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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

memoires vivre apres lui

Crazy ... du 21 juin

Publié le 22 Juin 2013 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Ma plus belle fête de la musique, ce fut en 2005 avec toi. Nous étions à Lyon. Toi, musicien, tu préférais entre tous les groupes de jazz et moi qui n'aime pas le jazz, qui ne ressens rien quand j'en entends, j'ai appris à l'écouter, presque à le comprendre. Nous étions en terrasse ou debout dans la foule. Tu étais heureux, nous étions heureux, parce qu'il faisait beau, parce que c'était la fête, parce que tu adorais Lyon, et que nous étions deux.

En 2011 j'ai tenté une sortie ... je n'ai pas tenu bien longtemps sans toi. La douleur de t'avoir perdu l'année précédente était par trop violente. Je n'ai pas pu rester. Les deux photos que j'avais prises ce soir-là du 21 juin 2011 sont restées coincées dans l'appareil, je n'ai jamais pu les voir.

Hier soir, malgré la fatigue d'une semaine de travail plus ou moins caniculaire, et bien que j'aie affirmé le contraire à quelques collègues croisées dans la rue, ne voilà-t-il pas que sur le coup de 21 heures je me prenais d'une furieuse envie de descendre entendre et voir de plus près les concerts donnés dans le village.

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Devant chez moi, un groupe de jazz. C'est là que tu aurais voulu être. Nous nous serions installés en terrasse et nous aurions oublié de parler. Mais cette densité de vie qui se concentrait dans tes yeux bleu-gris casse tous les silences, même le silence effroyable de la mort. Hier soir, tu n'étais pas avec moi, mais tu fais partie de moi, et où que j'aille tu me tiens compagnie, et tout ce que je vois tu le verras par mes yeux jusqu'à mon dernier souffle. Je t'aime tendrement pour toujours.

A l'autre bout de la rue, un groupe on ne peut plus tonique avec des interprétations plus que rythmées de tubes qui ont fait leur temps mais qu'on prend plaisir à réécouter. Le batteur est déchaîné. Les petits enfants qui représentent les trois-quarts du public le sont aussi. De jeunes mamans virevoltent en robe légère avec leurs petits. Je reste dans mon coin, le coeur serré. Tu me manques. Tu me manques depuis notre séparation en 2006 et ta mort épouvantable fin novembre 2010. Ta mort que j'ai apprise sur Internet début décembre de la même année. Mon cher ami, si fou de vivre, écoute, écoute la musique.

 

 

 

"You are the best. You are the worst. You are average. Your love is a part of you. You try to give it away because you cannot bear its radiance, but you cannot separate it from yourself. To understand your fellow humans, you must understand why you give them your love. You must realize that hate is but a crime-ridden subdivision of love. You must reclaim what you never lost. You must take leave of your sanity, and yet be fully responsible for your actions." -

Gnarls Barkley, in a letter to the legendary rock critic Lester Bangs

 

DSCI0002-1Je ne puis en écouter davantage, chaque note de musique, chaque vocalise me poignarde en plein coeur. Je remonte chez moi, plus riche de quatre photos mais surtout du souvenir ravivé de ton visage fatigué que j'aimais tant, que j'aimais, je crois, par-dessus tout. Je me couche sous le velux ouvert en te faisant la promesse de te retrouver un jour, de quelque façon que ce soit. Je crois en ces choses-là. Je veux bien croire que tu étais si fort et si décalé, que tu ne peux pas mourir complètement. L'énergie féroce que tu dégageais à chaque instant de ta vie est là quelque part dans l'air que je respire et ne tardera plus à se rematérialiser. J'attends. Je t'attends. Et si tu ne peux pas revenir c'est à toi de m'attendre. Un jour nous serons de nouveau ensemble.

Dans la première torpeur de l'endormissement, alors, me parvient de la rue quelque chose de magique, une voix que je ne pourrais décrire tant elle me bouleverse, et les rythmes bien particuliers d'un groupe latino. C'est si beau que je pense me rhabiller et redescendre. Je n'en ferai rien, parce que cette musique-là fait partie de mes songes et de ma solitude, et que je ne peux la partager qu'avec ta mémoire. A partir de 22 heures, le volume des haut-parleurs est moins fort. La chaleur du jour le plus long se rafraîchit doucement. Jusqu'à ce que je n'entende plus rien, qu'en rêve, cette voix qui pleure, et qui me remplit du plus grand des bonheurs.

