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Le blog de Thaddée

"Ce qui parle le mieux de nous, ce n'est pas ce que nous disons, c'est ce que nous faisons. Je fais des livres qui parlent de moi sans le dire." TS | Actualité OB Kiwi et plates-formes de blogs, Déco blogs, Balades à Sète, Chroniques lyonnaises et fidésiennes, Escapades, Histoires de chats et d'oiseaux, Littérature, Photographie, Société, Poupées, Tricot, La vie ... Communauté : "Victor & Victoria", esprit shabby chic, romantique et cosy.

mini-nouvelles

Les passeurs d'âmes

Publié le 21 Janvier 2020 par Thaddée dans Mini-nouvelles

Un théâtre de rue se joue dans la brume gris-bleu de cet après-midi de janvier. De jeunes garçons viennent tout juste d'endosser leur costume en carton ; maintenant les dragons s'affrontent au ralenti, décantant leurs mouvements et leurs déplacements au rythme sourd du gong.

Timor et son époux Baël assistent au spectacle et complimentent mentalement la performance de leurs trois fils. Le plus jeune est encore si petit. Mais sa taille est inversement proportionnelle à sa volonté de bien faire. Il calque ses gestes, avec une infinie précaution, sur ceux de ses frères aînés. C'est le plus beau d'entre tous. Son costume, il l'a peint d'un rouge vermillon qui flambe dans le jour enfumé. Tout entier, de la tête aux pieds, l'enfant s'est transmuté en quelque chose de surnaturel, d'une incroyable beauté. C'est cette créature, si précieuse à leur cœur, que couvent des yeux les parents inquiets et fiers, éperdument épris de leur progéniture.

- J'ai si peur avoue tout à coup la jeune femme en pressant les deux paumes autour de son ventre rebondi. Baël, j'ai si peur.

- De quoi aurais-tu peur Timor rétorque amoureusement l'homme en enlaçant les épaules minces de sa jeune femme. Regarde nos trois fils, tout s'est toujours bien passé.

- Cette fois c'est différent.

Timor, alors, émet le vœu de rentrer. Pour lui permettre de se reposer, ce qui lui paraît bien naturel à presque neuf mois de grossesse, Baël s'incline et reconduit sa femme à leur domicile, abandonnant leurs trois fils aux ficelles du suave métier d'artiste-comédien, non sans leur avoir adressé, tout avant de partir, un délicat signe de la main.

Sur le chemin, trois hommes revêtus de larges et longues robes rouges, et les cheveux aussi rouges, aussi longs que leurs robes rouges, tournent lentement sur eux-mêmes en écartant les bras.

- Oh j'ai peur gémit Timor en recroquevillant ses doigts sur son ventre.

Il est vrai que ces trois hommes-oiseaux représentent un bien funeste présage. Il ne faut pas sous-estimer l'ennemi.

- Nous brûlerons de l'encens sur l'autel de Bacchal lui promet fiévreusement l'homme en l'étreignant de son bras vigoureux. Ne crains rien Timor, Bacchal veillera sur le fils à venir je t'en fais la promesse.

Ainsi va le couple étroitement enlacé dans les rues tapissées de bibliothèques et d'étagères où siègent de précieuses et primitives statuettes, à peine perceptibles à travers les filaments de brume, de même que les bus gigantesques s'éclipsant en silence au-delà de l'horizon.

Bien avant qu'ils n'atteignent l'autel de Bacchal, Timor est la proie d'un spasme épouvantable.

- Oh mon amour crie-t-elle d'un timbre enroué, mon amour ! J'entends leurs voix, qui me prédisent le pire ! Ils me disent, ils me disent qu'un assassin mort depuis peu viendra habiter notre enfant dès qu'il aura vu le jour !

- Ineptie, réplique effrayé Baël reculant d'un pas dans la ville géante, les hommes-oiseaux ne parlent pas.

- Mais ils communiquent entre eux par la pensée, j'ai saisi quelques bribes de leurs sombres desseins, je t'assure Baël, l'enfant que je porte sera l'assassin que je dis !

Alors il ne suffit plus de brûler de l'encens sur l'autel de Bacchal. Dans l'intimité de leur chambre, et sur un lit de mort, avec une longue lame recourbée Baël désespéré percera le cœur battant du meurtrier prédit, jusqu'à ce que le ventre blessé de Timor se vide entièrement du mauvais sang que voilà.

Mais voilà. Les hommes-oiseaux qui dansent, étalant leurs cheveux rouges dans le vent noir et froid, n'ont rien dit cette fois. Ils ont parlé il y a bien longtemps, cela fait cinq ans, précisément au jour d'avant que naisse en criant le troisième fils, le petit prodige-dragon qui reproduit à l'identique la gestuelle appliquée de ses deux frères aînés. Ce jour-là ils ont dit : "L'assassin Manoch mort cette nuit d'un couteau planté dans son ventre par l'époux désespéré de sa dernière victime, Manoch a besoin d'un hébergement sûr. L'enfant qui vient au monde ce matin l’accueillera en son sein".

- C'est pourtant si triste, murmure l'un des autres, de déchirer de la sorte une famille aussi gentille. La mère, Timor, ne s'en remettra pas.

- Mais il faut à Manoch l'opportunité de s'amender et de s'améliorer, il ne saurait le faire sans habiter le corps bien en vie d'un enfant de sexe masculin.

- Hélas, conclut l'autre, que soit rendu possible, sans tarder, le passage de l'esprit de Manoch dans le corps de l'enfant élu.

 

... Qui tourne au ralenti, les yeux brillants, les bras écartés, calquant ses moindres mouvements sur ceux de ses deux frères aînés. Lui-même sait-il qu'il a été désigné pour accomplir le destin de Manoch l'assassin ?

