vin chauffe, son père avait mis dedans un fer à cheval rouge comme le feu. C'est ainsi que Masin, au travers de sa peau, avait attrapé la ruse qui est dans le vin et l'endurance qui est dans le fer. Après cette baignade, et pour lui donner quelque fraîcheur, la mère l'avait bercé dans une coquille de châtaigne encore toute verte, et donc bien amère, qui donne de la jugeote." (La barbe du Comte)

 

Maintenant que ce livre est achevé, je peux dire qu'il ne s'est pas agi d'une hallucination, ni d'un accident de travail, mais plutôt d'une confirmation de quelque chose que je savais déjà au départ [...] et qui m'a poussé à faire ce voyage à travers les contes de fée : les contes sont vrais." [Italo Calvino]

 

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Le bon vieux temps

Publié le 30 Juillet 2011 par Thaddée Sylvant dans Lecture Au coin du feu

DSCI0004-2Du point de vue des spécialistes (lesquels je ne sais pas, des sociologues sûrement)) toutes les générations se plaignent de leur époque et regrettent le bon vieux temps. Nous, nous soupirons : "De notre temps les jeunes n'étaient pas comme ça, il y avait moins de violence. La vie était bien moins chère. Il y avait moins de pauvres gens dans les rues. Il y avait moins de stress et de pression. Et tous ces attentats..." Nous oublions que nos grands-parents, nos parents, ont connu la guerre et la faim. Nous préférons ignorer qu'avant, l'information ne circulant pas comme aujourd'hui, nous étions moins au courant de ce qui se passait dans le monde. Nos parents, eux, soupirent après les vertes campagnes et les balades à vélo dans les chemins fleuris ; déplorent que les jeunes générations n'aient plus le sens de l'engagement : les valeurs familiales et religieuses se sont perdues. Nos enfants, par des étés à 50° sans une goutte de pluie, regretteront "le bon vieux temps" des étés où il ne faisait que 35°. Les anciens, à Rome, se plaignaient déjà des embouteillages, des mauvaises odeurs et du bruit. Plus globalement, de la société qu'ils avaient sous les yeux. Témoin Pétrone.

Contemporain de Néron, Caius Petronius Arbiter, dit Pétrone (décédé en 66) a d'abord exercé la fonction de proconsul en Bythinie. Puis, il est nommé consul, attribution plus honorifique que politique à l'époque. Il consacre alors beaucoup de temps à l'organisation des fêtes de l'Empire. En devenant membre reconnu de la cour de Néron, Pétrone s'est aussi forgé quelques inimitiés. Ainsi, Tigelin, préfet du Prétoire, le fait accuser d'avoir participé à une conjuration. Soupçonné de trahison par le tyran, il est contraint de se suicider en se tranchant les veines. Avant de mourir, il trouve pourtant le temps d'écrire le 'Satiricon', roman accusateur des moeurs de l'époque. Pour cette oeuvre, Pétrone est même considéré par certains comme le premier romancier de l'histoire. Ecrivain novateur et précurseur, il constitue aujourd'hui un témoin privilégié de la Rome décadente du Ier siècle. [evene.fr]

C'est donc le propre de l'homme de se plaindre "des temps modernes" et de regretter "le bon vieux temps" dont il idéalise le nostalgique souvenir.

Il se trouve qu'hier j'ai décidé de prendre le temps de lire. J'ai même dit : "Je lirai le premier livre qui me tombera sous la main". C'était un peu tricher. Vu qu'il y a un an je me suis mis de côté Amours paysannes d'Adeline Geaudrolet en me promettant de le lire dès que j'aurais un peu de temps devant moi.

Dès les premières lignes, je tombe en arrêt devant le style enlevé de cette dame de 70 ans qui se souvient... non pas du bon vieux temps, mais de sa vie de travail et de déboires. Une voix déviante qui nomme le refoulé et le meurtri.

 

Tous les chapitres s'ouvrent sur des citations.

  !Amours paysannes

"Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles,  plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.' [Marcel Proust]

 

"Il n'est pire misère qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur." [Dante]

 

"Maman disait souvent qu'on n'est jamais tout à fait malheureux." [Albert Camus]

 

Ce n'est ici qu'une faible représentation de toutes les riches citations (et chansons) qui émaillent les chapitres. Quant au style d'Adeline ! il faudrait recopier de bout en bout ce diable de livre. Comme il faut bien faire un choix...

 

"Il est un pays où des rivières charrient dans leurs sables de l'or, des pierres, des souvenirs... des grenats aussi. Il est un pays où le lait coule à flots, où le beurre s'amoncelle, vivante synthèse de l'eau, de l'herbe, de l'air et du vent, des animaux et de l'industrie des hommes.
De grandes dames veillent sur lui, vigiles millénaires : Mélusine, la fée bâtisseuse, et la Dame de Chambrille, pétrifiée dans sa chair.
Au pays de Galerne, les mouvements sont lents, la parole profondément enfouie.
C'est là que, bercée par les vents et la vie, par le bruissement des feuillages, une femme attend...
Elle attend que tourne le vent. Le vent de galerne, ce "chétif vent qui corne trois jours durant". Ce "mauvais vent qui souffle trois jours consécutifs" et qui amène l'eau, utile souvent, dévastatrice parfois.
Une vie de galerne, c'est une vie à attendre que le temps change, que le temps revienne au beau, pour une femme, pour cette femme, Adeline. Pour toutes les femmes. Galerne, galère, la vie... "

 

Mais l'extrait qui me frappe le plus au milieu de ce déluge de proverbes, de truismes, de sujets du bac et d'opinions publiques ! c'est très certainement celui-ci (sans perdre de vue que je n'ai fait que feuilleter...).

"Quand tu moissonneras ton champ, et que tu auras oublié une gerbe dans le champ, tu ne retourneras point la prendre ; elle sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve, afin que l'Eternel, ton Dieu, te bénisse dans tout le travail de tes mains. Quand tu secoueras tes oliviers, tu ne cueilleras point ensuite les fruits restés aux branches : ils seront pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. Quand tu vendangeras ta vigne, tu ne cueilleras point ensuite les grappes qui y seront restées : elles seront pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. Tu te souviendras que tu as été esclave..." [La Bible, Deutéronome, XXIV.]
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