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L'amant de Saint-Jean

Publié le 24 Juillet 2011 par Thaddée Sylvant dans Mémoires Vivre après Lui

DSCI0003-1On se jette sur moi par amour amitié. Mais tout ce temps que toi et moi nous voulions passer ensemble et que la mort nous a pris je ne veux pas, je ne peux pas le donner à quelqu'un d'autre. Notre histoire me retient en arrière. Je n'ai pas la force, encore moins le désir, d'en commencer une nouvelle. J'ai besoin de penser à toi, de me souvenir de toi, besoin de te regretter. Tu étais tellement différent.
Il ne reste, sur nous deux, que moi. Depuis ta mort une partie de moi est morte. Il y a quelque chose en moi que je ne peux pas vivre sans toi. Mais regarde par mes yeux, il fait soleil sur Saint-Jean.
Quand je passe devant le cimetière "Dors bien mon ami" te dis-je en mon for intérieur. Toi qui ne dormais plus depuis des années, enfin, repose-toi...
Moi aussi, vois-tu, j'ai besoin de repos. La vie nous entraîne si vite à tout remplacer. Ne dit-on pas que personne n'est irremplaçable. Comment cela est-il possible. Puisque chacun est unique. Moi je ne peux pas te remplacer. Je ne vois pas qui pourrait te succéder. On se jette sur moi par amour amitié. Mais ta place reste à toi, comme au roi sans héritier.
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Vois, par mes yeux, la beauté des choses

Publié le 16 Juillet 2011 par Thaddée Sylvant dans Mémoires Vivre après Lui

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Pour faire suite à l'article Ephata ci-dessous : je me rappelle qu'à la mort de mon ami en novembre de l'année dernière me portait une inspiration mystique sans précédent. Je sortais avant le lever du soleil, par des températures glaciales, capter des lumières rares et des émanations rougeâtres presque fantasmagoriques. A l'intérieur de l'église je n'éprouvais que révolte et ressentiment mais quand j'ai pris en photo la Vierge à l'Enfant (photo ci-dessus) j'ai ressenti une extraordinaire paix intérieure. C'est comme si j'avais communié avec l'Esprit saint qui nous promet l'éternité. Je n'avais plus peur de la mort, et je sentais mon ami décédé tout près de moi, dans la lumière et l'air invisible.

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So snow... now. (3/3)

Publié le 8 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Merci : de m’avoir dit que tu étais malade. De ne pas m’avoir caché la vérité. De m’avoir permis d’accompagner tes derniers pas dans la vie.

Merci : pour nos soirées musicales, nos promenades, nos restaurants, nos bistrots, nos concerts, nos voyages, nos au-revoir au bus, nos au-revoir au train.

Merci : de m’avoir offert des livres ; de m’avoir offert des disques.

Merci : d’avoir autant ri. D’avoir autant aimé la vie.

Merci : d’avoir été ce que tu fus. D’avoir été pour moi ce que tu étais.

Pardon : de ne pas t’avoir dit merci de ton vivant.

 

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So snow... now. (2/3)

Publié le 5 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui


Et battent sous la terre Comme
 

des tambours noirs Le cœur les
 

artères De nos amours
 

ritualisées ! [...]


TS 05.12.10

 

 

 

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Le pire, c'est se retrouver face à soi-même avec l'idée que plus rien ne sera comme avant. C'est porter seul, sur ses épaules, un sac de charbons ardents. C'est, ne pouvoir dire, au proche qui n'a jamais été plus lointain, qu'une infime partie de ce qui fut réellement. C'est crouler sous le poids des secrets. C'est prendre en plus, sur moi, ta part de silence [...].

 

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Ne vous formalisez pas si je ne lis pas vos commentaires. Je les trouverai quand sera venu pour moi le moment de reprendre contact. Pour l'instant j'écris. J'en ai besoin. J'essaie de reprendre pied. Ce n'est pas facile.

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So snow... now. (1/3)

Publié le 4 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Samedi 4 décembre

Bien sûr il a vidé l'appartement. Bien sûr il a trouvé les lettres et les photos. A moins que, te sachant malade, tu aies fait le ménage par le vide.

La mort lève bien des voiles. La mort avoue la vérité. Je suis. J'étais. J'ai fait.

Bien sûr, hier soir, il n'a rien laissé transparaître. Il m'a simplement rapporté les circonstances de ta mort. Mais il voudra savoir, en savoir plus, un jour ou l'autre.

Alors je lui parlerai de l'homme libre que tu étais. Je lui dirai -

- qu'il y a dix mille façons d'aimer.

 

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Le tout, c'est de ne pas se laisser gagner par la solitude et le ressassement. Alors, comme je ne pouvais pas aller voir ma famille à cause de la neige et du verglas, j'ai décidé de faire des photos. So snow... now.