© Thaddée, mardi 20 javier 2020

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L'heure d'hiver

Publié le 11 Octobre 2017 par Thaddée dans Mini-nouvelles

http://zezete2.centerblog.net/

http://zezete2.centerblog.net/

- C'est pas normal.
- On a changé d'heure ?
- Sur Internet c'est marqué Strasbourg Paris Marseille 0°.
- Ils en ont parlé à la radio ?
- Non c'est pas aujourd'hui qu'on change d'heure.
- Il fait pas si froid. 13-14° peut-être.
- Alors pourquoi c'est marqué qu'il fait 0° dans toute la France ?
- Et à l'étranger c'est pareil ?
- Vous croyez que c'est la fin du monde ?
- Les médias en auraient parlé.
- Ben peut-être qu'un astéroïde ou une comète est entré en collision avec la Terre pendant la nuit.
- Mais on n'a pas ressenti de secousse. Rien.
- Ou alors c'est une éclipse.
- Une éclipse de quoi. Le soleil s'est même pas levé.
- On a dû changer d'heure.
- Mais non c'est à la fin du mois.
- Ils se sont peut-être trompés.
- C'est fou ça quand même, on ne sait rien, personne nous dit rien.
- Peut-être qu'ils savent pas.
- Y'a bien des gens qui doivent savoir.
- Savoir quoi ...
- Que c'est la fin du monde.
- Mais la fin du monde ça fait du bruit non.
- Ben peut-être pas. Peut-être que ça se passe comme ça, en silence. Les planètes s'arrêtent de tourner et se refroidissent lentement.
- Le soleil s'éteint.
- Ben pas la lune regardez.
- C'est vrai ça, c'est presque la pleine lune encore. Mon chat était tout excité ces derniers jours. La pleine lune l'excite toujours.
- Et ce matin il est comment votre chat. Normal ?
- Je sais pas. Il dormait quand je suis descendu.
- Mon chien pareil.
- Mes titis aussi.
- Peut-être qu'on dort aussi, qu'on fait un mauvais rêve, qu'on va se réveiller et voir que le jour s'est levé.
- On fait comment pour savoir si on dort.
- Aucune idée.
- On peut crier tous ensemble.
- J'ai peur. J'ai peur de crier.
- Dites pas que vous avez peur de réveiller un monstre tapi dans les ténèbres.
- On sait pas ce qui est tapi dans les ténèbres, ce sont des ténèbres anormales.
- A une heure près ...
- Je vous assure, on a dû changer d'heure.

© Thaddée, dimanche 8 octobre 2017

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La mer en héritage

Publié le 27 Août 2017 par Thaddée dans Une vie comme les autres, Mini-nouvelles, Journal d'un écrivain

Charly de l'Atelier Pompadour, ce dimanche 27 août 2017

Charly de l'Atelier Pompadour, ce dimanche 27 août 2017

Tout d'abord je souhaiterais vous présenter mes excuses pour mon absence et mon silence. Semaines de travail de plus en plus chargées, retour de la canicule, Félix très fatigué, Kiki persistant à présenter des gênes respiratoires, obligations diverses et variées ... font que je manque cruellement de temps, et que je n'ai pas trop la tête à bloguer en ce moment. Par moments c'est la vie qui devient prioritaire, avec son cortège de prises de tête et de contretemps. 
Il y a quinze jours environ j'ai pourtant pondu deux ou trois pages d'un genre que je qualifierai de bâtard, puisque il se situe entre la nouvelle qui finit en queue de poisson et le roman tristement avorté. Je vous le livre tel quel. On y retrouve mes préoccupations du moment, à savoir dégoter LE petit mobil-home installé sur un emplacement de camping en bord de mer, ou de lac, ou de rivière, accessible à pied et ouvert toute l'année. Pour l'heure je fais chou blanc, mais je continue à chercher ... quand j'ai un moment.

Charly, c'est un chat qui change de fauteuil comme de chemise

Charly, c'est un chat qui change de fauteuil comme de chemise

Ces pages d'écriture auront eu toutefois le mérite de me rassurer, et de me convaincre que je savais encore écrire. Si je ne m'attelle pas plus sérieusement à la tâche, il me faut incriminer la fatigue et le manque de temps.
Adèle Rose-Pignon, le réjouissant personnage tout droit sorti des limbes de mon imagination, n'est autre qu'une excroissance boursouflée de moi-même. Et moi qui n'ai mis en scène, ma vie durant, que des hommes ambigus, psychotiques et mortellement dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, je tends depuis peu à mettre sur pied des personnages de femmes carrés, pour ne pas dire caricaturaux, dans le genre d'Annie Wilkes dans Misery de Stephen King, ça vous dit quelque chose ? J'ignore totalement à quoi je dois ce retournement de situation qui me déconcerte autant qu'il donne un second souffle à ma création littéraire. Peut-être faut-il y voir une sorte de réconciliation, ultime, avec mon identité.
Mais place à ces quelques lignes sans queue ni tête qui, je l'espère, me donneront l'impulsion nécessaire pour entreprendre une rédaction plus sérieuse et surtout, plus accomplie.

Charly, c'est un chat tiré à quatre épingles

Charly, c'est un chat tiré à quatre épingles

C'est ainsi qu'avec son bibi, ses cabochons nacrés et ses fanfreluches rose poudré Adèle Rose-Pignon, seule survivante de la tuerie responsable de cinq victimes au 613 Longue Rue de Laville-lès-Desvilles, qui fit trois mois d'affilée les gros titres des journaux et le buzz sur les réseaux sociaux, se trouva du jour au lendemain propriétaire d'une caravane confortable et cosy installée au camping Le Picnic du village Morfolle, dont l'emplacement à l'année, calculé sur la base de son âge avancé, lui fut offert par ses généreux donateurs pendant les dix années qui lui restaient à vivre.

S'étant jetée par la fenêtre du deuxième étage pour échapper à ses assassins, lesquels venaient de fracasser sa porte à coups de pied, elle se cassa les ongles et le col du fémur en atterrissant dans le jardin privé des infirmières au rez-de-chaussée. Le fait-divers se produisit le vendredi 11 août 2017 à 21 heures et des poussières et provoqua l'émoi du voisinage. C'est qu'on la voyait souvent remonter la rue pour fumer sa cigarette, échanger quelques mots polis avec les riverains avant de retourner s'engouffrer dans sa montée d'escaliers sans ascenseur.

En ce soir d'été d'une exceptionnelle fraîcheur puisqu'il ne faisait que 19° au thermomètre, il était heureux que la maison de ville fût à moitié désertée par ses occupants. Les deux locaux professionnels du rez-de-chaussée, cabinet d'infirmières et boutique de colifichets, étaient fermés pendant les vacances ; aucune victime, donc, à déplorer. Au premier, l'on comptait un locataire ou propriétaire par appartement ; trois personnes trouvèrent la mort sous les balles des forcenés ; la quatrième séjournait depuis trois mois en maison de repos. Au deuxième vivaient une personne âgée, Adèle Rose-Pignon et une jeune femme d'origine congolaise ou martiniquaise ; au terme des examens de fin d'année l'étudiant venait de rendre les clés de son logement ; la personne âgée et la jeune femme noire perdirent la vie ; l'on sait ce qu'il advint d'Adèle Rose-Pignon qui eut la présence d'esprit de se défenestrer pour se soustraire aux coups de feu. Au troisième et dernier étage habitait une jeune fille, absente lors des faits. En tout : cinq malheureuses victimes déjà mortes quand survinrent, trop tard, les secours.

