21 mars 2009, 08:00


Bienvenue sur ces pages.
Possibilité de me joindre par contact au bas du blog.

* Mes parutions littéraires

* Des extraits de mes ouvrages
Fragments d'une vie brisée et
Crypties

T.S.

Jeudi 28 mai 2009

On m'a volé ma communauté, on me pille mon inspiration, j'en suis malade alors je ferme boutique. Je voudrais dire adieu, et surtout merci, à toutes les personnes qui venaient encore me voir et me parler. Orphea, Mistic, Bigornette, Orfée, Mirotine, Godnat, Pandora. J'ai croisé de bien belles personnes, entre autres Chana, Mariev et Jean-Michel. Et sur Orange : Smota, Sucramus, Autunois, Gipeka. Le hasard de ces rencontres m'a beaucoup apporté. D'autres rencontres m'ont tout pris jusqu'à ma santé.
Moi je voulais donner, pas me faire voler.
Le blog reste ouvert avec mes certifiats de dépôt, prouvant si besoin est que je suis bien l'auteur de Fragments d'une vie brisée de de Crypties. Les extraits de Fragments resteront en place sur le blog.
Je n'écrirai pas d'autre article.

Par Thaddée Sylvant
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Jeudi 21 mai 2009
 
Par Thaddée Sylvant - Publié dans : Climats
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Mercredi 1 avril 2009


            Je rêve ma vie.

            Je suis installé dans la maison assez pauvre d’un quartier populaire. Elle est en brique crue, avec un toit en terrasse et percé de petites fenêtres obstruées par des panneaux opaques pour empêcher que pénètre la pluie. Je suis chargé d’aller tirer l’eau du puits, ainsi que d’allumer le feu à l’extérieur et de le transporter dedans lorsque les charbons se sont correctement embrasés. J’y fais griller des ablettes. Je n’ai pas à dormir l’été dans les sanctuaires, ni l’hiver dans les bains. Mon maître pourvoit au nécessaire. Il habite dans trois pièces exiguës, dont une m’est réservée. L’été, je dors sur le toit pour profiter de la fraîcheur de la nuit. Je rêve de ce que je serais devenu si j’avais appartenu à un homme cruel qui, pour me punir, m’aurait envoyé aux mines.

            Mon maître est cordonnier. Son métier ne lui rapporte pas gros mais il a pu tout de même, en se privant sur tout, s’acheter un esclave domestique pour profiter de sa compagnie. Il est honnête et droit, quoique taciturne et sombre. Il travaille beaucoup, sans se plaindre jamais, simplement conscient que la vie n’est qu’un poids d’efforts et de besogne sans joie et sans profit. Il m’interdit de sortir. Il est sévère, au besoin il me bat de verges en travers des jambes pour me couper la faim d’aller traîner dehors. Il ne m’instruit de rien, mais je mange à ma faim. Il est farouchement rigide avec les préceptes de sa religion, mais est capable de pitié, de bonté même. Il sait peu de choses. Ce qu’il sait le grandit parmi les tribus érudites qui s’adonnent à la luxure et aux complots sordides.

            C’est avec lui que je vis, dans la maison de brique.

            Parce que je ne verrai plus les pistes et les chemins de terre enfumés par le passage incessant des ânes et des baudets, parce que je n’entendrai plus le brouhaha des quartiers commerçants, parce que je ne sentirai plus sur ma peau la douce chaleur des étés verdoyants c’est ce qui me convient, de rêver que je vis comme en prison. A quoi me servirait de nourrir des rêves plus ambitieux ? Vagabondage, oisiveté. Droit de cité. Famille, et métier.

            Réveille-toi ! Même ce rêve-là n’est pas réalisable. Un pauvre cordonnier se saignerait-il aux quatre veines pour acquérir un esclave incapable de lui succéder dans son métier ? Pense encore plus humble, encore plus misérable. Le meilleur qui puisse m’arriver, c’est que le garde qui passe n’observe pas ma présence et m’évite d’instinct, sans y prêter attention, comme on évite un gros caillou, ou peut-être même un trou.