 

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La suite demain si vous le voulez bien.

 

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Vous

Publié le 3 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Vendredi 3 décembre au matin

Mais qu'on se sent perdu quand ils meurent, quand on aime, qu'on ne sait plus même qui l'on est, ce qu'on veut, s'il faut dire, ou se taire, être avec, ou bien sans - Vous.

          J'ai besoin d'être avec vous.

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Ouvrir les mains

Publié le 3 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Vendredi 3 décembre au matin

Qui êtes-vous vraiment, c'est une question qui tourne en rond dans ma tête depuis notre rencontre et plus encore ces dernières heures. Qui êtes-vous, pour savoir très précisément ce qu'il faut dire, mais aussi pour irradier cette chaleur, cette lumière, qui êtes-vous vraiment.

          Vos gestes.

Où donc avez-vous appris cette gestuelle étrange, unique, et tellement signifiante. - Ouvrir les mains.

          J'ai besoin d'être avec vous.

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Tous besoin des mêmes choses

Publié le 3 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Vendredi 3 décembre au matin

Je n'arrive pas à prier. Il paraît que ça aide. Mais je ne sais que penser et pleurer. Je crois. Mais pas au sens chrétien du terme. Je crois autrement. Je ne sais pas trop comment.

"Il faut écrire" m'avez-vous dit. Parole d'évangile, te voici. Vous ne faites pas que m'écouter. Vous répondez aux questions que je n'ai pas encore la force ni la présence d'esprit de me poser.

"Ecrivez " m'avez-vous dit. Alors j'écris.

J'écris. L'abattement. La stupeur. L'hébétude. La peur.

"Nous avons tous besoin des mêmes choses" m'avez-vous dit.

Chaleur véhémente de vos accents qui me pénètrent au plus profond, comme un onguent qui soigne et qui guérit.

"Nous avons tous besoin des mêmes choses " m'avez-vous dit. Mais dites-moi de quoi. Besoin de quoi ? Je n'évalue pas mes désirs et mes besoins. Je n'ai jamais vraiment su le faire. Je marche à l'instinct. Je suis esclave de mes attirances.

Nous avons tous besoin d'être aimés.

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La voix qu'il avait

Publié le 3 Décembre 2010 par Thaddée dans Mémoires Vivre après Lui

Vendredi 3 décembre au matin

Quand un être cher est gravement malade, on ne peut faire autrement que passer sous silence ses propres soucis de santé, ses tracas quotidiens, sa fatigue, son mal être. On ne les identifie même plus. On est à l'écoute. L'aidant se tait. L'aidant se nie.

Je n'étais pas vraiment aidant. J'écoutais à distance. Je renforçais l'espoir quand il y en avait un peu. Je faisais un peu d'humour quand je pouvais. J'essayais de ne pas montrer mon inquiétude et mon désarroi. Je ne parlais plus de moi. J'avais appris, au fil des semaines, à ne plus parler de moi.

J'écoutais.

Sa maladie, la douleur, les examens, les diagnostics (contradictoires), les traitements, les appareillages, les plans d'aide, l'espoir.

On lui avait donné de l'espoir. Quelques jours avant la fin de sa vie.

Je suis en deuil d'un ami, d'un amour, d'un avenir avec lui. Je n'ai plus rien à écouter, plus rien à espérer : il est mort. Le sentiment de culpabilité, le sentiment de solitude, les sentiments contradictoires, la peur de sombrer, ont pris toute la place.

La mémoire me trahit. Déjà. J'ai du mal à me rappeler à quelle heure de la journée nous nous sommes parlé pour la dernière fois. C'était le mercredi 24 novembre. Il me semble que c'était le soir. J'avais réussi à le faire rire. Mais depuis quelques jours je ne reconnaissais plus sa voix. Parfois, je n'arrivais plus à comprendre ce qu'il me disait. La morphine. Les rayons. Peut-être tout simplement la fin de vie.

Ça lui changeait complètement sa voix.

J'avais un message de lui sur mon répondeur. Jusqu'au samedi 27 novembre, jour de sa mort, sa voix était enregistrée sur mon répondeur. Sa belle voix d'avant sa fin de vie.

Un nouveau message, de quelqu'un d'autre, a effacé le sien. J'ai perdu sa voix.

Le silence. La neige. Le cimetière glacé, là-bas. Mon ami dans la terre. Son corps maigre, raide et froid.

Il disait en riant : "Bon j'ai un cancer, et alors ? je ne vais pas en faire une maladie ! ".

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