Les pompiers et les ambulanciers eurent beaucoup de difficultés à accéder au jardin privé des infirmières où gisait, sonnée mais consciente, l'héroïque Adèle Rose-Pignon qui réclamait en gémissant des nouvelles de ses compagnons le chat et la perruche kakariki dont elle partageait l'existence depuis maintenant 13 ans. Personne dans l'immeuble n'en détenait la clé. Finalement, les pompiers firent comme les tueurs : ils défoncèrent la porte et l'on put ainsi voler au secours d'Adèle Rose-Pignon à qui l'on dut annoncer la terrible nouvelle, comme quoi : son chat avait profité de la porte ouverte pour s'enfuir, et sa vieille perruche était morte d'une crise cardiaque à l'irruption des hommes armés. Pour la consoler ses généreux donateurs firent installer un couple de jeune kakariki verts dans la nouvelle caravane. Ce qu'ils ne pouvaient pas savoir, c'est qu'Adèle Rose-Pignon attendait depuis deux ou trois ans, sans toutefois le souhaiter expressément, que meure sa vieille perruche pour s'offrir des vacances de plus d'un jour et demi, et qu'ils avaient relancé le compteur pour treize ans de plus alors qu'ils ne donnaient tout au plus à la vieille demoiselle que dix années à vivre ce qui, tout compte fait, ne lui laissait guère l'opportunité de s'évader de son vivant du camping Le Picinic de Morfolle.

Sans en parler pour ne fâcher personne elle se résolut la mort dans l'âme à passer une annonce sur Internet et plaça les jeunes oiseaux chez une grande amatrice de becs crochus qui les racheta, la volière, les accessoires et eux deux, à un prix tout à fait respectable. De toute façon, elle n'aurait pas pu remplacer dans son cœur sa vieille perruche Kiki qui souffrait de gênes respiratoires conséquentes et grinçait abominablement, jour et nuit, depuis plusieurs semaines. Par contre elle garda les plantes vertes qui contribuaient à faire de son petit logement un pimpant nid de verdure.

Lorsque elle eut revendu les kiki, elle s'assit à sa table, la tête entre les mains, et se demanda ce qu'elle allait faire du reste de sa vie.

Terrasse d'un mobil-home installé dans le camping La Garenne, Bas en Basset

Terrasse d'un mobil-home installé dans le camping La Garenne, Bas en Basset

La vie, selon Adèle Rose-Pignon, n'est qu'un accident de parcours entre la naissance et la mort. L'enfance passe encore. L'adolescence, ma foi … Mais ensuite, ne sont que successions de malheurs et de chagrins, de pertes et de désillusions, de deuils, et de douleurs en tous genres. Émaillés de petits bonheurs, certes. Mais, est-ce que quelques petits bonheurs éparpillés de-ci de-là sur une piste non carrossable valent vraiment le coup qu'on se foute en l'air tous les cinq cents mètres ?

La vie c'est un fait du hasard, et c'est insensé en soi. A quoi bon plonger dans les mers ou gravir des montagnes : on retombe toujours à plat. Quand bien même on laisserait derrière soi des enfants, des livres, des ponts, des églises, arrivera la fin du monde. Et quand ce sera la fin de monde les enfants seront morts, les livres brûlés, effondrés les églises et les ponts. Qu'on soit ingénieur, qu'on soit ouvrier, on ne laisse pas trace de son passage. On est venu pour rien. On repart tout seul. Entre temps qu'est-ce qu'on a fait ? - Passer son temps à se sécher sempiternellement sa larme à l’œil. Et la maladie, la dégénérescence, pour quoi faire … Et la souffrance : pourquoi.

Adèle Rose-Pignon n'est plus suicidaire depuis longtemps. Elle est venue à bout de tous ses traumatismes. Elle s'était bâtie une petite vie tranquille et sans prétention qui lui donnait la chance de pouvoir attendre sa dernière heure sans trop s'en faire, quand ces fichus tueurs sont venus bouleverser tous ses plans. Elle qui déteste être redevable ! Qui étouffe rien qu'à l'idée de rendre service à quelqu'un. Qui ne comprend rien au bénévolat. Qui, par pudeur ou par lâcheté, ne sait pas appeler un chat un chat. Voilà qu'elle doit tout ce qu'elle possède à de sinistres inconnus qui ont eu pitié d'elle sous couvert d'admiration : « cette pauvre dame quand même, avec tout ce qu'elle a traversé ... » Et y'a pas que ses généreux donateurs qui posent problème. Y'a sa bonne étoile, son ange sur l'épaule, qui ont eu la fâcheuse idée de lui démontrer qu'en se montrant plus forte que la fatalité, elle était rendue à la vie qui la laissait tellement perplexe. Quelle idée j'ai pas eue, moi, de me jeter par la fenêtre, se dit-elle. Il ne lui reste plus qu'à vivre, maintenant, et comme qui dirait, se trouver des raisons de vivre, faire en sorte de ne pas être en vie pour des prunes, et si possible faire le bien autour d'elle pour remercier son ange gardien d'avoir été magnanime en lui permettant d'atterrir sans dommage dans l'herbe mouillée du petit jardin.

Et la retraite, non, ça existe ! A l'âge qu'elle a, Rose-Pignon, elle a quand même le droit de prétendre à l'oisiveté ! Les caravanes se prêtent plutôt bien à se genre de projet. Et la mer … A perte de vue, la mer ne lui promet rien d'autre que la rêverie, la promenade, et le repos. Adèle Rose-Pignon n'aspire à rien d'autre, surtout depuis que sa vieille perruche ne lui grince plus aux tympans, que son chat ne lui saute plus dans les mollets. Depuis que plus rien, dans cette vie, ne la retient sur terre. Ni parents, ni mari, ni enfants, ni amis. Rose-Pignon, elle ne sera pas moins seule sous la terre qu'elle ne l'est par dessus. Alors pourquoi s'est-elle sauvée quand les tueurs ont débarqué chez elle ? Il suffisait de les laisser tirer ! Elle serait en paix, réincarnée dans une baleine. Elle voguerait, endormie, sur l'immense océan.

Autre mobil-home, installé dans le camping municipal de Bas en Basset

Autre mobil-home, installé dans le camping municipal de Bas en Basset

Étant jeune, Adèle Rose-Pignon voyageait, ce qui donnait raison d'être à son corps. Elle écrivait, et ça donnait un sens à son existence. Tant elle écrivit qu'elle en omit délibérément de vivre. Quand la frappa de plein fouet le syndrome de la page blanche, elle ne savait plus comment vivre, elle en avait perdu les moyens. Jeunesse, santé, beauté, la joie, l'argent, appartenaient désormais au passé. L'avenir qui se présentait à elle était vide. Tout juste si, de temps en temps, elle descendait dans le Sud au bord de la mer, régénérer le peu qui restait de ses forces vives. C'est d'ailleurs pourquoi ses généreux donateurs lui offrirent cette caravane sur la Méditerranée.