P. 273, 274, 275, 276

Par Thaddée Sylvant - Publié dans : "Fragments d'une vie brisée" - Communauté : Ecrivains nous sommes
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Samedi 28 mars 2009

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Crypties
Micro-création littéraire
1980-2009

***

Recueil de textes poétiques écrits entre 1980 et janvier 2009.
Pour la plupart, parus sur les blogs
+ inédits à découvrir.

***

Par Thaddée Sylvant - Publié dans : Parutions - Communauté : Ecrivains nous sommes
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Mercredi 25 mars 2009


Tu regardes autour de toi en retenant ta respiration. A quoi peux-tu penser, bel enfant ? A ce que tu as laissé derrière, à ce qui t'attend devant ? Ne regarde plus en arrière, et n'espère pas aller de l'avant. Le moindre geste que tu feras ici, tu devras le répéter cent fois. Sois bien sûr que la réalité sera plus noire que l'idée que tu t'en fais. Ils ne te manqueront pas. Tâte de leurs lanières et tu auras peur du fouet le restant de ta vie. La mauvaise alimentation te déchaussera les dents. D'ores et déjà dis adieu à ta grâce juvénile, à ta chevelure soyeuse, au velouté de ta peau. Ce qui passe entre leurs mains ressort en lambeaux.


Ne me regarde pas. Il n'y a rien à voir de ce côté-là. Tu me souris, en plus ? Il ne manquait plus que ça. Quelle naïveté déconcertante, vraiment. Pauvre écervelé, ne mets pas en péril à force de sourires tes charmes éloquents. Durcis ton visage et détourne la tête. N'entrevois-tu donc pas le terrible danger qui te guette, à te montrer aussi tendre que l'agneau qui tire encore le lait de sa mère ?


Je vais t'expliquer ce qui se passe ici. Ils sont morts par centaines et nous sommes toujours au moins vingt mille. Un ne compte pas. Nous ne sommes qu'un dos, et deux bras. Ils nous frappent tous à travers n'importe lequel d'entre nous. Leur cri, c'est le mien. Quand mon sang coule, c'est le leur. Je ne vaux pas plus, je ne vaux pas moins. Puisque je ne vaux rien. Je représente un vingt millième du profit qu'ils font. Toi aussi. Un vingt millième, ce n'est pas lourd dans la balance. Ça ne pèse vraiment rien du tout.

Je n'étais guère plus âgé que toi quand j'ai été amené ici. Je n'étais pas moins surpris. Mais au moins j'étais inquiet, moi. Je voyais clair que personne ici ne répondrait à mon sourire, sinon pour me le faire ravaler. Je pressentais qu'ils me mèneraient la vie dure et je ne me suis pas trompé. Il faut dire que j'avais quelque expérience de la méchanceté des hommes, et de leur talent pour la trahison. J'en ai eu l'exemple à la maison. Mais mon histoire, suis-je naïf, ne t'intéresse pas. Par quel prodige, malheureux enfant, pourrais-tu imaginer que moi aussi j'étais jeune, plaisant à voir, et doux à caresser.

Je te hais, tiens. Qu'ils te défigurent sans tarder. Aussi bien je ne verrai de nouveau que du laid, aussi bien je ne souffrirai plus d'avoir à contempler ton innocente beauté...............

P. 81, 82, 83, 84





Lève-toi, passe ton manteau car il fait froid, va vers la Pnyx. A tous les métiers préfère le tien, qui te dispense de méditer sur ton propre sort. Va parler de trières et de stratégies complexes, indigne-toi, manifeste bruyamment, impose ton avis. Les affaires publiques et la prospérité de l'Etat, il te tient à coeur de les commenter à haute voix. Le reste, c'est le dernier de tes soucis. Toi, tu es du dème urbain de Scambonidaï. Va sur le versant rocheux, t'installer à la tribune aux harangues taillée dans le roc, et d'un geste large montre aux vingt mille auditeurs les Propylées et le Parthénon. Entoure-toi de greffiers, et offre un sacrifice au début de la séance. Le jour se lève. On déploie le drapeau au-dessus de la Pnyx.