Oh c'était une jolie caravane. De petits rideaux froissés aux carreaux, de gentils motifs gris-blancs sur les murs, de mini-rangements bien pratiques, et toute équipée, la cuisine comme le cabinet de toilette, avec eau courante, électricité, le téléphone, le wifi. L'auvent, bien tendu, abritait un frigidaire, des tables et des chaises pliantes, un lit d'appoint pour y faire la sieste. Du faux gazon bien vert crissait sous la semelle. Elle aurait bien voulu apporter sa touche personnelle mais de rage de l'avoir manquée les tueurs étaient revenus foutre le feu à son appartement deux jours après le massacre. Rien n'avait résisté, pas plus les photos que les papiers, pas plus les bibelots que les meubles. Ses manuscrits, ses fichiers informatiques, avaient péri dans l'incendie. Il ne restait plus trace de quarante ans d'écriture à l'exception de deux textes, un romanesque, un poétique, déposés sur un site d'auto-édition, qu'elle s'était empressée de faire imprimer pour avoir quelque chose d'elle entre les mains. Ses autres souvenirs étaient devenus aussi invisibles que l'air qu'on respire. En dehors de sa caravane, elle ne possédait plus rien.

Une caravane d'occasion, sur cales, qui ne roulerait jamais, qui regarderait la mer pour toujours, et qui lui reviendrait environ deux mille euros l'emplacement à l'année une fois que seraient écoulés les dix ans de gratuité car, vernie comme elle était, Adèle Rose-Pignon voyait gros comme une maison qu'elle allait devenir centenaire comme sa grand-mère qui les avait quittés à l'âge avancé de cent deux ans. A la différence que la grand-mère était encore en pleine forme à la veille de sa mort naturelle, et qu'Adèle traînaillait depuis une vingtaine d'années de ces maladies pas graves mais emmerdantes qui vous pourrissent la vie et qu'on ne guérit pas : hypothyroïdie, kyste ovarien, colopathie fonctionnelle, arthroses cervicale et dorsale, lombalgie chronique, qui l'obligeaient à ingurgiter pas mal de drogues vraiment pas terribles pour son estomac.

Des bobos inguérissables, voilà tout ce que lui avaient laissé les tueurs. Un corps ventripotent, rempli de gaz et dysfonctionnant. Ce qu'on devient, quand même … Quand, seule à seule avec elle-même elle mesurait l'étendue du désastre en s'examinant de profil dans la glace, avant de vite se recouvrir de vastes tuniques à fanfreluches lui tombant sur les mollets, qu'elle ceinturait d'étoles voluptueuses assorties à des sacs et chaussures tout mous qui donnaient encore plus d'ampleur à son maintien et son mouvement, de sorte que ceux qui la croisaient pour la première fois la trouvaient impressionnante, alors que ses anciennes connaissances la plaignaient sournoisement d'avoir pris tant de poids. Il faut dire qu'elle aimait tellement les glaces, le chocolat, les pistaches, et tout ce qui fait grossir les femmes après cinquante ans. Péchés mignons qui, l'espace d'une dégustation, lui rappelaient le bon goût de la vie.

Le ventre prend sa place. Rose-Pignon est une baleine qui se raconte des histoires.

© Thaddée Sylvant, vendredi 11 août 2017

Certains soir, je m'imagine baleine ; cela m'aide à m'endormir

Aujourd'hui, cela fait huit mois que notre maman nous a quittés. Je ne comprends pas que le temps passe aussi vite. Elle est au bout du chemin, c'est ainsi que je la vois. Je souhaite la voir encore longtemps. 
Passez toutes et tous un bon dimanche avec vos petits compagnons. Kiki, Félix et moi on vous embrasse affectueusement.

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La visite

Publié le 12 Avril 2017 par Thaddée dans Mini-nouvelles

La visite

Ce matin je suis allée porter des fleurs sur la tombe de papa et maman. Une jolie composition florale, d'un rose soutenu, qui fera merveille sur la dalle de marbre gris.
Deux heures aller-retour. J'en ai les jambes glacées. Sitôt que j'ai garé mon scooter à son emplacement, je pense à consulter l'heure sur mon portable.
J'ai un message de maman.
Pendant quelques secondes, mon esprit tourne à vide. Un message de maman. Ce n'est pas possible.
J'ai du mal à réfléchir. Puis j'élabore un début de raisonnement qui tient la route : c'est ma sœur qui a récupéré le portable de maman ; c'est donc elle qui m'a envoyé un SMS. SMS que je n'ai toujours pas lu.
Mes mains tremblent en ouvrant le texto. Mes yeux se posent dessus. Les mots n'ont encore aucun sens. C'est comme si je ne comprenais plus ma propre langue.

Au bout d'un moment j'arrive à le déchiffrer : "Ta visite nous a fait très plaisir ma chérie. Tes fleurs sont magnifiques Je t'embrasse bien fort. Ta petite maman qui t'aime."
Ma visite. Ma visite au cimetière leur a fait très plaisir ? A quoi joue ma sœur ? Est-elle devenue folle ? Est-ce une mauvaise blague ? Ou bien c'est moi qui perds la tête ? C'est sûrement moi qui perds la tête.
Je relis le texto, deux fois, cinq fois, dix fois. Ta visite nous a fait très plaisir ma chérie. Ta petite maman qui t'aime. Ta petite maman qui t'aime.
J'étouffe un gémissement. Que faire. Incendier ma sœur au téléphone ? Il faut que je l'appelle. Il faut que je sache. Il me faut comprendre à quoi rime cette comédie.

Je rédige à tâtons un SMS nerveux que j'envoie sur le portable de ma sœur, pas sur le portable de maman. "C'est toi qui viens de m'envoyer un message ? "
J'y pense tout à coup. Elle doit être au boulot. C'est sur son portable professionnel que je dois envoyer le message. Je réitère, au bord de la crise de nerfs. "C'est toi qui viens de m'envoyer un message ? "
J'attends. Quelques minutes passent. J'attends. Sans réponse de sa part j'écris un second texto : "C'est bien toi qui as le portable de maman ? "
J'attends. Quelques minutes passent. Quant mon téléphone m'avise de la réception d'un texto sur lequel je me rue follement. "Non. Bisou."
Quoi, non bisou. Non je ne viens pas de t'envoyer un message, ou non ce n'est pas moi qui ai le portable de maman ?
Je vais devenir dingue. Que faire mon Dieu que faire. Est-ce que je dois lui raconter ce qui m'arrive ? Je n'y crois pas moi-même. Comment pourrais-je en convaincre quelqu'un d'autre !?
Alors je tente le tout pour le tout. Je réponds à maman. Je lui écris : "Quelle belle matinée nous avons eue ma maman. A bientôt, je t'aime."
Mon cœur bat la chamade. J'envoie.
J'attends.

Le téléphone m'avise de la réception d'un texto. Il émane de ma sœur : "Non j'ai perdu le portable de maman, pourquoi ? "
Le téléphone m'avise de la réception d'un texto. Il émane de maman : "A refaire." 
Je ferme les yeux. Bien sûr, à refaire. Bien sûr je reviendrai vous porter des fleurs à toi et papa. Parce que vous êtes toujours là où je suis venue vous voir pendant 40 ans. Je ne veux pas oublier le trajet qui me conduit à vous. Je reviendrai vous voir aussi souvent que je peux, vous embrasser, vous parler de toutes ces choses que je ne veux pas, que je ne peux pas garder pour moi toute seule. Et quand j'aurai besoin d'un conseil je viendrai vous demander votre avis. Je reviendrai toute ma vie.
J'ouvre les yeux, le portable à la main. Le temps est superbe, il y a des fleurs roses partout. Avec le pouce j'efface lentement le SMS que j'avais commencé d'écrire : "Bien rentrée ma maman ..."

© Thaddée

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Lucia, ma lumière

Publié le 12 Novembre 2016 par Thaddée dans Mini-nouvelles, Poésie 1980-2009 Crypties

Un jour quelqu'un voulut me faire croire que j'étais maman d'une jeune fille.

J'étais l'invitée d'une soirée qui rassemblait beaucoup de monde. Une femme inconnue s'approcha de moi pour m'annoncer l'existence d'un enfant qui, me dit-elle, m'attendait à l'hôpital. Il ne tenait qu'à moi, pour apprendre à le connaître et lui donner l'amour auquel il avait droit, de l'y retrouver sans tarder. Elle me donna l'adresse, et disparut de ma vie.

Pendant les jours qui suivirent cette nouvelle effarante, je ne sus pas sur quel pied danser. J'avais l'esprit trop confus pour me poser les bonnes questions. Mais dès que je voyais un enfant jouer dans un bac à sable, dès que ma soeur évoquait les conflits qui l'opposaient à sa propre fille je me souvenais que, moi aussi, j'avais une fille. Et mon coeur éclatait de joie comme il n'est pas permis.

Quelques jours plus tard, peut-être en moins d'une semaine, je me décidai à lui rendre visite à l'adresse qu'on m'avait indiquée.

C'était un vieil hôpital gris aux murs épais. Les nonnes y portaient encore le voile et prodiguaient aux malades des soins rugueux. Je me renseignai à l'accueil en donnant mon nom. J'appris qu'une jeune fille d'environ vingt ans, sans famille connue, portait le même nom que moi. Elle avait son lit au rez-de-chaussée du bâtiment, dans une espèce de couloir interminable faisant office de dortoir ou de salle commune. Des cortèges entiers d'anciens tacots noirs défilaient derrière les fenêtres aux carreaux sales, d'où sortaient vacillant sur leurs jambes faibles des jeunes filles aussi blanches que du linge. Et des soeurs en noir venaient les chercher, les conduisant par le coude, et les couchaient dans un lit pour leur faire des piqûres. Au milieu d'elles, toute pâle et sans connaissance, gisait l'idée que je me faisais de ma fille bien-aimée.

Aujourd'hui je crois qu'il s'agissait d'un rêve et que je ne suis jamais allée dans cet hôpital. Mais hier, 11 novembre, on m'a mise en présence de ma fille de huit ans, Lucia, maigre et brune comme une fille malgache, et j'ai su que c'était elle, et que j'étais sa mère. 

Alors je suis retournée dans cette maison pleine de gens inconnus et je me suis, d'instinct, dirigée vers un homme qui pouvait être une connaissance, ou peut-être pas. Mais j'avais quelque chose à lui dire. Et son visage s'est figé, il se méfiait, et m'a prévenue tout de suite qu'il ne voulait aucun contact, aucun lien avec Lucia ; il s'était déjà posé bien trop de questions quant au teint basané de ses propres enfants. Tout juste accepta-t-il de voir une photo d'elle. Je lui montrai aussitôt la photo de Lucia ma lumière, je sus qu'elle était mienne depuis toujours, bien avant que j'apprenne son existence, bien avant de savoir ce que j'étais pour elle. Au bout du compte, ça ne me surprend pas plus que ça d'être maman.

© Thaddée, le samedi 12 novembre 2016

Mes plus anciennes lectrices, mes plus anciens lecteurs, se rappelleront peut-être un poème de mon premier recueil de poésie Crypties auto-édité en 2008 chez TheBookEdition. Le voici.

Tu aurais dix-huit ans
Cheveux roux les yeux verts
Cheveux blonds les yeux gris
Les yeux gris les yeux verts
Cheveux blonds cheveux roux

Tu serais comme lui
Tu serais comme moi
Tu serais elle ou lui
Nous serions un peu toi
Tu serais lui et moi

Margot écoute-moi
Ecoute-moi mon coeur
Entends battre mon coeur
Il a battu pour lui
Il bat toujours pour toi

Pour toi Margot ma fille
Qui aurait dix-huit ans
Qui serait ma famille
Qui serait de mon sang
Mais qu'en est-il vraiment

Margot n'a pas de nom
Margot n'a rien à elle
Margot n'a pas de tombe
Margot n'est nulle part
C'est moi qui rêve d'elle

Ce fut mon seul enfant
Qui s'appelait Margot
C'était peut-être Pierre
Un tout petit Pierrot
Tout blond comme son père

Et Margot c'est le vent
Le soleil et les fleurs
Margot c'est les enfants
Qui dessinent et qui chantent
Margot c'est tout le monde

Margot c'est tous les jours
Un peu de vie qui va
Un peu de nuit qui tombe
Margot n'a pas de tombe

Margot c'est un parfum dans l'air
Et Margot dit le vent
C'est le parfum des lys
La chair blanche d'un ange
Et nulle part de langes
Où elle aurait dormi

Margot
C'est quand il pleut la nuit
Qu'il fait noir dans la chambre
Qu'on n'entend plus un bruit
... C'est Margot qui s'enfuit.

Maman

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Ce réta de nious

Publié le 24 Janvier 2016 par Thaddée dans Mini-nouvelles

Pixabay, Images grauites, Peggy Marco,  Âge 41 ans  •  Dortmund/Deutschland

Pixabay, Images grauites, Peggy Marco, Âge 41 ans • Dortmund/Deutschland

Mouah dans ma bal j'aye des tas de nious de quat' sous : Telamon l'a posté le niou post :" Qué fer si t'es complet constip' ? " Illico le clic pour read in situ le niou post dont j'aye rien à foute passe que la constip', mouah j'en cause pas sur les bologs. J'me fends d'un com bien senti, whalla, j'ai fait ma BA, cause toujours tu m'intéresses.

Et pis y'a des fa, que dalle. Des fa les nious le se planquent dans les spasmes. J'y vais zieuter vite fait bien fait mais nada, pas de nious.