A l'ordre du jour : les seuls revenus d'Athènes. Il se pourrait bien qu'ils soient détenus par le sous-sol du Laurion. Evidemment les prytanes étaient en retard, comme toujours. Que de souffrances as-tu endurées, seul dans le froid, mourant d'impatience et d'ennui, toi qui es là depuis l'aurore, obligé d'attendre le bon gré de ces oisifs, de ces flâneurs, de ces badauds qui traînent sur l'Agora, demandant des nouvelles, en donnant en retour, nullement pressés d'arriver à l'heure ne serait-ce qu'un seul jour.

Une fois que le héraut public a mis bon ordre à l'intérieur de l'enceinte consacrée par le sang des porcs immolés sur l'autel, tu peux faire enfin valoir, aux oreilles du bon peuple, tes talents oratoires.

Mais tu as pâli sous ta couronne de myrte. Ta voix s'étrangle brusquement. Tes yeux se fixent.

Je le veux ainsi. Je veux que devant ces vingt mille citoyens qui sont venus bien à contrecoeur t'écouter parler, il te vienne à l'idée que vingt mille esclaves te regardent en face et attendent patiemment ce que tu peux bien trouver à dire, ce matin, des mines de plomb argentifère du Laurion...............

P. 267, 268, 269




Corruption des cités qui ne s'embarrassent pas de principes et se vouent, comme aux banquets, sous des lustres, au fumet des chairs pantelantes, aux jeux de la bouche et du ventre, en se vautrant dans les plats à dessert, les saucières et le vin renversé. Stupre et crasse mélangés. Fins de nuits décadentes.

Gras bien blanc, abattis à point, matelotes d'anguilles, bouchées de requin, boudins de cochon, vous êtes ce que vous mangez. Vous n'êtes pas moins ce que vous excrétez.

Et la lotion d'iris où vous trempez vos doigts ne vous blanchira ni de vos lâchetés, ni de vos crimes. Soyez maudits...............

P. 277, 278




Seul, quitte ces rivages et monte vers Athènes comme la tempête et l'ouragan. Va trouver celui qui pérore sur la tribune aux harangues et plante-lui ton pic dans le coeur, d'un bon coup de marteau. Avant qu'il expire, penche-toi sur lui. Rappelle-lui ceci : qu'il y a bien longtemps, sous son toit, vivait un jeune garçon qui lui faisait confiance et l'aimait. Qu'à défaut d'avoir partagé son lit, il a dû coucher chaque jour et chaque nuit de sa vie dans les galeries de la mine. Qu'une vie s'est passée dans l'obscurité. Qu'elle arrive à son terme, et que c'est une délivrance.

Dis-lui que si j'étais venu à ta place, je ne l'aurais point frappé. Sa mort ne rachèterait pas les mille morts que j'ai dû endurer...............

P. 282, 283
Par Thaddée Sylvant - Publié dans : "Fragments d'une vie brisée" - Communauté : Ecrivains nous sommes
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Il n'est qu'un seul chemin

Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l'avez déjà demandé à d'autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m'avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mouriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire ? " Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité.
Paris, le 17 février 1903.
Lettres à un jeune poète
Rainer-Maria Rilke
Les Cahiers Rouges, Grasset, 1937

Ouvrages auto-édités

Bibliographie

Lilian
nouvelle primée, 1989
La meurtrière
roman, Académie Européenne du Livre, 1989
Jodel et le jour sidéral
nouvelle primée, 1991
Ilex
nouvelle, Editions JFJ, 1993
Fragments d'une vie brisée
récit, TheBookEdition 2009
Crypties
micro-création littéraire, TheBookEdition 2009

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