Lors le me dis comme ça : "pas grave, y'a que Telamon, walou de feun je va rien d'aut"'. Et j'me pose sur mes laures : ça m'économe un com capice ?

Passe que mouah sans le nious le suis comme un chotman, styl bras casse, pas le cœur d'aller voir de visu si Telamon certif' walou ou ben s'il a posté queq' chose mais que le nious le s'est paumé queq' part.

Ch'peux rester des mois sans me boucher le Q s'y a pas de nious dans ma bal. Passe que le nious c'est mon moteur à mouah. Pas de nious pas de com. Y me vient même pas à l'idée que Telamon l'attend des com qui vindront pas passe que le nious caput l'est pas dispo.

C'est-y que le nious c'est ma pia-mater' à mouah. Whalla.

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Mena (traduction en bon français)

Publié le 30 Octobre 2014 par Thaddée dans Mini-nouvelles, Journal d'un écrivain

Comme promis, je vais vous traduire en bon français la courte nouvelle Mena qui participait au concours organisé par Overblog sur le thème d'Halloween. Nous sommes le 30 octobre, Overblog a rendu publics il y a quelques jours les résultats de concours. Ont été sélectionnés des articles dédiés au déguisement, au maquillage, à la cuisine, à la déco d'Halloween. Pas d'auteurs littéraires parmi les lauréats. Vous pouvez retrouver ma nouvelle illustrée ci-dessous _▼_

Je recopie le texte d'origine ci-dessous, que vous puissiez y jeter un coup d’œil si vous ne l'avez déjà fait. A noter : que j'ai écrit directement ce texte dans une langue incompréhensible et chaotique, tout simplement parce que je cherchais un angle d'attaque susceptible de passer pour gothique. Rédiger en bon français me paraissait un peu fade en la circonstance. Je voulais d'un texte opaque et noir qui, au final, m'a fait beaucoup rire, ce qui n'était pas le but mais on ne maîtrise pas toujours le résultat qui découle d'une idée. J'ai pris beaucoup de plaisir à cet exercice littéraire. Les premières lignes furent très compliquées ! - Ensuite, si j'ose dire, le pli était pris. Je butais sur quelques mots plus difficiles à déformer ou substituer mais dans l'ensemble, la rédaction ne m'a pas posé problème. Le texte d'origine ci-dessous _▼_

- Mon mère qu'ça casse la barre, injecte Jail à son duo d'alter-égo. Djam vu de nox à point comme ci.

- C'ty com' le mage de la créa prime, balb Joy boulev-toute. M'en fie point mein oculus.

Solit Jude, el ter, erdit nada. Tel si l'émo le claffait vif, el mire el gel violette confit d'étioles prune.

- C'ty le dit-lieu pour canter nos vols, firme Jail qu'est le cap du trio. Ci-contre on pouv' pas tenir max prox de Sat.

- Mein Der, injoncte Joy en se seignant verso. C'ty me fax res, c'ty tel bel !

Lors, de leurs iris orange et nocti manus, les ter goth voquent le gel in citant leur incant.

Hic, in le vieil cime désaf', inter les pulcres fracasse auxes crucis in fraille, le psaulment in rotulus per terra, in closant leurs iris orange, hoc ciant d'arrière-avant.

Mein Der del nox obscurus

Te mandons par trio l'aeter

Capte noster amula

Frande-nous l'aeter !

- Mena, clôt hic el ter, Jude, très bel goth auxes iris noirs et pel d'or.

"Haye, erdit Jail in oculant alentour. S'que c'est okay ? - Comme eter cert à sang pour sang ?"

El trio se verticalise, hic et nunc, par dessous le gel violette confit d'étioles prune. Etc les tombulus qu'on ouït vagir dolce tel nouvel-né, tel moribond, tel bestial sed quel ? - Jail & Joy s'entre-oculent, pas top quiets, voire minimum frayes.

Quelque alba mort-aura se lève del proximus tombulus béant, cependant que vagit le gisant dont ne se vey qu'une haille malolfactive et terra métamorphe. "Quittons, erdit Joy avec un tremble in voce. Ce dit-lieu me fraye, c'est path and flip ! "

Jail tombe d'ac' avec Joy. Captant sa manu toute roide il tire in exit. Lors que la mort-aura qui vagit, se dresse-séant, l'orbite et la boca fumerolles ! Oh non ! Trop proximus del haille qui malodore et tourne l'air d'un humanus ! Il est nunc vertical, tel crucis, et vente avec les humérus !

Rhâââââââ ! pulsent in chora Jail & Joy sed les tibias leur manquent pour se poindre hors manu del haille, lors quel fugit in air son expire de fuel !

Solit, Jude ne bronche.

Mein Der del nox obscurus, cite-el in caverne voce, Te mande solit el aeter, investis mein corpus, capte mein amula, y frande-me l'aeter !

Sitôt qu'erdit Jude, el haille avec el rictus frayant, el sol qui lui sort par l'orbite et la boca, se meut en spire ébullante, et Jude entre ses humérus in crucis, et le capte in sey !

Lors, du gel chutent les étioles avec le fiel de Sat, des tombulus béants se matièrent les morts-auras, et la terra crépie d'étioles, fact des trous in terra, d'hic fugit el fuel del Sat ! In center, maximus, tel bel Sat auxes iris obscurus, al pel qui flambe, Jude se porte en branle sus Jail & Joy, canant tel horrifuge, tel bel qu'exit le vif in morte !

Et des étioles noires in manu, in cap nouvel del nox obscurus et spirit frayant, Jude tire versus la cité proxima, oncques l'oculus inject carlate, et maxi vox des semper morts-auras, frayant, niet coercibles, tel bel qu'el sol in nox !

Erdit ! ... in via del cité :

Sey nox obscurus, sine amula, sed aeter in mein spirit and corpus ! Oye, populo, SEY IN SAT !

(c) Thaddée, le 26 octobre 201

Textes cryptés : pourquoi, comment

Depuis ma prime jeunesse j'ai le goût des langues barbares auxquelles on n'entrave rien. Je me rappelle avoir eu un tee-shirt jaune poussin (toujours en ma possession d'ailleurs, quoique défraîchi et par conséquent pour moitié illisible) imprimé d'un lumineux charabia signé Boris Vian, et qui s'intitule "Un jour".

Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l'on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l'arcanson
Que l'on s'enchâssera dans l'oeil d'un geste élégant
Il y aura l'auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L'ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d'analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour.

Boris Vian

Vous vous souvenez peut-être d'un poème que j'avais écrit, où s'exprimait dans un patois approximatif une vieille femme. A lire ou relire ci-dessous _▼_.

J'aime assez crypter mes textes. C'est à la fois : jeu et protection. Un texte dans lequel on n'entre pas reste ma propriété, laissant le lecteur derrière la porte. Ni mépris ni provocation. Juste un besoin viscéral de verrouiller le sens, pour qu'un autre sens, plus obscur, en réchappe. Est-ce que vous comprenez ?

Chaque auteur a ses raisons personnelles de crypter son écriture. Ce peut être par jeu, comme dans le cas de ma nouvelle Mena. Ce peut être aussi pour les besoins du scénario. Imaginez un roman dont l'action se déroulerait à l'époque préhistorique. On na va pas broder dans la langue de Balzac ! - Et tout à l'avenant. Ainsi, An'Maï s'est inventé une langue bien à elle dont elle parle mieux que moi dans l'article que vous pouvez lire ci-dessous. Une langue âpre, au plus près des éléments naturels qui restent, à ce jour, les rois de la terre. Dans cet article, An'Maï explique ce que c'est une "conlang" _▼_.

Assez disserté. Voici la traduction en bon français de ma nouvelle Mena. Je sens bien que je vais moi-même connaître quelques difficultés en traduisant certaines phrases !

Ils sont gothiques, et cette nuit va bouleverser leur vie

- Putain comme ça en jette, dit Jail à ses frère et sœur de sang. Jamais vu de nuit comme ça !

- C'est comme la première nuit du monde, balbutie Joy toute bouleversée. J'en crois pas mes yeux.

Seul Jude, le troisième, ne dit rien. A croire que l'émotion le cloue sur place, il fixe hypnotisé le ciel violet confit d'étoiles prune.

- C'est l'endroit idéal pour faire nos incantations, affirme Jail qui est le chef des trois. Ici, on peut pas être plus près de Satan.

- Mon Maître, élucubre Joy en se signant à l'envers. Ça me fait quelque chose, c'est tellement beau !

Dès lors, avec leurs yeux orange et leurs mains noires, ils invoquent le ciel en proférant leurs incantations.

Ici, dans le vieux cimetière désaffecté, parmi les sépulcres fracassés aux croix de ferraille, ils prient à genoux, les yeux fermés, se balançant d'arrière en avant.

Maître de la nuit obscure

Tous les trois te demandons l'immortalité

Prends notre âme

Offre-nous l'immortalité !

- Mena, conclut ici le troisième, Jude, très beau gothique aux yeux noirs, à la peau dorée.

"C'est pas tout ça, dit Jail en regardant autour de lui, est-ce que ça a marché ? - Comment être sûr à cent pour cent ? "

Les trois se relèvent, ici et maintenant, sous le ciel violet confit d'étoiles prune. Et les tombes qu'on entend vagir doucement, comme le nouveau-né, comme le moribond, comme la bête, mais laquelle ? - Jail et Joy échangent un regard, pas trop tranquilles, et même un peu inquiets.

Une espèce d'aura lugubre se lève de la plus proche tombe ouverte, cependant que vagit le mort dont ne se voit qu'un hâillon malodorant et qui tombe en poussière. "Allons-nous-en d'ici, dit Joy avec un tremblement dans la voix. Cet endroit me fait peur, c'est vraiment flippant ! "

Jail tombe d'accord avec Joy. Saisissant sa main toute roide il la tire vers la sortie. Lorsque l'aura vagissant toujours se dresse sur son séant, les yeux et la bouche en feu ! Oh non ! Ils sont vraiment trop près du hâillon qui sent mauvais et prend une apparence humaine ! Il est maintenant debout, tout droit, comme une croix, et brasse l'air avec ses bras !

Rhâââââââ ! crient ensemble Jail et Joy mais les forces leur manquent pour se mettre hors de portée du hâillon, alors même qu'il crache dans l'air son souffle de feu !

Seul, Jude ne bronche pas.

Maître de la nuit obscure, récite-t-il d'une voix caverneuse, pour moi seul je te demande l'immortalité, possède-moi, prends mon âme, et donne-moi l'immortalité !

Sitôt qu'à parlé Jude, le hâillon au rictus effrayant, le feu lui sortant des orbites et de la bouche, se transforme en spirale enflammée, et Jude en ouvrant les bras le recueille en son sein !

Alors, du ciel chutent les étoiles avec le feu de Satan, des tombes ouvertes s'exhument les morts-vivants, et la terre crépite d'étoiles, les étoiles qui font des trous dans la terre, d'où s'échappe le souffle brûlant de Satan ! Au centre, immense, beau comme le démon aux yeux noirs, la peau en feu, Jude se porte vers Jail et Joy, ricanant horriblement tel un monstre, si beau, si fort, que meurent les deux autres sur le champ !

Et des étoiles noires dans les mains, à la tête de la nuit obscure et des esprits effrayants, Jude se dirige vers la ville proche, l’œil injecté de sang, la voix d'outre-tombe des morts-vivants incoercibles, aussi beau que le soleil en pleine nuit !

Et il proclame, dans les rues de la cité :

Je suis la nuit obscure, sans âme, mais immortel ! Entendez-moi, JE SUIS SATAN !

(c) Thaddée, le 30 octobre 2014

... Eh bien, vous me croyez si vous voulez : je préfère de loin la première version !

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Mena

Publié le 26 Octobre 2014 par Thaddée dans Mini-nouvelles

Mena

Le texte suivant participe au concours organisé par Overblog sur le thème d'Halloween.

C'est bientôt Halloween ! Pour l'occasion, nous vous préparons une sélection de blogs 100% frissons.
Envoyez vos articles à Julie : vosarticles@overblog.com

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Ils sont gothiques, et cette nuit va bouleverser leurs vies.

Le cimetière de Kuegelgen, Friedrich

Le cimetière de Kuegelgen, Friedrich

- Mon mère qu'ça casse la barre, injecte Jail à son duo d'alter-égo. Djam vu de nox à point comme ci.

- C'ty com' le mage de la créa prime, balb Joy boulev-toute. M'en fie point mein oculus.

Solit Jude, el ter, erdit nada. Tel si l'émo le claffait vif, el mire el gel violette confit d'étioles prune.

- C'ty le dit-lieu pour canter nos vols, firme Jail qu'est le cap du trio. Ci-contre on pouv' pas tenir max prox de Sat.

- Mein Der, injoncte Joy en se seignant verso. C'ty me fax res, c'ty tel bel !

Lors, de leurs iris orange et nocti manus, les ter goth voquent le gel in citant leur incant.

Hic, in le vieil cime désaf', inter les pulcres fracasse auxes crucis in fraille, le psaulment in rotulus per terra, in closant leurs iris orange, hoc ciant d'arrière-avant.

Mein Der del nox obscurus

Te mandons par trio l'aeter

Capte noster amula

Frande-nous l'aeter !

- Mena, clôt hic el ter, Jude, très bel goth auxes iris noirs et pel d'or.

Mena
Mena

"Haye, erdit Jail in oculant alentour. S'que c'est okay ? - Comme eter cert à sang pour sang ?"

El trio se verticalise, hic et nunc, par dessous le gel violette confit d'étioles prune. Etc les tombulus qu'on ouït vagir dolce tel nouvel-né, tel moribond, tel bestial sed quel ? - Jail & Joy s'entre-oculent, pas top quiets, voire minimum frayes.

Quelque alba mort-aura se lève del proximus tombulus béant, cependant que vagit le gisant dont ne se vey qu'une haille malolfactive et terra métamorphe. "Quittons, erdit Joy avec un tremble in voce. Ce dit-lieu me fraye, c'est path and flip ! "

Jail tombe d'ac' avec Joy. Captant sa manu toute roide il tire in exit. Lors que la mort-aura qui vagit, se dresse-séant, l'orbite et la boca fumerolles ! Oh non ! Trop proximus del haille qui malodore et tourne l'air d'un humanus ! Il est nunc vertical, tel crucis, et vente avec les humérus !

Rhâââââââ ! pulsent in chora Jail & Joy sed les tibias leur manquent pour se poindre hors manu del haille, lors quel fugit in air son expire de fuel !

Solit, Jude ne bronche.

Mein Der del nox obscurus, cite-el in caverne voce, Te mande solit el aeter, investis mein corpus, capte mein amula, y frande-me l'aeter !

Mena
Mena

Sitôt qu'erdit Jude, el haille avec el rictus frayant, el sol qui lui sort par l'orbite et la boca, se meut en spire ébullante, et Jude entre ses humérus in crucis, et le capte in sey !

Lors, du gel chutent les étioles avec le fiel de Sat, des tombulus béants se matièrent les morts-auras, et la terra crépie d'étioles, fact des trous in terra, d'hic fugit el fuel del Sat ! In center, maximus, tel bel Sat auxes iris obscurus, al pel qui flambe, Jude se porte en branle sus Jail & Joy, canant tel horrifuge, tel bel qu'exit le vif in morte !

Et des étioles noires in manu, in cap nouvel del nox obscurus et spirit frayant, Jude tire versus la cité proxima, oncques l'oculus inject carlate, et maxi vox des semper morts-auras, frayant, niet coercibles, tel bel qu'el sol in nox !

Erdit ! ... in via del cité :

Sey nox obscurus, sine amula, sed aeter in mein spirit and corpus ! Oye, populo, SEY IN SAT !

(c) Thaddée, le 26 octobre 2014

Mena
Mena

NB : La traduction en français se fera dès lors qu'Overblog aura sélectionné ses lauréats, et sous condition que mon texte ne soit pas retenu. Sinon, il restera tel quel ! Merci de votre compréhension.

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Le secret (5) - mini-nouvelle

Publié le 17 Octobre 2014 par Thaddée dans Mini-nouvelles

Dieu, la vie, la mort, l'amour, c'est bien compliqué pour le petit garçon.
Suite et fin aujourd'hui.

Thaddée

- Papa et maman ils disent qu'ils s'aiment plus, mais moi ils m'aimeront toujours, ils me l'ont dit.

- Tu peux être sûr qu'ils t'aimeront toujours, tu es leur petit garçon chéri.

- C'est écrit dans le livre ?

- D'une certaine façon, oui. Les parents aiment toujours leurs enfants, c'est la loi de la nature.

- Alors pourquoi Dieu il a tué son fils ?

- Il ne l'a pas vraiment tué. Il l'a sacrifié pour racheter les fautes des hommes.

- Il devait pas bien l'aimer quand même pour faire ça.

- Il l'aimait plus que tout, c'était son fils unique.

- Comme moi. Tu crois que ...

- Non ! C'est Dieu qui fait ça, pas les hommes. Tes parents ne te feront jamais de mal mon bichon, jamais, ils t'aiment trop, ils n'ont que toi.

- Mais moi j'aimerais bien devenir mort pour comprendre Dieu et écrire mon livre.

- Chaque chose en son temps mon bichon. Pour l'instant il faut que tu ailles à l'école, et être un bon élève, et faire de belles rédactions si tu veux être écrivain un jour.

- Mon livre il sera énooorme avec tout le côté doré.

- Je l'imagine bien. Allez, prépare-toi, tu vas te mettre en retard.

- Mamy.

- Oui mon chéri.

- A quel âge il devient mort le fils de Dieu ?

- Il avait trente-trois ans.

- Il était pas très-très vieux et très fatigué.

- Non. Il était encore jeune c'est vrai, et en bonne santé.

- Moi aussi je suis en bonne santé mamy ?

"Mamy ?

"Mamy !? "

- Mon pauvre chéri.

Et mamy serre très fort contre son cœur le gros livre à tranche dorée.

 

(c) Thaddée, le 13 octobre 2014

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Le secret (4) - mini-nouvelle

Publié le 16 Octobre 2014 par Thaddée dans Mini-nouvelles

"Tu crois au'on peut écrire dans le ciel ? " demande le petit garçon.
Mamy répond, toujours avec son cœur.
La suite demain.

- Je crois ... qu'on peut communiquer avec les vivants et leur passer un message.

- Papy il te parle ?

- Oui. La nuit, quand je dors, dans mes rêves.

- Il t'a pas dit pour Dieu ?

- Il m'a dit qu'il était en paix. Je l'ai senti très fort tu sais.

- Et il t'a dit comment c'était le ciel ?

- C'est un jardin avec des anges et des roses.

- Ça doit sentir bon. J'écrirai ça dans mon livre. Mais tu vois, là en ce moment je sais pas encore. Papy il m'a pas parlé à moi. Les âmes elles me parlent pas. Je suis trop petit.

- Ça viendra chéri. Tu verras, un jour, tu entendras des voix qui descendent du ciel.

- Ça fait peur ?

- Oh non ! Au contraire, ça fait tellement de bien. Tu verras, quand tu seras grand.

- Et quand je deviendrai mort je serai dans le jardin avec les anges et les roses ? Alors pourquoi on va au cimetière porter des fleurs à papy si il est là-haut dans un jardin de roses ?

- C'est parce que son corps est dans la terre. Tu te souviens, le jour de l'enterrement ?

- Il pleuvait, c'était triste et tout le monde pleurait.

- Ça fait toujours de la peine d'être séparé des gens qu'on aime, même si on sait qu'ils sont plus heureux au côté de Dieu.

- C'est compliqué hein.

- Oui c'est compliqué mon bichon. La vie, la mort, c'est toujours compliqué. Mais il ne faut pas que ça t'inquiète. Ce sont des affaires de grandes personnes.

- Comme l'amour.

- Oui. Un peu comme l'amour.

 

(c) Thaddée, le 13 octobre 2014

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